‹ Aperȩu général de la science comparative des languesChapitre 18 sur 37 · DANS LES LANGUES CLASSIQUES · texte numérisé non relu

DANS LES LANGUES CLASSIQUES

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w a l'académie des inscriptions kt belles-lettres en octobre 1863.

Les tentatives des linguistes, pour découvrir l'cjri- |jpe et le véritable sens de cet infinitif, ne parais-

l pas avoir été couronnées jusqu'à présent d'un aoccès complet. Essayons à notre tour, en nous aidant des travaux de nos devanciers, de faire faire à cette question un pas de plus. — Personne n'ignore que les amari , moneri , legi, audiri y ne sont en réalité que les formes abrégées des anciens infinitifs amarrer, monerier, legier, audirier. Comment expliquer ces derniers? MM. Bopp et Polt ont cru reconnaître dans le premier r la marque de l'infinitif actif, dans te second le pronom réfléchi se transformé en re. Dans ce cas amarier, audirier , etc., seraient pour amarere , audirere, etc., ou au moins pour amareer , wdireer, en supposant que la métaljièse er pour re eût été généralemant adoptée , et que le premier e eût été changé en i pour cause de dissimilation. Tout récemment M. Lange , auquel M. Schleicher semble donner raison, a préféré voir dans les lermi-

liaisons ier et rier un infinitif imaginaire siere pour esiere (forme primitive sanscrite syasai=asyasai) , formé d'un présent également imaginaire asyes venant du verbe as « être , » et faisant fonction de passif (as + ya). Legi et amari dériveraient , par conséquent, de legies, amasies. Le s final aurait été retranché comme dans beaucoup de cas analogues, et ie aurait été contracté en i comme dans sim , sis pour stem, sies> etc. Nous avouons que celte étymologie nous paraît beaucoup trop artificielle pour que nous soyons disposé à l'admettre.

Disons d'abord un mot de l'infinitif passif de 1#' troisième conjugaison qui, lui aussi , a été une véritable crux interprétant. Comme amari paraît être formé de amare, moneri de monere, audiri de audire, l'infinitif actif légère semble réclamer une forme correspondante, legeri. Or il est clair que legi ne saurait être envisagé comme une forme écourtée de legeri] ce legerii en effet, n'a jamais existé ; le mot qui, à l'origine, U remplaçait était legerier. Ce dernier étant composé d« quatre syllabes brèves , et accentué d'abord proba blement sur la première (legerier) produisait une vé ritable cacophonie, à cause des deux r et des trois « qu'il renferme. On le prononça probablement légrier et avec suppression du premier r légier. Compare:

TETpayjjio pour Terpa&pay (xo , (Socrpuy pour (iorpu-rpi; ( la locution fiorpuç yaim; existe réellement), nutrk pour" nutritrix, et [d'autres chez Pott, 11, 109 e suiv.

Nous sommes persuadé, avec M. Lange, que la désinence des infinitifs passifs n'est qu'une forme écourtée d'un autre infinitif en -ère, avec lequel les amare, monere, légère, audire , se seront combinés. Amarier , roowener, legier, audirier, se seront dits pour amariere, mmeriere , legiere, audiriere. Mais de quel verbe iere la désinence ter serait-elle le reste tronqué? Au premier coup d'œil, c'est le verbe ire lui-même qui paraît 86 présenter, dont un ancien infinitif a bien pu être fere de eo comme tevai de eïjju. Le verbe cio ou cieo a dû former jadis aère; cîre et ciêre, n'en sont probablement que des variantes nées de la tendance de la ihogue à remplacer les formes plus difficiles de la [;ftnjngaison forte (la troisième) par les terminaisons régulières, uniformes de la conjugaison faible (-are, -fre, Are). Toutefois le verbe venir ne sert en général à désigner le passif que lorsqu'il est accompagné d'un participe. C'est ainsi que l'on dit dans la Hhétie : Io vengo laudans (je suis loué), et le latin lui-même a sou amatum iri.

Le seul verbe latin qui ait conservé la forme ier ftt/ïo qui fait, il est vrai, à l'infinitif /ïen. Mais cette forme est un véritable solécisme consacré par l'usage, qui avait fini par voir dans [io un verbe passif ou déponent. Fieri prouve que la forme régulière de Tinf. passif de lego eût été legeri. L'ancien iufinitii de/ïo était /fere, qui se trouve encore dans Eunius. C'est ce fiere que nous croyons fermement être l'origine de la désinence + ier, qui daus la langue latine indiquait, au

commencement, l'infinitif présent passif. Amarier,rru nerier, etc., sont nés , selon nous, de amare + fier monerefier, etc. Rien n'est plus commun en latin que religion d'un /"dans les formes composées delà conjugaison. L'exemple le plus frappant nous est fourni par \espotui, potueram [>ourpolefui,potêfueram;volm, volueram pour volefui, vokfueram. Dans nolui, malui on ne peut s'empêcher de reconnaître des contractions de non + vole + fui et mage-\-vok + fui , etc.M est constant aussi que tous les parfaits en -vi et -vi contiennent le parfait du verbe fuo, gr. <puo>, sanscrit bhû. Dès lors, il paraît tout simple que le/'sesoB pour ainsi dire volatilisé et ait fini par disparaître dans les amarefier, monerefier, etc.

Reste une grosse difficulté. Est-il probable , est-il même possible que l'infinitif fiere se soit combiné et fondu avec l'infinitif actif des verbes amare, monere, légère, audire? Lorsque deux mots viennent se joindre pour ne plus faire qu'un, ne commencent ils pas* par se dépouiller de ces désinences qui leur donnent un caractère arrêté, déterminé? On dit çepe-vixoç, parti-ceps, treme-facio, trente -fio , lucri- facio, etc., mais on ne considérerait jamais comme formant un. mot cpepwv-vtV/îv, partent capiens, tremere facio ou fio } lucrum facio ; encore moins oserait-on former des composés comme çépwv-vwcoç, partim-ceps , etc. Aussi ne voyons-nous nullement dans les amare, monêre y légère, audire, qui restent lorsqu'on en a détaché le verbe fiere, la forme de l'infinitif présent actif. Amare,

monére, etc., oe désigaeul pas seulement cet infinitif; ils peuvent désigner aussi la seconde personne sing. du prés, passif, et remplacer les amans, monéris; ils désignent enfin la seconde personne sing. de l'impératif passif : sois aimé, exhorté, etc. Nous nous arrêterons à l'impératif, non que nous croyions qu'un impératif puisse entrer dans la composition d'un mot quelconque, mais parce qu'il nous présente en général une des formes les plus écourtées du verbe. Dans le cas qui nous occupe, les deux premières syllabes de amâre, monére, audire et même légère (e'est-à-dire amâ, moné, aitdî et lege) ne sont pas des j^bpératifs , mais simplement les radicaux , les thêf:Ées des verbes amare, monére, audire, légère. Le pronom réfléchi re (c'est-à-dire se) est venu s'y joindre, et a fait corps avec eux. Cela n'a rien qui doive [ étonner ; non-seulement parce que toutes les personnes du passif sont composées invariablement avec ce même pronom, mais parce que les conjugaisons sanscrite, grecque et latine renferment de nombreux exemples de pronominaux pétrifiés, insérés ainsi entre | te radical et la désinence proprement dite. Amarier, ftonmer , audirier et legier , signifieront par conséquent, mot à mot : aime soi devenir , entend-soi-devenir, comme qui dirait en allemand : liebe-sich-werden, hœre-skfHjoerden, etc.

Si l'élyrnologie que nous venons de présente approuvée, elle pourrait nous conduire à déc< peul-être celle de l'infinitif passif du verbe gre minéen-côai. M. Schleicher a fait remarquer dé des formes telles que Wedôov, Woôwv, Meaôe, Xuojxeoiia, à côté de W^eÔa, semblent prouvei Tinslinct de la langue croyait trouver l'expose passif dans la combinaison du g et du S. Ce d'autant plus, vrai que la langue se la pern dans des cas où les règles de la grammaire sec la repousser, comme dans tîxougGyîv pour r.xouÔT) formes comme -îîxoucjjLai , {vue^ai et d'autres ( pourraient donner à penser que c'est moins pa que par le c que l'instinct populaire a voulu dé le passif. Nous n'ignorons pas que, dans des i comme ot<jôa, la consonnance cô répond à deux mitivemenl juxtaposés. Mais dans la seconde per plur. moyen , M. Schleicher essaie de ramei désinence côe au sanscrit dhvé, qui se dirait pour ou sdhvaiy qui lui-même serait abrégé de tvasi ou dhvasi dhvasi. On aurait fait de ce derniei aphérèse, d'abord sidhvasi puis s-dhvai. Tout autres formes, qui renferment un a devraient le gine à la loi de l'analogie, si puissante dans le loppement des langues. Au cas où a serait pi dans -(xe<7Ûa, -(/.eoôov, la forme première serait m

(vieux bactrien maidhê pour madhai, né de madhi + masi?) que M. Schleicher ne croit pouvoir expliquer autrement que par une métathèse des désinences pronominales c'est-à-dire masidhami. La désinence que nous présente aujourd'hui le sanscrit est , comme oo sait : mahé.

J'ignore si, comme M. Schleicher le pense, les formes des trois personnes du singulier dans la voie passive ou moyenne (-p", -rat, -rai), sont nées du redoublement du pronom personnel. On admettra moins facilement encore que les formes déjà si complexes du pluriel aient pu être redoublées à leur ter. Une désinence ant + cmti, d'où M. Schleicher voudrait tirer le grec -vrai, sansc. -nté, n'a probable- Beat jamais existé. La langue grecque, poussée par le besoin de marquer fortement la notion du passif, suivit ^ selon nous, une autre route que le sanscrit. Partout où le doute paraissait possible , elle inséra ton 0, qui probablement ne diffère pas de Ys ou de IV du passif latin. C'est le reste du sanscrit sva ou svi, foi, à une époque moins primordiale, se transforma fculôl en 2, ou, ot, etc., tantôt en <j<pe, ccpiv, apu, etc. Ou devine le reste : Dans WpiecOa, le g n'est qu'un éiai, un appui de plus pour jxeôa, dans lequel nous De croyon^voir qu'un maidhê déformé. Mais dans les -06e-0dov, etc. , nous reconnaissons les -re, -ton de l'actif, auxquels l'insertion du <j donne une valeur médiate. C'est ce même <j que nous croyons retrouver dans feourpat, ^couofav, et, bien entendu, aussi dans les

— IfS —

infinitifs tâchai, >e>ua8at. Dan» le -ôat qui res M. Schleicher croit démêler les infinitifs védique» < -dhyai, forme trop rare cependant pour qu'il ue parais pas risqué de loi attribuer une action si importan dans la formation de la conjugaison grecque. Ne » rail il pas préférable de ramener ce -Oai à la racine sanscrit dhâ, « faire, mettre, » qui semble avoir sen à former l'aoriste I er passif, et que l'on rèncontr dans le présent de verbes tels que Trpvfôtt, eixaôw, etc. Tout le monde sait du reste quel rôle considérai ce môme verbe joue dans la formation de la conju gai son gothique , et quel usage font les Anglais A nos jours de leur verbe 'to do. L\ de -Oai serait ui locatif d'un nomen agentis, dont la forme serait ideo tique à la racine. On n'a qu'à comparer les infinitif védiques : drçê « voir, » â + sad + é, « s'asseoir, i â + y ai pour â + y a + ai , « approcher, » etc Tu7TT8<TÔai, XueoOai seraient donc littéralement : bat soi-faire , affranchit-soi-faire (ail. schlage-sich-ma, chéri), etc.

Parlons enfin d'une dernière probabilité. Of n'ignore pas que dans le groupe <j0, le & est souven le résultat d'un a précédent, et qu'il occupe la plao d'un t primitif. Or t grec répond souvent au th san scrit. On pourrait donc voir encore dans*6ai le sui fixe krit tha (Pott, II, 466). Ce suffixe se rencontr dans yû-\-tha, « troupeau, » de yu> « lier, » pa-{-tha «sentier, » pour pad+ tha, de la racine pad } « mai cher, » uktba « le Samaveda » de la racine vatsh

En insérant un a devant ce suffixe , la langue formait des substantifs abstraits comme çam + a+tha, « tranquillité, » klam-\-a-\-tha y « fatigue, » dam -\-a+tha ou dam+a-\-thu, « punition, » etc. L'infinitif n'a été à l'origine qu'un substantif abstrait ; il se pourrait donc qu'il se fût formé en grec à l'aide du suffixe -tha ou -atha; mais j'avoue que ma première explication me paraît plus vraisemblable.

m. — CLASSIFICATION DES LANGUES D'APRES LE

D* STEINT0AL.

: M. Steinlbal admet, comme M. de Humboldt, que -toutes les langues ont été un jour monosyllabiques, comme le chinois Test encore maintenant. Le chinois, ne disposant que d'un bien petit nombre de sons (un peu plus de quatre cents), il en est advenu qu'un même son a pris presque toujours plusieurs sens. Quelquefois le même mot arrive ainsi à désigner vingt, trente, cinquante choses entièrement distinctes. Celte circonstance devait contribuer à rendre le langage primitif très-obscur, et engager ceux qui le parlaient à sortir de la voie du monosyllabisme où s'arrêta le chinois. M. le D r Sleinthal a remarqué que toutes les langues que nous pouvons suivre jusqu'à leurs origines nous fournissent des exemples de mQts à sens multiple. Il cite à cet égard, nonseulement l'égyptien, mais encore le sanscrit; eu effet , le sanscrit , malgré un vocabulaire extrême-

ment riche et sa faculté de composer des mots à l'infini, en conserve quelques-uns qui se sont arrêtés à ce premier échelon de leur développement. Reconnaissons toutefois que, parmi de nombreuses significations, qu'il faut attribuer presque toujours au mot chinois ! il y en a souvent plusieurs qui se tiennent et s'expliquent Tune par l'autre , par exemple :

Ta veut dire : grand, grandeur, grandir, grandement. Ceci n'a rien d'étonnant d'après ce que nous venons de dire plus haut sur la langue anglaise. Mais voici qui est plus curieux: Eul signifie 1° deux, 2° et (comme qui dirait jonction) , 3° petit enfant (comme qui dirait dédoublement), etc., elc.

Partant de ce principe, M. Steinthal dressa un tableau, plus complet que tous ceux qui sont à notre connaissance, des idiomes les plus remarquables du globe ; et sans éliminer aucune vue importante de ses prédécesseurs, il établit trois classes principales. \ ° Dans l'une il plaça les langues qui réussissent à exprimer les concepts de l'esprit humain d'une manière distincte, sensible et surtout adéquate aux catégories de la pensée. Ce seront là les langues les plus parfaites. 25° Il y en a d'autres où les mots qui indiquent ces concepts sont juxtaposés sans lien extérieur, grammatical, et où la réflexion supplée de son mieux à l'insuffisance du langage. C'est le cas du chinois et des langues qui lui ressemblent. Il y a sans doute dans le chinois des mots pour exprimer toute espèce

d'idées; idée de substance el idée de rapport; mais comme ces mots sont immobiles, indéclinables, ils se trouvent pour ainsi dire tous sur le même plan, et aucun signe, si ce n'est l'ordre dans lequel ils se succèdent , n'oriente l'esprit sur leur valeur respective. Le chinois et d'autres idiomes encore rendent le datif et le locatif par une racine qui signifie rester, demeurer; le pluriel par une autre, qui signifie beaucoup , tout. Mais les peuples qui parlent ces langues ne savent pas ce que c'est qu'un nom au datif, au vocatif ou au pluriel. La différence même des idées principales et des idées de rapport, connue des Chinois, ne l'est pas des races moins bien douées dont les langues ressemblent à la leur. 3° Enfin le plus grand nombre des idiomes de notre globe se sont efforcés de rendre, par des formes sensibles à l'oreille, mais d'une manière plus ou moins imparfaite et confuse, la différence des notions principales (nom , verbe, etc.) et des notions de rapport (préposition , conjonction , adverbe, etc.) Les uns sentant qu'un lien intime doit unir les différentes parties de la phrase , la résument maladroitement en un seul mot, comme le groënlandais ; d'autres exagèrent l'importance des rapports dans lesquels le nom peut se trouver au verbe, comme le finnois. Cette langue possède une déclinaison de quatorze cas , et cependant elle a négligé de donner une forme caractéristique au nominatif et à l'accusatif. Ces quatorze cas, d'ailleurs, sont formés à l'aide de véritables racines, exprimant

des idées principales. Les langues ougriennes ne connaissent pas , à ce qu'il paratt , ces prépositions qui, comme il arrive dans nos idiomes, descendent, non pas de racines verbales ou nominales , mais de foimes pronominales. Dans les langues indo-européennes, en effet, celles-ci constituent le fopd primitif dont sont nés les mots désignant les rapports. La ligne de démarcation, tirée de très-bonne heure entre les deux classes de racines (verbales et pronominales) a été le point de départ du développement heureux et de l'organisation supérieure de ces langues. Veut-on un exemple d'une langue confondant des catégories bien distinctes de la pensée? Choisissons le kawi. Pour exprimer le pluriel du pronom '' dans la conjugaison, on y a recours à la forme fréquentative. C'est comme si « dicens » y signifiant : il dit y pour dire : ils disent, on mettait : dictitans. Veut-on des langues incapables d'exprimer certains rapports de la pensée? Prenons l'idiome d'Annam. Dans cet idiome , il est le plus souvent très-difficile de distinguer le sujet du prédicat. La copule n'y existe pas. C'est pourquoi a mons altus » y peut si- ' gnifier à la fois haute montagne et la montagne est haute. Dans la langue basque , la proposition adjeclive est traitée comme un seul nom. Le mongol et le mandchou n'ont pas de conjugaison proprement dite; ils ne peuvent pas dire : amo, amas, mais seulement : amans, amatus, amare. Ils réussissent, à la vérité, à distinguer ces expressions verbales d'expressions

nominales, telles que : amator, amatorem, etc.; mais cette fusion intime qui, en grec et en latin, fait un seul mot de la désinence pronominale et de la racine, de façon à ce que le verbe présente une physionomie toute différente du nom , cette fusion n'a pas eu lieu dans ces langues. Elle n'existe même pas dans la langue turque, qui conjugue tous ses verbes à t'aide du verbe substantif : être, mais les éléments primitifs dont ce verbe est formé ne sont pas encore bien connus.

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