‹ Aper©us de philologie fran©aiseChapitre 37 sur 48 · L ARTICLE · texte numérisé non relu

L ARTICLE

Le grammairien romain Qnintilien disait : a Notre langue n'a pas besoin d'article ». En latin, teneo ferrum voulait dire aussi bien je tiena le fer que je tiens un fer, que je tiens du fer. Les langues romanes, issues du latin, ont répudié le diiie de Quintili-en, et, sous l'inspiration d'un même génie, elles ont créé des articles, - — créations adaptées, il est vrai, de la langue-mère.

Le français n'en a pas moins de trois.

L'ai-ticle défini a été tiré du pronom démonstratif latin ille, illa. Le choix est rationnel et admirable, puisque l'article défini est certainement l'équivalent affaibli du démonstratif. Dire V homme qui passe, c'est pai^eil à cet homme qui passe. Du est la contraction de de le, longtemps del; au de â le, al; es qui reste en quelques formes archaïques comme licencié es lettres, est la contraction de en les.

L'article indéfini a été bien naturellement tiré du nom de nombre latin unus, una, qui signifiait aussi un seul, un surtout. En vieux français un, une, étaient déclinés comme le défini. On disait uns ciseaus, unes lettres. Ce pluriel a été absorbé par l'article partitif. Il nous en resto quelques uns, les uns et les autres.

La préposition latine de, qui avait souvent une valeur partitive, est le germe de notre article partitif. Cet article est assez tard venu. L'ancien français disait comme le latin : manfjcr pain, hoire vin.

GEAMMAIRE - — SYNTAXE 181

Ici la grammair€ est subtil-e et s'adonne à des différenciations délicates : a II boit du vin », « Il boit de bon vin », « Il boit du bon vin que je lui ai envoyé », Il boit d'un bon vin de France », a II ne boit pas de vin ». Et même encore pour le féminin et après l'article apostrophé. (*)

Tous ces articles ne sont pas entrés en fonction d'un seul coup. Les très vieux textes en sont presque entièrement dépourvus. Les textes moyens s'en privent très fréquemment. On disait entreprendre guerrey faire récit, tourner teste. Les noms concrets ont été les premiers à prendre l'article. Il ne se mettait pas devant les noms abstraits. La rigueur moderne est excessive, et coupe l'aile au discours. Est-ce que en dehors du défini et de l'indéfini, du déterminé et de l'indéterminé, il n'y a pas une troisième manière de concevoir l'idée ? 1/ article français est devenu absolument envahissant, sans nécessité, sans pitié. Yoici une phrase de du Bartas : « On peut vaincre par rigueur et audace un cœur obstiné ». Qu'est-ce qu'il y a là de défectueux? Eabelais dit : « Tabourins a nopces sont ordinaire-

Le célèbre Arrêté du ?6 février 1901 tranche ici comme avec un couteau. Il dit :

*' On tolérera du, de la^ des, au lieu de de partitif devant un substantif précédé d'un adjectif. Ex.: de ou du bon pain, de bonne viande ou de la bonne viande, de ou des bons fruits"" . Comment, *' Je me nourris de bonne viande ". "voici de la bonne viande d'hier", ce serait tout un? Et faudra-t-il dire : ** Je n'ai pas des bons fruits à vous donner" ? Et le reste à l'avenant. Ce n'est pas possible, et qu'est-ce que l'Arrêté peut bien vouloir signifier ?

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m-ent battus, tabouiineurs bien festoyés ». N'est-ce pas très bien comme cela? Corneille dit : « Prenant nouveau prix de la main qui le fait ». Et ailleurs dans un petit vers: a Bondissent comme agneaux ». Et encore : « I>ût-il m'en coûter trône et vie ». Tout le monde connaît « Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ». Mettez des articles à tout cela, et, selon notre sentiment, c'est la ruine.

Cette tyrannie excessive de l'article est tellement anormale, presque contre-génie, que, malgré g^-imniairiens et rigoristes, la langue, à tous les tournants, fourmille encore d'ellipses de l'article. Sans parler des locutions proverbiales comme « Pauvieté n'est pas vice ». « Contentement passe richess-e », « Noblesse oblige », a Bon cbien chasse de race », « Plus fait douceur que violence », n'y a-t-il pas une légion comme « Perdi^e patience », « courir risque », « entendre raillerie », « trouver moyen », a lâclier pied », o fermer boutique », « demander pardon », « prêter semient », i vous êtes bon fils », « faire mei^veilles », a appai-tement à louer », « c'est grand dommage », y a-t-il au monde homme qui », « bêtes et ginis », etc..

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