‹ Aper©us de philologie fran©aiseChapitre 39 sur 48 · PLURIEL · texte numérisé non relu

PLURIEL

de ou parle maître

Nominatif

domini

les maîtres

Vocatif

domini

ô maîtres

Génitif

dominorum

des maîtres

Datif

dominis

aux maîtres

Accusatif

dominos

les maîtres

Ablatif

dominis

de ou par les maîtres

En français il n'y a pas de déclinaison à proprement parler, ou bien il n'y en a qu'un seul type, et les flexions sont remplacées par les prépositions de et à.

Pour expliquer la règ-le de Vs il faut nous reporter au chapitre de la Langue d'oïl. Ce corps intermédiaire entrei le latin synthétique et le français moderne avait gardé jusqu'au XIII® siècle, on s-e le rappelle, trois déclinaisons distinctes adaptées

rHILOLOGIE FRANÇAISE

des cinq latines, le nominatif et l'accusatif étant flexionnellement distincts, gardant 1'^ où le latin l'avait. Le XIIP siècle n'eut plus qu'une déclinaison, calquée sur la 2* latine (type dominus),\Q nominatif et l'accusatif restant toujours flexionnellement distincts. On avait ;

singulier lAuriel

Nominatif : murus, murs mûri, mur

Accusatif : murum, mur muros, Tïiurs

Le XIY^ siècle, époque de luttes et de troubles épouvantables, fit, vers sa fin, le dernier pas vers la suppression et l'unification. Il perdit le sens de la distinction flexionnelle entre le nominatif e1 l'accusatif, sujet et régime, et cette perte (nous l'avons assez dit) produisit la grande scission scientifique entre le vieux français et le français moderne, parce qu'elle affecta du tout au tout la syntaxe, la construction de la période.

Quelque étrange que cela puisse paraître, cp furent les formes nominatives qui périrent, les formes des cas-régimes iiestant seules. On eut donc : singulier mur, pluriel murs. L'étrangeté appai-ente du cboix se laisse pourtant expliquer par le fait i{\\v le cas-régime est celui qui revient le plus souvent dans le discours. Chacun peut en faine rexpérience en dénombrant dans une page imprimée. Et le choix de la 2* déclinaison latine comme seul tj^^e définitif au XIV* siècle se laisse également raisonner. Les substantifs latins se déclinant sur ce type sont extrêmement nombreux, et, d'autix? part,

r^^ cara-ctéri&3 si souTeiit le nominatif singulier de substantifs à thèmes différents appartenant aux autres déclinaisons. Plus encore : V's est très abondante dans tout le pluriel latin, et tous les accusatifs pluriels, ceux du genre neutre exceptés, se terminent en s, — en sorte que, nonobstant toutes les vicissitudes la seule flexion restant dan.s la déclinaison française est intimement et foncièrement liée avec la grammaire de la langue-mère.

La fonnation en ai/a-, anormale en apparence. S'explique aisément. Après le cboix définitif des formes de l'accusatif nous nous trouvons en présence de : sing. cheval, plur. chevals. Or, d'après les lois phonétiques de la langue, l finale, lorsque suivie d'une consonne, se change en ii et fomie diphtongue avec la voyelle précédente. Ainsi on arrive à chevaus, ciciuv, aïeuœ, et on explique en même temps heauœ, mous, fous, vieuœ, (bel, mol, fol, vieil). La vocalisation de l en u est d'ailleurs assez générale : alha, auhe ; salvuni, sauf; alter, autre, etc...

Ce qui vient d'être décrit s'appelle la règle de 1'^. Elle fut découverte, il y a 80 ans environ, par le philologue français Raynouard.

On comprendra maintenant pourquoi, lorsqu'on fournit un ét;yTnon substantif latin, il faut donner l'accusatif et non le nominatif. C'est ainsi que nous avons fait le plus souvent dans cet écrit.

Les latins munis, infans, nepos, lo.tro, se ren-

188 rïIILOLOGIE FRANÇAISE

contrent dans la langue d'oïl sous les formes de murs, enfes, nies, lerre au nominatif, et sous les formes de mur (murum), enfant (infantem), neveu (nepotem), larron (latronem) à l'accusatif, — • formes qui ont été choisies comme nous l'avons expliqué, et qui nous sont restées.

Pour mieux préciser encore, et, en plus, pour avoir l'occasion de revenir sur la persistance de Taccent latin, nous mettons en regard, en indiquant le jeu de l'accent dans le nominatif et l'accusatif latins correspondant avec le jeu de l'accent dans les vieilles formes françaises et dans les nouvelles, nous mettons en regard : nèpos - nies, nepôtcin - neveu, înfans - ènfes, infàntem - enfant Jàtro - Jèrre, latronem - larron. Et d'autres exemples sans nombre.

Cependant on pourrait citer des cas isolés où c'est le nominatif latin, ou plutôt la vieille forme nominative avec Vs caractéristique, qui a triomphé : fils (filius), puits (puteus), lys (lilius). Sœur, ancêtre, peintre, doivent aussi, par la règle de l'accent, être attribués à soror, antecèssor, jiictor, et non pas à l'accusatif soronem, pictorem, antecessôrem. Il est arrivé parfois que le nominatif et l'accusai if ont chacun produit un vocable, avec nuance de signification : pàstor a donné ?;a^rc et pastorem pasteur; de même càntor et cantdrem ont donné chantre et cJianteur, etc.. Des doublets.

GEAMMAIRE SYNTAXE 18l>

L'anci-enne langue employait libéralement les infinitifs comme substantifs, leur préposant l'aHicle. A partir du XYI® siècle la langue se rebifîe à cette construction si graphique et si élégante. Les langues romanes sœurs en ont conservé toute la faculté : l'italien dit joliment : il pentirsi (le se repentir). Mais il reste en français encore bon nombre de ces formes : un avoir, un devoir, le faire, le manger, le rire, le savoir, un pouvoir, des vivres, etc..

D'ailleurs les divisions en parties du discours décrétées par les grammairiens orthodoxes ne correspondent à la réalité des choses que d'une façon très générale. Ainsi,à propos du substantif qui nous occupe, nous avons, en dlehors de l'infinitif cidessus : le vague de sa pensée, le moi est haïssable, les tenants et les aboutissants, an reçu, Un bon, les dehors, les si et les mais, les holà, etc..

l'adjectif

L'adjectif latin s'accordait en genre, en nombi-e et en cas avec son substantif. Cette règle pleine s'est continuée dans l'ancien français qui admettait encore deux cas. A tout prendre, les adjectifs se conduisaient comme les substantifs, et le même sort les saisit au XIT*" siècle lorsque la langue devint analytique. L'accord ne porte plus aujourd'hui que sur le genre et le nombre.

Dans la lajigue d'oïl les adjectifs formaient deux classes correspondant avec les deux classes d'adjectifs latins : la première avait deux terminai-

190 PHILOLOGIE FBANÇAISE

-sous distinctes pour le masculin et le féminin, l'autre n'en avait qu'une pour les deux genres. Bon avait bonne comme bonus avait bona^ mais grand, écrit grans (lat. grandis, des 2 genres), ne variait pas. Dans le chaos du XIY^ siècle le sentiment de cette fine distinction se perdit, la seconde classe s'assimila à la première, et tous les adjectifs prirent au féminin la terminaison c. Les expressions (jrand'mère, grand^ route, grand' faim, grand' tante sont des reliques de la vieille forme. L'apostrophe n'a rien à voir ici; elle est de l'imagination des grammairiens qui n'en savaient pas plus long.

La formation du féminin des adjectifs français est laborieuse à apprendre. Elle a subi des actions troublantes, phonétiques et orthographiques, fort nombreuses. La plupart de ces difficultés se laissent raisonner, il est vrai, mais, en somme, c'est un labyrinthe où s'engager. Il y a quelques explications faciles comme celle de belle, nouvelle, folle, molle, puisque, avant la vocalisation de l en u, comme il a été signalé ailleurs, les masculins étaient bel, jiouvel, fol, mol. Favorite était favorie, mais a pris la forme actuelle sous l'influence italienne indiquée dans un chapitre précédent. Coite était coie, le t latin (quieta) est revenu. Il est des adjectifs qui n'ont pas de féminin: châtain, dispos, fat. Que dire de nu et feu sur lesquels les griuiiinn irions «k^ sont fort exercés.

Pour la formation du pluriel les adjectiis en al *<' comportent d'une façon toute particulière : jmni'ipal, principau.r; fatal, fatals; d'autres : astral.

doctoral, virginal, théâtral, patronal, n'ont pas de pluriel du tout, ou l'on n'ose pas le mettre. Avec idéal on ne sait que faire à l'heure pré&ente ; il semble que, substantivement, il doit faire idéals, et adjectivement idéaux.

Passons aux degrés de comparaison. Les Latins tonnaient les comparatifs et les superlatifs à l'aide (le suffixes qu'ils postposaient au radical : sanct-us, saint; sanct-ior, plus saint; sanct-issimus, le plus saint et très saint, le superlatif absolu n'existant pas distinctement à part. Mais un petit nombre d'adjectifs latins n'avaient pas de comparatif et de superlatif synthétiques, et y suppléaient analyti- ([uement au moyen d'adverbes placés devant le positif : Ttiagis ou plus strennus, plus courageux; nia.rime ou multum strenmis, le plus courageux et très courageux. Les langues romanes se sont vite emparées de cette constiiiction analytique exceptionnelle et" l'ont développée. L'espagnol a choisi mas (magis) ; le français et l'italien ont préféré plus : plus grand, jnu grande; puis ils ont créé un superlatif de comparaison distinct, n'existant pas en latin, en préfixant l'article au comparatif : le plus grand, il 2>iu grande.

Comme reliques des comparatifs synthétiques latins nous avons : meilleur (melior) ; pire (pejor) ; moindre (minor),et aussi les adverbes mieicx, moins, 2)is, des formes latines neutres : melius, minus, pejus. Major, comparatif de magivus (grand), a donné Tnaire, substantif, et l'accusatif majorem a donné majeur. Senior, latin « plus vieux », a donné

192 THILOLOGIE FRANÇAISE

d'abord ,'<in/e, puis sire; l'accusatif st:/ii(jrrni a laii seigneur.

Pour k superlatif absolu, la vieille langue ne mit pas à profit le maœime latin, mais elle s'empara de l'idée adverbiale pour cette formation. Elle substitua à maxime un grand nombre de particules, entre autres moult (multum), un vocabla harmonieux et élégant, aujourd'hui disparu. Nous avons maintenant bien, fort, et surtout très (trans, au delà, par delà). En temps récents on a encore renchéri sur cette tendance adverbiale avec les a extrêmement », « joliment », « furieusement », et d'autres, sans compter l'horrible et vulgaire « iiulement ».

Bans la langue d'oïl très se joignait même à des verbes, et il nous en i-este : tressaillir, tressœn.t-er, trépasser.

Au XYI® siècle l'imitation italienne introduisit, sur le modèle issimus; flexion du superlatif de comparaison latin : généralissime, grandissime, sérénissiine. On en arrive aujourd'hui à dire : l'arissime, richissime, et autres barbarismes. On connaît le «t fourbissime » de Molière.

L'adjectif se laisse aller au cumul grammatical : un sot, un fou, la bonne, un notable, le chaud, le beau, cet homme est bien, crier fort, chanter jitstiy à la légère, bon ! etc..

Page 1