‹ Aper©us de philologie fran©aiseChapitre 32 sur 48 · ORTHOGRAPHE ACCENT 1G · texte numérisé non relu

ORTHOGRAPHE ACCENT 1G

absurdes, et, en pnemier lieu, il n'y a aucun motif pour s'en étonner puisqu'ils ont tous leur origine dans une notation première sémitique. D'autre part, un demi-dieii grammairien eût-il présidé à l'élaboration originelle d'un alphabet pour chaque idiome, on ne saurait mettre en doute que l'i^iorance, la négligence, l'influx des pensées, l'accroissement du vocabulaire, les vicissitudes incessantes de la prononciation que la graphie ne pouvait rattraper (voyez les mutations de notre français, pourtant si stable, entre le XYII^ siècle seulement et nous), l'immixtion d'éléments étrangers, en un mot la vie même de l'idiome, que toutes ces causes, et d'autres encore, eussent graduellement amené un état de choses ressemblant à l'état actuel. Tous les alphabets sont ridicules, mais ils sont superbes. Sourions en et gardons les. Nous marchons ass-ez bien comme cela, et par leur moyen des faits d'or et des tonnes de splendeur sont entrés dans nos esprits. Quelques amendements secondaires de notation sont certainement à désirer, mais laissons faire la toute douce et toute puissante main du temps qui a fait (comparez les textes, ne serait-ce qu'à partir du XYP siècle) et qui fera encore. A part la notation ai au lieu de oi, dans des mots comme monnoie, coïuioitre, François^ où le son ivé était tombé en é, notation introduite au XVII° sièfle par l'avocat Bérain, et à laquelle il a fallu toute l'autorité de Voltaire pour triompher, tous les amendements se sont faits comme d'eux-mêmes, et il s'en est fait, tout seuls, depuis notre banc

(l'écok. Nous n'avons pas besoin do rAcadémie (qui d'ailleurs s'amu&e différemment) ni des hauts bonnets de l'Université, encore moins des ukases ministériels comme l'Arrêté du 26 février 1901 (*). La secte des néograpbes (non officiels) ne nous inspire non plus confiance. Semblant ignorer que les langues ne sont jamais fixées, ils vont de pair, à leur manière, avec les rêveurs d'une langue universelle, qui ne se doutent point que le langage est un produit physique, soumis à des agents physi- (^ues, et que, sur le globe, changement et variété sont concomitants de vie. Sourions, et gardons nos notations graphiques comme elles sont. En dépit de tout, la plupart des vocables restent des êti-es animés, respirant, des porteurs d'histoire et de sagess<% et nous ne voulons pas qu'on les mutile ou les tue. Et qu'on ne vienne pas nous lanciner avec l'argument stupide du terre-à-terre pratique. Nous n'avons pas à nous abaisser aux masses ignorantes, notre devoir sacré est de les élever à nous.

Passe encore si le ministre, on ne sait pins lequel tant il y en a eu, s'était contenté de recommander qu'on Le pousse pas de ''colles" niaises aux examens, qu'on ne tende pas de pièges, que les examinateurs ne se laissent pas aller à la haute voltige malicieuse à laquelle ils ne sont que trop enclins. Mais là, d'un coup, décret, arrêté, permissions, défense, dans une affaire de ce domaine. Pareille chose ne se voit, ne peut se voir dans aucun autre pays. Pour notre part, nous ne connaissons rien de plus ridicule, de plus pernicieux, hélas ! que des corps constitués, une autorité quelconque, se mêlant d'ordonnancer, d'enrégimcnt"'- !">i choses de l'intelligence pure et de l'art.

ORTIIOGRArilE ACCENT KîT

Evidemment, l'orthographe française est difficile. L'étymologie aide bien un peu, mais tout le monde n'est pas à même de s'en servir. Et encoi^, voyez : honneur (honorem), courir (currere) ; voyez Vh de huile (olea), huis (ostium), huître (ostrea). Voyez bonheur (bonum augurium), heur, ancien eiir, Vh étant là par fausse étymologie avec heure (hora).

Il y a des vocables dont la consonne finale, muette d'habitude, est sonnée : 'mœurs, tous, sens, einq, si,r, sept, cher, fier, amer, vis, os, lis, but. On voit à première vue la raison de ce départ de la règle. Aussitôt que le risque de confusion disparaît, la plupart de ces vocables rentrent dans la loi : le se?is commun, si.r chevauœ, le but est atteint. Di,r et si.r ont même un triple son : ^/./-• francs, dix hommes, di.v.

Il y a aussi les homophones : tant, temps, t'en; voix, voie, voit; vers, ver, verre, vert; Jean, gens, j'en; cinq francs, saint, sein, seing, sain, ceint, etc.

Il y a le jeu de consonnes finales : un bœuf, des bœufs; un œuf, des œufs; un os, des os. Les deux premiers se laissent expliquer par la loi phonétique en vertu de laquelle une consonne labiale finale tombait devant l'.s- du pluriel. La vieille langue disait : le drap et les dras, la clef ^i les clés, Vaj)prentif et l4:s apprentis, et c'est du pluriel qu'on tira plus tard le singulier moderne.

Que dire de la série à prononciation double : fils, couvent, vis, fier, éditions, acceptions, président, content, convient, violent, expédient, négli-

gcnt, excelle tit, affluent,et d'autres qui nous échappent.

Il y a aussi les trois accents, empinintés à l'écriture grecque au XVI* siècle, auxquels on a laissé leurs noms (différences mélodiques) tout en les affectant à des emplois nouveaux. Ces accents font le désespoir des illettrés et des étrangers qui n'en aperçoivent pas la raison dès l'abord. Ce sont pourtant des adjuvants très heureux pour suppléer aux défectuosités de l'alphabet, pour supprimer des lettres parasites et étj^Tiiologiques, pour marquer des dfférenciations, à l'œil du moins, entre des vocables amenés à l'identité de son par quelque parallélisme de procédés phonétiques : mur (muruin), mûr (maturum) ; sur (supra), sûr (s-ecurum) ; a (habet), à (ad) ; du, ancien del (de ille), dit (debitum) ; épée, état, âne, âge, pour esjiee, estât, asne, aage, etc..

Qu'on se mette à la place des étrangers, qui même savent déjà assez bien, alors qu'ils entendent pour l'écrire : faiîJier, n'aimer, qu amour, mWnduire, s'entend, t'irrite, s'allie, et une légi(m d'autres.

N'y a-t-il pas aussi les trompe-oreille créés par la « liaison »? '

Toutes ces difficultés sont, hélas, très réelles. Elles sont fatales, on n'j' peut rien. Il faut accepter les langues comme toutes choses : avantages et désavantages conjoints.

En dehors des fatalités, comment appi-écier les innombrables pierres d'achopptmient qui sont du fait délibéré de messieurs les grammairiens? Et

ORTHOGRAPHE ACCEXT 169

qu'est-ce que cette manie qui se répand depuis une trentaine d'années de faire bon marclié du trait d'union? On en comprend à la rigueur la suppression dans des vocables comme ijrimesautier, coiitresigner, clairsemé, où la division syllabique se présente d'elle même. Mais dans des cas comme codirecteur, coreligionnaire, la pensée n'est-elle pas de prime abord dévoyée par les syllabes initiales? Prenez lieux-comimuns, parti-jyris ; est-ce la même cliose que lieux communs, et un parti 2??'z'5 dès l'année dernière? Coffre fort et coffre-fort, tapis vert et tapis-vert, talon rouge et talon-rouge, sontils synonymes ? Tout oe qui enlève de la clarté doit être honni. (*)

Quelques réserves une fois faites, l'optimisme prévaut, si seulement on veut nous laisser tranquilles, quant à l'orthographe française. Elle concilie, autant que faire se peut, la science, l'âme, avec le son, le corps du langage. Ceii:es, on est plus chanceux pour Forthogi^aphe en Allemagne, en Ita-

Le fameux Arrêté de 1901 ne craint pas d'abonder clans cette suppression du trait d'union. Il autorise des monstres comme courtvêtues, nouveaunées. Est-il ne trouve pas grâce, ni ci-jointes. Ci^ à proprement parler, n'est pas un mot, un mot indépendant ; on ne le connaît dans cet état indépendant que dans l'expression commerciale.: ci : 200 francs. Ce même Arrêté assimile pomme de terre à chef-d'œuvre pour supprimer le trait d'union de ce dernier ; ne comprend-il donc pas 1'/" muette qui détruit toute assimilation. Encore sommes-nous heureux, car une première ébauche d'Arrêté avait mis en avant des cheflieux, des priedieux , des péleméhs. De fortes têtes en étaient là.

lie, en Espagne. Mais si quelque chose peut nous consoler, c'est de voir la notation graphique abracadabrante de l'idiome rival, l'anglais.

Prenons maintenant la prononciation et le parler en lui-même. Il y a nombre de gens qui, encore, parlent et prononcent bien le français, mais, comme il a été dit dans le Chapitra a XIX® siècle », cela se perd tristement, et certaines des observations qui suivent tiendront forcément de l'idéal.

Les sons s'émettent clairement, fidèlement, distinctement. Rien n'est retenu dans la gorge ou dans la voûte de la bouche. Le français est la plus unie, la plus plane, la plus glissante, la plus insinuante, la plus communicative, la plus soeiable des langues. Les sons montent aux lèvres comme spontanément, et là ils voltigent et se jouent. En vérité, les labiales sont les plus nombreuses, les dentales ne viennent qu'ensuite. L'^' muet est une prolongation doucement sonore, un écho léger, et la même chose s-e produit chez les mots si nombreux se terminant par une consonne muette : af, aSj ity /.s', etc. Existe-t-il un son plus en-dehors, plus expressif (jue Vu, presque spécial au français? Un enthousiaste ne l'a-t-il pas appelé un demi-bais-er !

Une mesure, une moyenne heureuse caractéris(^ l'agrégat des consonnes par rapport aux voyelles, ainsi que leur interspersion. Lt^ français plus moderne contient plus de consonnes et moins de voyelles ciue la langue d'oïl. Cet influx de conson-

OllTHOGKAPHE ACCENT 171

lies s'est produit' surtout au X YI'' siècle, à la Renaissance, alors que le latin fut corporellement et grossièrement versé dans la langue, et ce mouvement d'accroissement des consonnes s'est encore accusé depuis, parce que beaucoup d'entre elles sont prononcées qui étaient muettes au XYII'' siècle. Dans- « L'impromptu de Yersailles » Molière se moque de la manie qui déjà pointait.

Les syllabes françaises se prononcent fidèlement et consciencieusement, et comme l'accent tonique est faible, que la « quantité » joue un rôle trè^ secondaire, il en résulte un parler dont l'énergie et la véhémence sont absentes. Mais comme c'est aisé, net, coulant, animé, gracieux. La précipitation et le traînement y sont haïssables au même titre. Cela, va légèrement, sans bruit, limpide, fluide, rapide, — en fait le parler est bien plus rapide qu'il n'en a l'air sur le papier, à cause d( s désinences muettes innombrables et, nous le répé tons, de la « quantité » faible. Les Anglais et k"> Allemands parlent vite parce qu'ils ne prononcent pas tout; la rapidité française s'explique autrement.

Si les bons parleurs et les bons liseurs sont raies même chez nous, comment ne pas sympathiser avec» les difficultés que rencontrent les étrangers pour acquérir la bonne prononciation d'une langue en apparence facile. Le principal obstacle à la bonne prononciation d'une langue étrangère vient de l'habitude invétérée, fixée, devenue inconsciente, d'agencer les différents appareils vocaux de telle

manière, toujours semblable. C'est un mécanisme, une horlog'erie presque, qui, une fois en branle dès le premier âge, persiste à persister, et se rebiffe aux efforts de se laisser décomposer et recomposer pour jouer un autre air. Non, ce n'est pas une mince aft'aire que de déclanclier et reclancher à volonté pour exécuter, juste, une musique toute différente. Les efforts restent presque toujours impuissants, et même un séjour prolongé au paj^s oii la langue poursuivie est indigène n'est pas souvent suivi d'un effet à peu près complet. Un don de nature est seul capable d'accomplir le tour de force ,et rien de plus rare.

En exemple quelques pierres d'achoppement que les étrangers rencontrent dans la prononciation française ; des Français, même lettrés, y défaillent.

L'r double n'est pas tambourinée comme règle, excepté chez quelques vocables-onomatopées comme horreur, courrou,v, irrite; aussi les futurs et conditionnels comme mourrai, courrais, qui se confondraient avec les imparfaits. Pourtant le son de Vr doit êti-e émis distinctement dans tous les cas, et non pas aplati et grasseyé. Qu'on n'enlève pas de l'énergie à une langue qui n'en possède déjà guère. Le français, malgré sa fluidité, n'ambitionne pas la « douceur ».

La série nasale in, en, on y un, avec toutes ses nuances, n'est pas précisément musicale, mais les étrangers la manquent et la rendent désagréable en prolongeant, en insistant par trop. Il ne s'agit pas »T(. ff >?•(•(>, in ai s d'i'vnc^ îfnd^' bien diff^'iiM) (•)»'><•,

Page 1