‹ Aperȩu général de la science comparative des languesChapitre 10 sur 37 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

On voit par l'analyse qui précède qu'on aurait tort de considérer la flexion dans la langue hébraïque comme un effiM du principe de la composition. Lorsque les pronoms se joignent aux substantifs, ou, comme régime, aux verbes, ils ne se fondent pas entièrement avec le mot principal comme des désinences devraient faire. Ils ont plutôt le caractère d'enclitiques , tel que dans 7rartp pu, limina* que, ou au moins comme ces terminaisons antiques (de, cp, 8ev) qui n'ont pas encore tout à fait dépouillé leur nature d'enclitique: ofxovôe, îrruocptv, /xeyapéSev, etc. La preuve que ces pronoms ne font pas nécessairement partie des verbes ou des noms auxquels ils sont joints , c'est qu'on peut les en détacher sans que V intelligence du mot en souffre. Que Ton sépare les suffixes i, chah , chem , de sous-i 80us-hhâh § sous-hhem, il restera toujours le nom sous qui veut dire cheval ; mais on n'obtiendrait pas le même résultat si Ton détachait ainsi les désinences du radical dans TroXr-Tat, fx* 0U<Jt > lup-orum, mun-ibus.

(1) U se pourrait cependant que cette forme du pronom vînt du substantif m (fihhï) , frère.

Quand nous examinons la nature des préfixes et des suffixes dont l'adjonction au radical donne naissance à la conjugaison sémitique, nous sommes forcés de reconnaître que la langue, au lieu d'avoir choisi les formes bien connues des pronoms personnels. , semble souvent avoir tâtonné et s'être laissé déterminer plus d r une fois par un instinct vague ou par des souvenirs obscurs, comme dans ji-k'tôl (il tuera), kâVUoû (ils ou elles ont tué) etji-k'fl~ où (ils ou elles tueront), ti-k'tôl (elle tuera) , et peut-être danskâtal'-ti (j'ai tué). Ici, évidemment, ce n'est pas de déflexion qu'il peut être question, puisqu'il s'agit de consonnes ajoutées plutôt que de voyelles ; mais bien du principe même qui a donné naissance à la déflexion. En effet, la conjugaison hébraïque n'est pas née, comme la conjugaison japhétique, de la combinaison d'éléments bien connus et qu'il a été possible à la science de reconnaître et de fixer ; mais par un procédé plus rapide, plus mystérieux et plus créateur, qui se laisse deviner plutôt que décrire et analyser. Même dans les cas où l'identité des préfixes et suffixes avec les pronoms personnels est à peu près évidente, la langue ne paraît pas toujours avoir recours à la composition proprement dite, comme dans MtaV-tâ, k'tal'-tem; mais dans les th-k'tôl, H-k'flt 9 tv- KtT-oû , ti-k'tôl-nâh, on dirait qu'elle a trouvé par un hasard heureux, plutôt que par la voie du raisonnement, la consonne caractéristique de la seconde personne.

Il est donc bien certain que, si les langues indo-européennes doivent la naissance de leurs grammaires et de leurs vocabulaires surtout au principe dé la composition, le curieux symbolisme dont nous venons de décrire la nature fait la force et la vie des idiomes sémitiques. Aussi , si nous avons pu nous convaincre que l'influence de la déflexion s'est affaiblie et est près de s'éteindre dans les

langues groupées autour du sanscrit, il n'en est pas de même dans les langues plus modernes de la race de Sem. La déflexion joue un rôle plus grand dans l'arabe de nos jours que dans l'hébreu du temps de David et de Salomon ; elle y a pénétré dans la déclinaison du substantif, elle y a formé certains adjectifs et certains noms de nombre. L'hébreu ne connaissait pas le pluriel irrégulier , qui , au lieu de marquer le nombre par une désinence préfixe, l'indique par la modification des voyelles radicales. Ainsi :

djebel (montagne) ,

fait

au pluriel

djebâi;

qalb (le cœur),

qloub;

choqf (navire),

chqouf;

oueled (fils) ,

aouelad;

sour (rempart) ,

asuar;

sif (sabre),

siouf;

mesken (demeure),

mesaken;

djenân (jardin) ,

djenaïn;

kitûb (livre),

k'tâb (suppression de 1Y).

C'est par un changement des voyelles que les Arabes indiquent souvent les formes diminutives :

djemil (gentil) , djemeïel (gentillette) ;

cerhir (petit) , cerheïer (tout petit) ;

gâder (puissant), gouider (doué d'une petite puissance) ;

asouad (noir) , souioud (un peu noir).

Et dans les nombres les numératifs ordinaux et les fractions. Ainsi :

trois se dit: tlata; le troisième : tâlit; un tiers : eHoult;

quatre — : arbaïa; le quatrième : râbi; un quart : ewoub;

cinq — : khamsa; le cinquième : khàmis; un cinquième : ehkhoumi*

En présence de ces faits, on ne peut pas se dissimuler que les langues sémitiques, au lieu de devenir infidèles au symbolisme primitif, qui sert de base à leur constitution, s'y sont fortifiées de plus en plus. Elles lui doivent à la fois leur originalité et un cachet indélébile. 11 y a sans doute dans l'arabe moderne quelques exemples de formes nées de la composition de deux éléments. Ainsi : Allah pour Al — ilah (la Divinité^, et les numératifs ordinaux et cardinaux, de onze à dix-neuf :

onze se dit ahhdâch pour ahhad -(- a' cher; douze — etnâch — etnâ-\-a'cher; treize — tlettâch — llatâ -\- archer, etc.

Mais ces faits , rares et isolés dans la langue , ne prouvent rien pour son caractère synthétique, pas plus que les quelques composés récents que nous rencontrons dans les langues néolatines (dans le français , par exemple, j'aurais, je louer-ai, dés-or-mais, dor-én-avant, jamais, etc.) ne nous autorisent à mettre ces langues sur la même ligne que le grec , le latin et le sanscrit.

III. Marche des idiomes indo-européens et sémitiques. Comparaison.

Nous nous rappellerons qu'en effet les langues primitives de la race japhétique avaient dû leur naissance à un synthétisme aussi vaste et compliqué qu'intelligent et profond : car, à l'origine des langues, la raison est toujours à l'œuvre, quoique ce ne soit qu'une raison instinctive et d'autant plus puissante qu'elle ne se. connaît pas encore. Le terme de la période synthétique était marqué

selle, vers une synthèse dernière et absolue, qu'on a es* sayé de nous présenter comme la perfection à laquelle toutes les langues civilisées devaient aspirer en dernier lieu.

Mais, quoique les langues de l'Europe actuelle ne paraissent plus être susceptibles de changer et de se transformer de nouveau, il n'en est pas moins vrai que les idiomes japhétiques ont eu un développement varié et puissant, et ^ que, depuis leur origine jusqu'à nos jours, ils ont par- • couru un vaste cycle en passant du monosyllabisme au synthétisme et en revenant du synthétisme à l'analyse, comme à leur point de départ. On n'en peut pas dire autant des idiomes sémitiques, qui offrent, on l'a dit bien souvent, un caractère d'immutabilité relative, s'avançant toujours en ligne droite, et , si Ton peut parler ainsi en tenant compte de l'histoire des deux races , traversant de part en part le cercle japhétique. Seulement, nous nous croyons obligé de combattre l'opinion de ceux qui voient dans cette invariabilité du langage des Sémites leur incapacité de changer, de se transformer et de progresser, et la preuve d'un génie inférieur et d'une organisation moins complète que celle des lndo-Européèns. Si les Sémites avaient créé, à l'origine des choses, des idiomes semblables à ceux de la race japhétique , ils auraient été Indous et ils auraient cessé d'être eux-mêmes. Mois, ayant une fois formé ce langage dont les éléments constitutifs se retrouvent dans l'hébreu de la Bible, il paraît impossible que les Sémites en aient plus tard pu changer la nature et le caractère. On doit même reconnaître, selon nous, qu'ils ont réussi, malgré l'extrême fixité que leurs idiomes paraissent avoir acquise dès les premiers temps, a les enrichir d'une série de formes grammaticales et d'une foule de mots nouveaux et poétiques, à une époque ou

presque toutes les langues civilisées avaient perdu leurs facultés créatrices.

Ce qui chez les Indo-Européens semble avoir donné naissance aux langues analytiques, c'est, comme tout le monde le sait, la perte ou au moins l'alfai blissement fréquent des désinences. Or, il est certain que ce phénomène n'est pas tout à fait étranger à l'arabe moderne , et surtout à l'arabe parlé de nos jours. Celui-ci a laissé tomber en désuétude une foule de formes de l'arabe classique , entre autres la déclinaison artificielle et bon nombre de conjugaisons. Nous avons vu que dans les noms de nombre cardinaux et ordinaux, entre dix et vingt, les Arabes supprimaient la dernière syllabe de a 9 cher, comme ils retranchent souvent la voyelle i du substantif chi (la chose) dans des phrases telles que celles-ci :

chouft-ho-ch (ras- lu vu)?

ma tchtieub-ch (tu ne veux pas) ?

ma qolt lo-ch (je ne lui ai pas dit).

La langue vulgaire supprime volontiers les voyelles finales , lorsqu'elles ne sont pas indispensables au sens du mot. Par exemple : ismok (ton nom) pour ismoka , /î el-semavat (dans les cieux) pour fi el-semavati f min elseherir (du mal) pour min el-scheriri, etc. (1). Ces voyelles ne se prononcent plus que dans les écoles.

Si la perte des désinences n'est pas devenue générale en arabe, cela tient évidemment à ce que le système de la flexion y est extrêmement simple et se rapproche beaucoup de celui de nos idiomes modernes. Si dans cette langue le prétérit a conservé ses suffixes , c'est que leur po-

(l)lKftrt<Z. l .i,p. 393 et 394.

sition après le radical assurait précisément à ces formes le caractère du passé , et qu'il était impossible de les retrancher pour en faire des préfixes sans risquer de confondre alors les formes du prétérit et du futur. Quant au futur lui-même, il devait rester invariable justement parce que sa flexion se fait surtout à l'aide de préfixes qui , de leur nature , ont déjà une certaine indépendance et conviennent si bien au système grammatical des langues analytiques. Pour ce qui est de la déclinaison, personne n'ignore qu'elle est établie sur le même principe que dans nos langues ; que les noms peuvent être précédés de l'article ; que les cas sont exprimés par des préprépositions min, /", V 7 , etc., et que la différence même du nombre est fréquemment indiquée en arabe non pas par une terminaison , mais par une modification interne du mot. Le comparatif et le superlatif s'y forment aussi à l'aide de procédés analytiques, semblables à ceux en usage dans les langues néolatines, et nullement par l'agglutination de certaines désinences , comme repoç, Taroç , — lat. ior, imus, simus, etc., — ail. er, est, etc.

Il est vrai que l'extrême variété des genres de verbes et des modes de dérivation qui en découlent rend l'étude de l'arabe un peu difficile et lui donne , aux yeux des linguistes inexpérimentés, un caractère synthétique., Mais, ces genres et ces modes une fois établis, il était impossible de les changer par l'analyse , en les simplifiant : car leur grande variété fut le résultat non pas de la combinaison de deux ou plusieurs éléments différents, mais bien de ce procédé symbolique ou virtuel qui se cache sous le principe de la déflexion. Or, la flexion ayant été portée au sein du mot par le génie de la langue, ces mots , sous peine de périr, devaient rester immuables. Car, enfin , l'analyse ne peut avoir lieu que là où aupa-

ravant il y a eu véritable synthèse ; et , puisque la composition , à l'exception d'un petit nombre de substantifs et de quelques noms propres (1 ) , est et a été de tout temps un principe à peu près étranger aux idiomes sémitiques, nous ne voyons pas comment ces derniers auraient pu parcourir les mêmes phases que les langues indo-européennes.

C'est par la même raison aussi que tombe le reproche adressé aux langues sémitiques, d'être pauvres de formes exprimant les temps et les modes. 11 est certain que les premiers Sémites ont dû être frappés surtout par le genre de l'action, puisqu'ils l'exprimaient sous tant de formes diverses ; mais c'est précisément parce que pour

l'exprimer ils avaient épuisé toutes les modifications possibles des voyelles radicales, et qu'il leur était interdit de recourir à la combinaison de deux éléments différents , qu'il ne leur resta qu'un seul moyen de rendre la variété des temps : c'était de placer des pronoms ou des formes pronominales après le radical pour marquer le prétérit , ou de les placer avant l'infinitif pour désigner le futur. Il ne faut pas oublier que les langues germaniques elles-mêmes n'ont que deux temps simples , et que pendant longtemps les langues slaves n'en ont pas eu davantage; que, si les langues néolatines, telles que le français, l'espagnol, etc., offrent ici une grande variété et richesse de formes, elles les doivent à un reste de ce génie synthétique qui caractérisait leur mère commune , le latin. Mais il importe de savoir si les anciens Sémites, par cela même qu'ils n'ont pas eu de formes particulières pour les autres temps et modes , n'en ont réellement pas eu l'idée ou ont été dans l'impuissance de les exprimer. Evidemment, cela

(1) Gésénius, Grande gramm. hébraïque, p, 518 et suiv.

n'est pas : car, quoiqu'en général le présent n'existe pas (1 ) , et que toutes les actions puissent être envisagées comme passées, passant, futures, ou se développant, ce qui est encore futur, on conçoit que les Sémites ne se soient servis du présent que pour marquer la durée d'uneaction, cequ'ils réussissaient àfairede tout temps en plaçant le pronom personnel à côté du participe (2). Les Hébreux exprimaient le subjonctif et l'optatif par de légères modifications du futur, et, en faisant précéder ce dernier du vav conversif, ils indiquaient ce qu'on appelle l'imparfait. Ces modifications prirent un caractère plus accentué dans l'arabe , où l'on distingue les trois formes du futur : jaktola,jaktol,jactolan (5). Au reste, l'arabe parlé de nos jours a recours, comme presque toutes les langues analytiques, aux verbes auxiliaires kan (être) et mcha (aller) ; le participe de ce dernier, machi, étant placé de-

(1) Il faut remarquer que le présent n'a pas, chez les Indo-Européens non plus, un caractère primitif. Dans les formes allemandes : binde, band, liège, lag, Va primordial appartient à l'imparfait. L'i du présent date d'une époque plus récente , puisqu'on ne le retrouve que rarement dans les autres langues de la môme famille. En grec, c'est l'aoriste qui a conservé le plus l'intégralité du radical , et , lorsqu'on compare! ifsvyw, l'yvyov; tÛ7ttw, 6tv7tov; >af*6âvw,g/a€ov, il faulbien reconnaître que le présent et l'aoriste n'étaient pas toujours aussi nettement figurés dans la conjugaison grecque, qu'ils le sont aujourd'hui, et que les formes les plus simples , et partant les plus anciennes, se rencontrent plutôt dans l'aoriste que dans le présent.

(2) Le* Arabes d'aujourd'hui expriment le présent, en mettant d'abord le verbe au futur ou au participe, et en le faisant précéder du petit mot va (voici) suivi du pronom personnel. Ainsi, f écris ac* tuellement peut se dire : ra-ni nektob ou rani kâteb (voici moi, j'écrirai ; voici moi écrivant).

(3) Gésénius, Grande grammaire hébraïque, p. 283; de Sacy, Grammaire arabe, 1. 1, p. 113 et suiv. ; t. u, p. 19 et suiv.

vaut l'aoriste pour marquer une action future très prochaine. Exemple : ich machi ta'mèt (qu'allez-vous faire) ? Il est vrai que le discours des Sémites ne connaît pas les ampleurs de la période grecque, ni l'emboîtement de la phrase latine, ni les imita lionsqu'en ont tentées et tentent encore aujourd'hui les. modernes, surtout les Italiens et les Allemands. Ce qui rendait de vastes périodes possibles chez les anciens, sans que leur longueur nuisît à leur clarté, c'était précisément la variété à la fois et la netteté des désinences indiquant les rapports des mots d'une manière palpable, et ramenant la pensée à l'unité par leur répétition et l'identité de leur son. Ces périodes ne soijt pas possibles ou deviennent un défaut dans les idiomes privés de désinences ou n'en ayant conservé que de fort affaiblies. Les idiomes sémitiques sont dans ce cas, et la période n'y aurait pas pu prendre naissance , même si le génie sémitique ne s'était pasfattaché , pour présenter les pensées avec la plus grande lucidité possible, à les; isoler les unes des autres. Au surplus , c'est une bien grande injustice de se plaindre à la fois des longueurs de la phrase allemande et de parler avec dédain de la simplicité naïve de la construction sémitique. En somme, les Sémites ont fait de tous les temps ce que les Latins n'ont commencé à pratiquer qu'à partir de Sénèque, et ce que tes écrivains modernes s efforceût de pratiquer tous les jours. Coupez les périodes, nous crie- t- on de toutes parts, et, eiî réalité, on n'a qu'à ouvrir les romans de nos meilleurs auteurs pour trouver des pages entières remplies de petites propositions ne dépassant pas la longueur d'unelgne (1).

Qu'on prenne, par exemple, les deux premières pages dç leofte Leoni, de George Sand , on sera frappé de la vérité de ce que nous avançons.

Lorsque nous tirerons les conclusions de ces longues recherches, il restera bien établi que les idiomes japhéti— ques, comme les idiomes sémitiques, ont les défauts de leurs qualités et les qualité de leurs défauts; que. ces défauts et ces qualités, dans, les idiomes japhétiques , ont pour point de départ la composition , et les défauts et les qualités des idiome» sémitiques celui du symbolisme. Reste à savoir lequel des deux principes prévaudra et auquel appartiendra le premier rang. '

H ne parait pas que les Indous aient , à l'origine des choses, procédé d'une manière bien différente de celle des autres peuples, lorsqu'il s'agissait de désigner des concepts ou des objets qui présentaient plusieurs images à l'âme humaine. Ils semblent, comme les Chinois font encore aujourd'hui, et comme ont fait les Tatares, les Egyptiens . etc. , avoir placé deux racines côte à côte, sans songer d'abord à les combiner. La combinaison de deux ou màçie d'un plus grand nombre de racines s'accomplit sans doute insensiblement ; mais ce n'est pas là que nous pouvons reconnaître la supériorité des Indo-Européens, puisque d'autres races et d'autres peuples, dont les destinées ont été moins brillantes , comme les Finnois et les Groënlandais, se servent aussi d'idiomes riches, flexibles, et qui ont pour principe le synthétisme. Nous ne devons pas , du reste, nous dissimuler que le procédé de la composition employé par un si grand nombre de peuples de notre globe est le plus naturel , le plus simple et le plus conforme à des intelligences peu pénétrantes et tout enveloppées encore du, crépuscule de l'imagination. Deux choses cependant paraissent avoir distingué la race indoeuropéenne de toutes les autres : l'heureux choix de ces»raçines monosyllabiques, l'heureuse et euphonique combinaison non-seulement de plusieurs de ces racines en un mot

bien organisé, mais encore des consonnes et des voyelles en des syllabes biçn harmonieuses. Or* voit , dès les premiers pas de la raœ/se distinguer cet os rottmdum quRo race attribuait avec tant de justesse à la muse grecque. Mais œ qui semble avoir caractérisé encore davtfitagffles idiomes iaphétfoes est une extrême souple**** une grande flexibilité^*^ formes, permettant ajoutée les tribus de varier à l'ibfini leurs grammaires ^^Jeurs riches vocabulaires. Le véritable talent de cette race paraît avoir consisté^pWier très rapidement les origines de ses formes grai^ifcÉÉeales, àle&avoir changées et modifiées incessamiwpt en leur donnant avec le progrès des siècles, l'empreinte de flaque épo^ilv du climat, des habitudes, en un moi, du milièu^ns lequel chaque peuple vivait. Ils oublièrent si bien ieun^ofeit de départ et les liens intimes qui les attachaient tous , dans un temps primordial , à un centre 1 commun, que-~uûQfii^lem&it, sans la connaissance du saDterit, qui date d'kiety*» n'eût jamais pu retrouver la * preuve de ces liens, ttafer encore que Français , Allemand** Slaves , Persans < sont loin de se douter aujourd'h^pi^Hous Hs viennent du même pays f , que tous ils ppriobtidès langues qui au fond sont identiques'; qfee tou^ à Kgrigine des choses , ont eu des mœurs et des croyances analogues. Ce fait , d'une importance suprême, n'est encore connu aujourd'hui que d'un petit nombre de savants et de lettrés. Ainsi donc , le mérite principal des anciens lo^Européens a été celqi d'oublier et dé s'abandonner à If^ëèllu moment ; c'est pôurquctiiurs idiomes; plusieurs i&é^terrompus dans lév» carrière normale, ont pu renaltee,#e4#faire, et produit^, malgré d'étonnantes mutilaiîgi)& >v,,*amm* celles qui arrivèrent à Pangfc-saxon eti» perean ^ de grandes et splendides littératures. Cetfraifrsi aue tes idfomes iaohétioues ont dans l'anti-

quité un cachet de matérialisme, qu'ils sont confus et embrouillés au moyen âge, qu'ils s'élèvent au spiritualisme et pour ainsi dire à une clarté algébrique dans les temps modernes. Ils ont calqué la marche ondulée, et , si Ton peut s'qxpriiuer ainsi, le mouvement spiral de l'esprit humain , et leur grandeur tout entière est dans leur ensemble et dans leur développement. Mais il fout se souvenir que les peuples qui les parlaient n'eurent ûucune connaissance de cet ensemble et ne se doutèrent nullement de l'enchaînement immense de leur destinée. Tout chez eux est incohérent , passif, et ce qui les unit aujourd'hui les uns aux autres, ce n'est pas leur propre pensée ou leur propre croyance, mais une pensée, une croyance, venue de source hébraïque. .; .-., ']

S'il paraît avoir été dans la nature des )ndous de subir toutes les influences et de suivi» toutes les impulsions, le caractère des Sémites paraît avoir coufcjsté à se refuser aux premières , à donner et à propager lés autres. On reconnaît les traces de ce caractère énergique dans les allures concentrées et dans la forme inaltérable de leurs idiomes. Repoussant , en effet, le principe de la composition , ils fixèrent isolément chaque image, chaque pensée primitive , dé gpur qu'en les mêlant à d'autres , il en pût naître obscurité ou confusion. Us admirent cependant une série de mô&ificatiqjis de la pensée et du mot primitifs ; et c'est ainsi qu'autour d'un petit nombre de monosyllabes qui restèrent debout se groupèrent les nombreuses colonnes des racines dissyllabigdfes. Les éléments de leur langue une fois établis , les Sémites ne les perdirent plus de vue un seul instant, et ils exprimerai les modes e^les manifestations diverses d'une même idée par les variations et les modifications insensibles du même mot. Voilà comment le Sémite remonta avec facilité du dernier dérivé à

la racine, et que de la racine, avec la même facilité, il redescendit au dernier dérivé. La vie circula dans toutes les parties de la langue, comme ejle circule encore aujow> (Fatfî,vivace «forte, d»ns toutes les peuplades de la famille.

Les étym^jogies des moftfl'entpa* été à faire dans ces rtfoaws , ettes existaient ô W ttjft| ifoo temps; dans les idiomes indo-européens, ou ^Sraïre jettes né se sont faites que de dos jôbrt, et le système de leur* grammaire n'a été révélé* qu'hier* . Ajoutez que ce sont les Sémites qui, les premiers, ont AQajfcjjje la lettre de l'hiéroglyphe , 'éî qu'en décomposant lès sons* de 1, la voix humaine en nie série d'éléments simples et saisissables, en in ventant -c*r( alphabet adôpft par le grand nombre des peuples civifftés , et surtout #ès" peuples japhéliques, ils ont fondé et rendu possibles la vie et les traditions intelleciuelles dé l'humanité. Donc la force du caractère sémitique se reflète dans Ut fixité i des formes de son langage, comme ra -clarté pénétrante 'de sou esprit est reproduite dans la sitapneité et les contours tranchés de son système grammatM&et de son alphabet. Force et clarté , c'est-à-dire attateheuent -aux traditions et perception nette d'une série de OTÉtès simple»,, niais grandes et indispensables à la nàtu^numaihe , tels paraissent être les traits principaux dQjrcaractère sémitique. Y a-t-il lieu d'en inférer uofvceH§ine infériorité de la race? Nous ne le pensons pas; Quel mal y a-t-il à, ce que l'Arabe de nos jours parle un laj^age peUrdiftèrent de celui de ses premiers pères , IttUtfge qu'tktj|Èm a honneur de connaître et d'apprendre, etSfce qu'il puisse remonter ainsi, parune longue sériede traditions non interrompue*-; presqu'à l'origine de sa race et du genre humain? Qoel avanta je'y a-t-il , au «mïràire , à ce que la foule , dans les peuples indo-européens, vive comme les premiers botn-

mes de cette race, à peu près sans souvenir du passé, et que la connaissance de ce passé ne s'obtienne, même dans les classes supérieures de la société , qu'au prix de longues et laborieuses études? Nous signalons cet inconvénient frappant qui s'offre à nous, sans prétendre pour cela que l'état des peuples japhéttques ne soit pas bien supérieur, depuis quelque* siècle* au moins, à celui des enfants de Sem. Retrancher les Indo-Européens de l'humanité, ce serait assurément la décapiter ; ce serait lui ôter la variété et le mouvement, la beauté du génie et le plus noble éclat des arts. Mais, ne l'oublions pas, pour déployer le spectacle splendide que nous offrent leurs civilisations successives, ils ont dû être fécondés à plusieurs reprises par l'esprit sémitique : car, si ce n'est pas à sa seule influence que l'on peut attribuer cet esprit d'analyse .çt de simplification qui caractérise notre époque . et qui éclata d'abord dans les idéeg religieuses du monde européen, il y a dix-huit siècles, c'est à lui seul, c'est à l'esprit sémitique, que la société moderne doit ses mœurs, de famille, sa haute morale* son honneur et sa dignité, et, ce qui est plus que tout cela, son salut.

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