AUTOPSIE CADAVÉRIQUE
L’examen des corps après la mort a servi et sert chaque jour à éclairer le diagnostic de certaines maladies peu connues; aussi, on ne doit pas être étonné si les médecins de l’antiquité , privés du secours de l’autopsie des corps, 11e pouvaient expliquer les phénomènes des maladies que par des hypothèses puisées dans la physique, l’alchimie et l’astronomie. Le faux respect que I on avait pour les morts empêchait
(1) N’abordez et ne quittez un malade en danger qu’avec un air calme et serein , dit notre honorable collègue M. le docteur Monfalcon. N’est-il plus au pouvoir de l’art de le rendre à la vie ? ce serait d’une âme féroce que de parler de lui en sa présence comme d’un homme abandonné. N’a-t-on pas vu d’ailleurs des malades dans un état désespéré être rappelés au jour ? et qui sait si un mot inconsidéré ne refermerait pas la pierre sépulcrale sur celui qui allait échapper au tombeau ? ( Dict . des sciences nied. , tom. XXXI , p. 376 et 378.)
qu’ils pussent retirer quelque avantage de létude de la matière privée de vie , et changer ainsi leurs défaites en autant de victoires»
Le corps des sujets morts d’hydrocéphale aiguë présente un aspect jaune clair, parsemé souvent de taches de couleur de lie de vin foncée, de forme lenticulaire; la maigreur est extrême, lors même que la maladie a été de courte durée, et s’est terminée avant le 2i.e jour. Le cuir chevelu est quelquefois boursouflé, emphysémateux: divisé par le scalpel, il fait entendre une crépitation remarquable. En pénétrant dans le crâne , on trouve les membranes plus ou moins rouges , les vaisseaux sanguins répandus sur le cerveau , et les sinus de la dure-mère plus ou moins remplis de sang. Quelques auteurs ont vu ces derniers distendus par . un fluide aériforme : de ce nombre sont Morgagni , Lieutaud et l'illustre Portai.
Si la maladie a été courte, on ne trouve que peu de sérosité roussâtre entre les feuillets de l’arachnoïde ; si les ventricules en contiennent,
c’est l’antérieur qui en offre le plus, d’où le liquide passe dans les cavités latérales. Si , au contraire, la maladie a suivi les diflérens degrés assignés par les auteurs , et que la mort ne soit arrivée qu’au 4o.e jour , â la sérosité qu’on observe à la surface du cerveau se joint presque tou-
jours des flocons de matière purulente parsemés de distance en distance : ici I on trouve fréquemment l’arachnoïde épaissie et désorganisée. Le professeur Laennec* dont les travaux ont enrichi le domaine des sciences médicales, avait reconnu des granulations tuberculeuses dans la substance du cerveau et du cervelet , dans les couches des nerfs optiques, et même dans les méninges. Les ventricules contiennent aussi une plus grande quantité de sérosité; et quelques auteurs assurent en avoir recueilli jusqu’à deux ou trois pintes, ce qui (malgré le respect que nous leur portons) nous paraît un peu exagéré. Quelquefois 1 épanchement n’a lieu que dans le canal rachidien, ainsi que nous 1 avons rencontré un bon nombre de fois. La sérosité épanchée est limpide , inodore; elle ressemble à celle de toutes les hydropisies, avec cette différence cependant, quelle n’est coagulable , ni par les acides, ni par la chaleur, ni par l’alkohol, attendu quelle 11e contient qu’une très-petite quantité d’albumine. Cette remarque a été faite par Fabrice de Hilden , Stalpart , Watson , Lecat , Vieusseuoc , et MM. Mathey et lialdat. Ce dernier médecin a communiqué à la Société de médecine de Paris 1 analyse du produit d’un épanchement aigu dans le cerveau, dont voici le résultat.
Le liquide expérimenté était inodore , transparent , d’un goût salé ; à la suite de l’évaporation, il a présenté un résidu brun, qui a fourni, sur ioo parties :
Muriate de soude. 96, 5.
EaUi • • « • 1 , 5.
Albumine . . « 0,6.
Mucus . o, 3..
Gélatine. . o, 9.
Phosphate de soude, quantité indéterminée.
Toutefois , cette proportion dans les différentes substances que l’on rencontre dans la sérosité qui forme les épanchemens aigus du cerveau varie à l’infini , et il serait difficile d’en fixer la quantité d’une manière constante. Ainsi que nous l’avons déjà dit, tantôt ce liquide est plus ou moins coloré en rouge, en jaune; il est tantôt entre les feuillets de l’arachnoïde , tantôt à la surface du cerveau , d’autrefois dans sa substance meme , dans ses ventricules ou dans le canal rachidien ; ou enfin quelquefois on n’en trouve pas une goutte , ainsi que l’ont remarqué M. Mathey et Vieusseux , sur quelquesuns des enfans morts à Genève de lépidémie qu’ils ont décrite.
Concluons donc que l’épanchement n’est que l’effet et non la cause de l’hydrocéphale aiguë, et que la mort peut arriver sans son concours.
Si, de F examen du cerveau et de ses dépendances' ? nous passons à celui des organes de l’appareil digestif, nous trouverons la membrane muqueuse enflammée , engorgée et en suppuration; nous verrons les parois de l’estomac augmentées dans leur épaisseur, disposées à se déchirer et présentant cette espèce de ramollissement décrit avec un rare savoir par le docteur Jaèger. Les intestins participent aussi a cet état pathologique: ainsi on les rencontre enflammés, invaginés et souvent parsemés de points gangrenés. Ordinairement ils contiennent des lombrics. De tous les autres viscères de l’abdomen, le foie est celui qui s’est trouvé le plus fréquemment affecté : sa couleur , son volume et sa consistance sont hors de l’état normal, et il n’est pas rare de trouver dans son parenchyme de petits Listes remplis de pus.