ALPHABET - ORTHOGRAPHE PRONONGRTION - LECTURE - PROSODIE
L'idée de représenter les sons mêmes du langage par des signes semble être d'origine égyptienne. Totalement transformée par les Phéniciens, cette graphie fut portée par eux sur les rives de la Méditerranée, chez Is Grecs, les Etnisques, les Latins, qui, tous, lui firent subir des modifications particulières.
Les Celtes n'avaient point, qu'on sache, d'alphabet à eux. L'alphabet latin s'implanta en Gaule avec la langue. Il se composait de 23 lettres au lieu de 25 qu'on compte en français, / sei-^'ajit aussi pour j, et V pour ?/.
Le nombre de 23 resta intact jusqu'au XVP siècle. C'est alors que le ; fut différencié de 1'/, et Vu (lu V, et que l'on introduisit hv cédille et les accents. Ce ne fut pas sans peine, mais, comme par le passé, l'alphabet resta tout ce qu'il y a de plus défectueux et de plus insuffisant pour exprimer les sons de Ik langue.
L'alphabet fiançais o^t, en <i»iiniM\ l'îtlolialx^t
ORTHOCiRAriIE ACCENT lt>3
latin, mais c-ela ne prouve rien. Des alphabets peuvent être identiques, et en même temps tout différents. Les mêmes signes sont loin de représenter les mêmes émissions vocales. Le fait est qvie la notation graphique d'un parler tient bon pour ce parler seulement. Un alphabet, dans la pleine force du terme, est affaire de convention pure.
Triple au moins est la voyelle a : lame, flamme, uine ; chatte, chat, schah.
E l'emporte et de haut. Il est tout ce que Ton voudra : muet, aigu ou fermé, médial ou demiouvert, grave et ouvert : mare, me, rocher, liberté, charrette, arrête. Voyez la gradation de, dé, dè.^, dais, j'aimai, j'aimais. Dans inférieur l'accent aigu est grave en comparaison de ce qu'il est dans liberté. Bêtise et bête semblent identiques, mais ils sont prononcés autrement.
Pour o, nous avons botte, croquer, .beœu, nôtre Xodier porte à 43 le nombre des o; peut-être exao"ère-t-il un peu.
Quant à u, nous sommes dans un grand doute à propos de bien des points de la prononciation du latin vivant, mais nous sommes certains que u se prononçait ou. Le son français de cette voyelle est inconnu aux autres idiomes néo-latins; les Espagnols et les Italiens s'en tirent même assez mal. Les Anglais y rechignent aussi, et pourtant le son existe en allemand et en danois. Cette émission vocale est peu répandue dans les parlers humains.
On a plus beau jeu encore, si possible, avec les consonnes. K,q,c,ch,ioi\i double emploi: cinq,chose,
cuir,psycliologie, cœair, chœur; 5, ss, c: assailUr, placer; s, z: résurrectwn, présupposer ; i, y: plia, paya; j, g : jeune, genou, jeter, gîte; oi, oè : poil, poêle, ■ — partovit plusieurs signes pour un même son. Plus grave encore d'avoir plusieurs sons pour un seul signe : partie, facétie; aggraver, suggérer; fécond, ,<econd; soigneuœ, besogneux; Espagne, stagnant; eu, peu, 2>w; tHIc, fille, Tnillion, illustre, réveil, merveille, etc.
Que dire de la fameuse gamme des sons nasaux : in, an, on, un : fin, faim, camp, plo^mb, humble. Qu'est-ce que ces sons réellement? Des demi-diplitong\ies, des demi-voyelles ? Et qu'est-ce que la graphie a à faire avec le son véritable, quoi qu'il soit? Et comment imaginez-vous n mouillée (niontagne) dans la notation g/i ?
Pourquoi -insister? Tout le monde voit et sait. Il vaut mieux admettre tout de suite que pour à peu près quarante sons français il y a quelque chose comme une quinzaine de représentations graphiques. La double source du français, populaire et savante, comme il a été expliqué au Chapitre XI et ailleurs, a rendu la confusion plus confuse encore.L'influence savante a agi ici de deux manières: elle a substitué des lettres latines aux français-es qui en dérivaient et elle a rétabli des lettres disparues: pié est devenu pied (pedem) ; povre, 2^aiivre (pauperum) ; cler, clair, (clarum). Admettons donc que l'alphabet français est défectueux, inconsistant, redondant, vaeillant, tout près de l'absurde. Il est vrai que tous les alphabet.» sont plus ou moins