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LE FRANÇAIS ET LES AUTRES LANGUES ROMANES

Elargissons notre horizon.

C'est qu'en dehors du groupe gallo-roman que nous venons de considérer il y a, principaux, le groupe italo-roman et le groupe hispano-roman, le roman de l'Italie et de l'Espagne.

On dit souvent que toutes les langues romaoïes sont sœurs entre elles, filles du latin. Cette image, il ne faut pas trop la prendre à la letti^, car il n'y a jamais eu co-existence du générateur et des engendrées. Chacune des langues romanes est plutôt la continuation, la reconstruction du latin sur un point de l'espace, d'après des caractèi-es propres et des influences spéciales. Ce sont diverses floraisons d'une même plantation dans des terrains différents. Et cette plantation originale, nous l'avons assez expliqué, ce n'est pa» le latin classique, savant, c'est le latin populaire, le parler du soldat, du colon, du mercanti, de la plèbe.

Ce latin populaire n'était évidemment qu'une langue parlée. La langue écrite dn temps était le

bas-latin. Des g^ens plus ou moins ignorants prenaient des mots latins et les unissaient dans l'écrit par des constructions calquées sur leur parler de tous les jours. Les barbarismes et les solécismes de ces écrits l'essemblent un peu à ceux que nous commettions quand nous étions écoliers. Mais il ne faut pas trop nous plaindre de cette littérature de l'époque mérovingienney parce que ce bas-latin lend de grands sei^ices à l'étude du roman. Derrière ces fonnes barbares et bizanes l'induction réussit parfois à découvrir quelque chose de la langue parlée dont il n'existe aucun monument. Et ce bas-latin ne disparut entièrement qu'au XYP siècle devant le flux, de nouveau vivant à la Renaissance, des grands classiques de Rome.

Reprenons notre chapitre.

Les Germains ont détruit Rome. Les Goths, les A'andales, les Francs, les Lombards, les BurgondevS, et autres, s'essaimèrent sur l'Empire et mirent à mort le géant. Jamais pourtant les Germains n'ont réussi à implanter leur langue en dehors de leur grande étape d'an'êt dans l'Europe centrale. On peut risquer le paradoxe que l'empire de Rome n'a jamais été détruit. La domination extraordinaire du Latium persiste en langage et en esprit. Des peuples divers ont répudié leur parler — propriété tenace s'il en fut — ■ pour embrasser l'idioine grave et fier de leurs vainqueurs. Et quand le chêne géant eut été prostré par l'ouragan qui poussait les Barbares, il n'était pas tout à fait mort, n'en crojrez rien. Un peu de temps, et autour de la base

PHILOLOGIE FR.\NÇAISE

(lu puissant tronc abattu on vit paraître des poussa vertes et saines. Elles grandirent, grandirent encore, se bifurquèrent, et le soleil se mit à jouer à travers le jeune feuillage. Encore un peu, et les branches marièrent leurs sobres floraisons, et l'on aperçut plusieurs chênes, encore petits mais vigoureux, là où un colosse avait vécu. C'est ainsi que les langues romanes s'élancèrent simultanément du monde et du sol romains, et chacune d'elles, belle à sa manière, couvrit d'une ombre amicale la ruine du générateur.

L'enquête devant nous est une des plus cuiieus*et des plus attrayantes dans le domaine entier dv la Science du Langage. En fait, le latin et ses descendants constituent un véritable système, quelque^ chose comme le système du soleil avec ses planètes. C'est comme un monde à part, complet, se suffisant, admirable, où maint mystère philologique se laisse presque toucher du doigt.

Rendons justice aux Allemands qui nous ont montré ces très belles choses en premier lieu, scientifiquement. {*)

D'après la nomenclature de Diez, dans son grand ouvrage d'il y a 70 ans, « Die Romanische Spraehfamilie », les langues romanes sont au nombre d\' six : la langue d'oïl, la langue d'oc, l'italien, l'espagnol, le portugais, le roumain.

(*) Depuis, les publications allemandes sur la langu' française constituent un véritable monceau, et les sujef^ iraités vont jusqu'aux raffinements les plus psychologiques.

Eliminons tout de suite le portugais, très voisin <le l'espagnol, plus doux pourtant, et se distinguant par quelques traits moindres de grammaire.

Eliminons aussi le roumain parlé par près de trois millions d'hommes sur les deux rives du Danube inférieur, et divisé en deux dialectes principaux : le daco-roumain en Dacie, et le macédoroumain en Macédoine. La Dacie avait été conquis-e, colonisée, romanisée par Trajan tout au commencement du 11^ siècle, mais Aurélien fut obligé de l'abandonner aux Gotlis en 274. Une moitié seulement du vocabulaire roumain est latine, le i^ste est un mélange de radicaux grecs, teutoniques, slaves, hongrois. Mais le vocabulaire importe moins. La grammaire est tout, et la grammaire roumaine est positivement latine. Le fait que le roumain, séparé de si bonne heure des autres langues romaiijes, possède pourtant un si grand nombre d'éléments identiques aux leurs, constitue un argument additionnel prouvant que le « sermo misticus. », le a castrense verbum », a été la source commune de toutes les langues romanes, comme nous l'avons assez souvent, et à dessein, répété.

Ces éliminations une fois faites, nous nous trouvons en présence des quatre autres langues romanes : langue d'oïl, langue d'oc, italien, espagnol, — ■ qui se laissent réduire aux deux groupes : francoprovençal, italo-hispanique. Et la division en ces deux groupes n'est pas simplement géographique, elle est intime et scientifique. Pourquoi? Parce que les langues d'oïl et d'oc ont passé par un état de

denii-latinisme de grammaire et de construction^ état dans lequel elles ont été fixées pendant des siècles, état que l'italien et respagnol, à notre su, semblent n'avoir jamais connu. En effet, la première fois que nous i^encontrons l'italien et l'espagnol, disons au XI® siècle, nous les trouvons sous leur forme plus ou moins analytique moderne, ne distinguant pas par flexion le nominatif de l'accusatif, le sujet de l'objet, tandis qu'à l'état demi-synthétique les langues d'oïl et d'oc ont déjà produit une littérature abondante et célèbre à la ronde, attestant la vitalité de ce très curieux arrangement grammatical et syntaxique. Que voyons-nous a.u XIY® siècle? La langue d'oc morte dans les circonstances relatées au chapitre précédent, et la langue d'oïl subissant la seconde et dernièi^ phase de sa transformation, devenue analytique, rejoignant l'état auquel on a toujours vu l'italien et l'espagnol, en un mot devenue le français. Il n'en reste pas moins étrange que l'état inteimédiaire de demi-synthétisme se soit révélé en Gaule (t non en Italie.

D'antériorité linguistique on ne saurait en établir entre les deux groupes. Ma^'s l'antériorité littéraire est évidente en faveur du groupe francoprovençal. Dans le désert littéraire des X*", XI% XII*', XIII® siècles les langues d'oïl et d'oe brillent seules, chacune avec son génie spécial. Et, de même <iue le pollen est dispersé par des brises bienfaisantes et mystérieusement versé sur des plantes infertiles jusque là, le souffle des littératures demi-

synthétiques d'oïl et d'oc, l'inspiration dea trouvères et des troubadours éveille à la vie intellectuelle l'italien et l'espag-nol, inertes encore. L'Italie a Dante, Pétrarque, Boccace, l'Arioste, Machiavelli, Tasso; un peu plus tard l'Espagne donne Lope de Yega et Cervantes. Ceci tandis que la langue d'oc gît frappée à toujours, et que la langue d'oïl couve un idiome transformé qu'attendent de hauts destins. Pour des raisons que l'historien comprend les littératures d'Italie et d'Espagne sont à éclats soudains, suivis de périodes sombres ou nulles ; celle de la France ne présente aucune solution de continuité. Comme l'exprime le regietté A. Darmesteter, elle n'a pas connu une heure de sommeil.

Nous nous sommes écarté de notre sujet direct. Examinons quelques autres analogies et contrastes entre les langues romanes.

Exemples élémentaires :

Le latin dit maturus, la langue d'oïl meûr (français moderne mûr), le provençal madur, l'italien maturo, l'espagnol maduro.

Le latin dit lactuca, le français laitue, l'italien lattuga, l'espagnol îechuga.

Nous avons examiné dans un chapitre antérieur quelques-unes des lois phonétiques qui président au passage du latin en français. Les autres langues romanes reconstniisent aussi le latin en vertu de lois phonétiques propres à chacune. Les sciences physiques courantes,si merveilleuses qu'elles soient, n'offrent pas un intérêt plus intense qiie celui qui s'éveille à la vue d'un radical latin revenu au jour

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sur k Tag^e, sur l'Amo, sur la Loire, sur la Seine, sur le Danube, dans des vêtements neufs, différents, fatals, faits par la loi, par la loi îiaturelle.

Pour rendre plus évidente encore l'opération de cet agent mystérieux, reprenons le mot français laitue. Par hypothèse, ignorons œ que laitue a été en latin. Ce vocable, que doit-il avoir été?

Le petit problème est double. Il j a le coi^ds lait et le suffixe ue.

Or, l'observation nous révèle fait de factum, traiter de tractare, lit de leetinn, fruit de fructuni, et beaucoup d'autres, — ce qui prouve jusqu'à l'évidence que la combinaison de consonnes latine \d, alors que précédée d'une voyelle, devient it en passant du latin au français. Ct = it. Donc lait était lact.

D'autre part, l'observation révèle verrue de verruca, cJmrrue de carruca, et beaucoup d'autres, — ce qui certifie que le suffixe latin itra correspond au suffixe français ue.

Donc, laitue était en latin laetuea.

Allons plus loin. Si cette étymologie est cori^cte, l'italien lattuga, l'espagnol lechuga, doivent mathématiquement reproduire le latin laetuea.

Or, en italien, l'observation révèle natte de noeteiïif Otto de octo, tratto de tracturn, et beaucoup d'autres, — ce qui prouve que le latin et après une voyelle devient tt en piissant en italien. Immédiatement, ici, nous obtenons lattuea, ou lattugay le changement du e dur <'n // étant sans impoi-taïuN» scientifique.

Enfin, prenons l'espagnol lechuga.

En espag-nol, l'observation révèle noche de noctem, ocho de octo, trecho de tractum, et beaucoup d'autres — en sorte que le latin et dans cette position devient ch en passant en espagnol. Donc lactiica- — lechuga.

Plaçons-nous à un autre point de vue, et pour cela servons-nous de l'exemple inatûrus. L'italien luatùro est aussi près que possible du latin; l'espagnol madàro change en plus t en d, consonne niédiale ; le provençal viadûr fait la même permutation, et, de plus, supprime la désinence non-accentuée ; le français ineur, mûr, va plus loin qu'eux tous : il supprime entièrement la consonne médiale, il svipprime la désinence, il supprime la voyelle courte a, — il ne respecte que la consonne initiale 77? et la partie accentuée ur. Typique est cet exemple de la manière dont les mots latins sont transformés par les diverses langues romanes.

L'espagnol est un peu à part. Son milieu physique ressemblant assez à celui du Latium, il n'a pas, comme le français septentrional, sacrifié un grand nombre de voyelles. Ses vocables sont pleins et sonores; mais, d'un autre côté, il prononce le (j guttural comme le fait la famille germanique, et il se complait positivement dans les a,spirations rudes des A^isigoths et des Arabes. Les étymologies espagnoles sont parfois ardues, la péninsule ibérique ayant entendu les piétinements et les rumeurs de races d'hommes nombreuses et diverses.

L'italien a surtout choisi le son, la forme. Il est

l'>l PHILOLOGIE FRANÇAISE

le meilleur portrait par approximation du générateur latin. Comme l'exemple matûrus nous Ta montré, la i^ssemblanee provient surtout de ce qu'il a retenu la sj-llabe ou les syllabes qui suivent la syllabe accentuée en latin, et aussi la consonne du milieu, • — le français supprimant juste ce que garde l'italien.

Le français prime par la plus grosse part de mutations phonétiques. Les voyelles ont été permutées, étouffées, les consonnes médiales enlevées, les syllabes non accentuées et les désinences coupées, — bref, les vocables latins ont été rétrécis, contractés, assourdis. Néanmoins, le français est peut-êti"e l'hélitier en cbef du latin quant à la sobriété, la correction, la sévérité, disons même la rigidité de sa prose et de son génie. Les deux autres grandes langues romanes ne sont pas si sévères et si pointilleuses. L'italien sait se faire très malléable et très libre. De sorte que si la voix latine est dans l'italien, Vthiw latine est plutôt dans le français.

Pourtant, quels que soient les diffénences et les contrastes, évolutifs, phonétiques, littéraires et autrcs, entre les langues romanes, elles concordent en tous les points fondamentaux. Elles sont en vérité une seule chair, un seul sang. Un esprit caractéristique, un génie indélébile les pénètre toutes. En résumé, voici les principaux liens d'unité :

1. Les. vocabulaires sont latins, et il n'y a pas de raison de douter que leur source immédiate — pour la partie primaire, essentielle du moins — est dans le latin populaire, vulgaiix», le « sermo sordidus »,

le « castrense verbimi ». Leurs radicaux sont peu nombreux, leur faculté de dérivation est très prolifique, et presque même.

2. Quels que soient les arrang'ements et changt^ ments phonétiques subis par les mot« de ces diver-' vocabulaires, l'accent demeure sur la syllabe qui le portait en latin : matùrus, viatàro, ^tnadùro, madû/,. mûr; tabula, tàvola, tàhia, table.

3. En grammaire et en syntaxe il s'est produit quelques diverg^ences individuelles, m.ais les caractères spécifiques sont les mêmes. Tous les idiomes néo-latins ont abandonné la déclinaison flexion nelle latine. Le pluriel seul est spécialement caractérisé. Le genre neutre est rejeté partout, et, en somme, fondu dans le masculin. — Les articles définis et indéfinis sont créés de l'adjectif uriiis et du démonstratif ille. — Le futur latin est rejeté, et un futur neuf inventé : l'infinitif avec l'auxiliaire hahere, avoir : français chanter-ai, italien cantar-o, espagnol cantar-è. Partout ici les éléments se sont unis, mais dans la langue d'oc ils étaient séparables à volonté, et des mots se laissaient intercaler entre eux. — Sur un plan analogue a été créé le mode conditionnel, inconnu du latin. — ■ La conjugaison est enrichie de temps composés formés à l'aide d'auxiliaires. — La voix passive latine est rejetée, et sa fonction est remplie par l'auxiliaire être joint au participe passé actif. — Les suffixes adverbiaux latins sont abandonnés, et un suffixe adverbial entièrement neuf est formé avec le substantif latin mens, accusatif mcntem, qui reçoit la signification

rHILOLOGIE FE^VNÇAISE

précise de « façon », « mode », « manière » : français clière-ment, italien et espagnol cara-mente.

4. Sur 800 à 900 vocables teutoniques entrés dans les idiomes néo-latins, environ 300 sont communs à toutes. Ainsi, le tentonique herherge a donné le français auberge, le provençal alherc, l'italien alherga, l'espagnol alhergue. Le français, cela ae comprend, en a le plus grand nombre de beaucoup.

5. Le sentiment latin de la « quantité » est effacé pour l'oreille et la poésie romanes. Les nations néo-latines créent un vers nouveau, un mode neuf de mélodie, un idéal de cbant poétique fondé sur « l'accent » jeté haiinonieusement au milieu d'un nombre défini de syllabes. Le même Oi-pbée mystérieux, comme l'appelle Littré, leur munnure à toutes la ligne décasj^llabique ou héroïque.

Après avoir indiqué les similitudes scientifiques globales des trois grandes langues romanes, il ne serait pas sans intérêt de les mettre en i-egard au point de vue spécial et différentiel. Nous notons <iuelques traits saillants.

A part quelques vocables faciles à compter, tous les mots italiens se terminent par une voyelle. L'c muet n'existe pas en réalité, mais il s'élide pai-fois. Pour parer à cette monotonie de désinences en voyelles il y a bien quelques petits retranchements euphoniques, et d'ailleurs, à la prononciation rapide, ces voyelles finales s'atténuent et s'effacent un peu.

AUTRES LANGUES ROMAHES 157

Le maniement de Fai^ticle défini est assez délicat, mais, en revanche, il n'y a pas d'article partitif, et cet article défini lui-même se laisse très souvent supprimer.

Tout infinitif peut être employé comme substantif.

La déclinaison analytiqvie est enrictiie de foimes agglutinées : nello, nella (dans le, la); suUo, suUa (sur le, la), coUo, colla (avec le, la).

Le pluriel ne se foime pas au moyen de s; des voyelles difi'érentes de celles du singulier le remplacent.

Les désinences augmentatives, et surtout diminutives, foisonnent, doublées, triplées même : tavola, tavolino, tavolinetto (grandeurs de plus en plus réduites de table).

Le pronom poss-essif prend l'article défini: il mio,. la sua, mais, en revanche, il peut fréquemment se supprimer.

Notre impersonnel on n-existe pas. L'idée impersonnelle se tourne par la forme passive analy^ tique ou la foi-me réfléchie du verbe.

La flexion dans la conjugaison étant bien marquée et sonore, le verbe se passe très facilement du pronom personnel.

Le gérondif n'a pas besoin d'être accompagné d'une préposition (en).

La conjonction que est le plus souvent supprimée.

La négation ne consiste qu'en un seul mot.

Une caractéristique entièrement inconnue du

PHILOLOGIE FEANÇAISE

français c'est rag-g-luti nation, à la fin du verbe, de pronoms, d'articles, de prépositions : repentirsene (s'en repentir), darmelo (me le donner).

Une caractéristique de différenciation plus importante encore c'est l'accent prosodique. Il est bien oii nous avons dit dans les pages précédentes, mais il n'est pas le seul. Yu la structure générale des mots, la mobilité de l'aocent est extrême; il porte sur une des quatre dernièiTes syllabes dans les mots polysj'llabiques. Le bien placer est affaire majeure, le même mot pouvant prendre des significations très différentes selon la position de Tac- .cent. Et l'accent est non seulement mobile, mais aussi très prononcé, intense par comparaison avec le nôtre, et se rapprocbe de la nature de la a quantité » classique. Le vers italien se fait très bien sans rime. Xous insistons sur la grande ricbesse de l'accent en italien. En français nous glissons sur les syllabes, n'appuyant que sur la dernière. Chez eux la valeur de l'accent, la place de l'accent, fait partie de la beauté de ridiom.e.

L'italien est facile en apparence, mais qu'on ne s'y laisse pas prendre. L'énumération ci-dessus révèle assez qu'il peut être abondant en propositions elliptiques et en tournures inversives. Qu'on ne se laisse pas non plus prendre par trop à son appai^ento douceur. On le voit souvent, très souvent, bien ]^lus concis que le français, et la concision engendre l'énergie.

En espagnol une très grande proportion des vocables se terminent par des voyelles.

Les diplitoiigiies sont plus nombreuses qu'en italien.

Certaines opérations phonétiques sont spéciales et curieus.es. Ainsi / initial latin se fait parfois h aspirée : hablar {fahiilari, parler), hacer {facerc, faire), liijo (filmm, fils) ; c et p initiais se rencontrant avec / font II mouillé ; il y a une prédilection ( onstante à faire d'un t latin un d final : virtuel {virtiitem, vertu), libertad (libei-tatem) ; il y a Vn sui-monté d'une barre qui répond à notre gn mouillé, etc..

L'article défini est souvent supprimé, et il n'y a pas d'article partitif.

Ici nous avons 1'^ du pluriel, sonné : as, os ; et comme la flexion plurielle des temps se termine uussi en s sonné, la diction en est rendue décidément sifflante.

Les augmentatifs et les diminutifs abondent, plus encore qu'en italien. On compte une dizaine de chacune de ces formations, des augmentatifs surtout.

Les pronoms possessifs se placent également avant ou après le substantif.

L'impersonnel 071 n'existe pas non plus. La forme passive et la forme réfléchie du verbe y suppléent comme en italien. L'absence de o?i dans les deux langues sœurs du français donne du crédit à l'hypothèse qu'en français cette création est due à l'influence du teutonique man.

Il y a deux verbes avoir et deux verbes être avec flilîérenciation dans l'emploi. Etre a les deux for-

mes ser et estar. Son imparfait de l'indicatif reproduit aussi le latin eram.

La flexion dans la conjugaison des verbes étant pix^sque partout sonore, le pronom personnel se laisse souvent supprimer, moins pourtant qu'en italien. Cette suppression est même un moyen iV effet littéraire.

L'imparfait de l'indicatif latin en ham se retrouve presque textuel.

La négation est un seul mot.

Le se (soi, se) s'agglutine à la fin du verbe comme en italien, mais il est seul à se laisser traiter ainsi.

Que le pronom personnel soit sujet ou régime, on peut le mettre avant ou après le verbe.

Le nominatif est mis souvent après le verbe et même après son régime.

Il résulte de cette énumération rapide que la syntaxe de l'espagnol est très libre et se rapproche de celle du latin. La langue est susceptible d'une foule de toui*s et d'inversions que l'italien, assez libre lui-même, ne saurait se permettre. Il faut prendre en ccmsidération que la domination romaine sur la péninsule ibérique a duré 600 ans.

Au point de vue prosodique, l'accent est bien sur le radical latin comme il a été dit dans la première partie de ce chapitre, ce qui ne l'empêche pas de se trouver en trois places différentes des vocables. Le vers sans rime espagnol est très beau, d'autant plus que tant de vocables sont eux-mêmes

niétaplioiiques. En effet, la langue s'attache à tout coneréter. Energique et virile, elle ne manque pas de grâce, malgré le sifflement un peu trop abondant et les sons gutturaux et aspirés qui lui viennent des Gotlis et des Arabes. Elle se ressent fort de l'influence de ces derniers par son diapason hautmonté, pompeux (altisonante coTUTOie le traduit son dictionnaire). Un certain nombre de doublets, latin et arabe, comme loalazio et alcazar, sont curieux à regarder. Nous avons déjà dit que l'espagnol donne parfois de la tablature à rétjTnologist-e.

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