LE SUBSTANTIF
Le latin avait trois geniT& : masculin, féminin, neutre. D'oii vient, à l'origine, «ette classification arbitraire des noms en dehors du sexe natui>el? Problème. Quoi qu'il en soit, elle s'opposait à l'esprit de simplification qui guidait les langues romanes dans leur évolution. C'était assez, c'était déjà
trop des deux premières foiines en dehors du sexe natm^l. La notion du neutre hgique persista paice (qu'elle est constitutive de l'esprit humain, mais le neuti^, en tant que g^enre des substantifs, disparut. Les neutres latins furent jetés en très grande partie dans le masculin, et le féminin en recueillit une partie moindre.
Mais ici on serait mal venu à chercher des règles d ens'emble. Des actions troublantes multiples ont amené un ceii:ain nombre de noms à changer de genre non seulement une mais plusieurs fois. Si l'on songe au départ original du latin populaire, à la grande scission au XIV« siècle, à l'influx de vocables nouveaux à la Eenaissance et au remaniement des anciens vocables par les savants à cette époque, à l'œuvre persistante et chicaneuse des grammairiens, aux besoins légitimes de différenciation à mesure que les idées et les faits se multiplient, et à d'autres causes encore, on saisira en bloc les perturbations nombreuses qui ont dû forcément se produire dans le genre des substantifs. Une foule d'entre elles se laissent poui-tant raisonner en plongeant dans le latin, et nous renvoyons aux livres de science avancée qui en traitent.
Indiquons cependant qu'ici encore il ne faut pas se fier aveuglément à Tétymologie.
Ainsi, en latin, tous les noms abstraits en or (eur) étaient masculins. Ils sont féminins en français. Les latinistes du XYI^ siècle en fuient choqués, et s'efforcèrent de rendre le masculin. Insuccès, à part honneur, labeur. Amour (amor) a pris les deux
genres au milieu des hésitations, et la différenciation n'en est pas inélégante.
Ceci nous amène à une autre observation. Tous les substantifs neutres, en latin, flécliissaient en a au nominatif et à l'accusatif pluriels. Cet a, par analogie, a rejoint Va de rosa, première déclinaison féminine, et on a eu : labrum, lahra, la lèvre; ioJium, folia, la feuille; piruin, jjtra', la poire. Quel- <iues-uns sont redevenus masculins : spatiuvi, espace, par exemple. De ces hésitations vient le double genre de foudre, (fulgur, fulgura), orgue (organum, a), oifiee (officium, a), œuvre, délice, exemple, avec les différenciations qui s'ensuivent.
Hymne double reste sans explication. Gens est à part. A l'origine gent signifiait « race », a extraction ». Puis le mot a pris le sens de a homme », « personne », particulièrement au pluriel ; de là le bizarre de « certaines gens sont bien sots ».
Comme curiosités de genre il y a : recrue, estafette (ital. staffetta, étrier, et par extension courrier), sentinelle, sur Fétymologie duquel on ne s'entend pas. On pourrait aussi mentionner laideron, sûuillon, qui flottent, et tendron qui est décidément masculin.
Le terrain devient moins inégal lorsqu'on aborde la déclinaison et le nombre, — ce qui se résume à expliquer Vs du pluriel, la seule flexion qui reste, et encore muette, à pai^t la c liaison ».
Le système de la déclinaison latine était d'une grande complexité. Il y en avait 5 types principaux. Rosa ne îk> déclinait pas corne dominus ou
'P rince ps ou homo, — tout dépendait du thème de la terminaison. La déclinaison avait 6 cas, 6 flexions différentes le plus souvent. Nous allons décliner entièi'ement un substantif latin, et celui que nous choisissons, type de la 2* déclinaison, est précisément celui dont nous avons besoin pour l'explication de la seule flexion qui reste, Vs du pluriel.