‹ Aper©us de philologie fran©aiseChapitre 46 sur 48 · LA LANGUE POÉTIQUE ET LA POÉSIE · texte numérisé non relu

LA LANGUE POÉTIQUE ET LA POÉSIE

Vu les diverses particularités du vocabulaiiv français, dont la plus notoire est sa répaitition gigantesque en deux classes de vocables : ceux dits à terminaison masculine, et ceux en c muets, dits à terminaison féminine, — vu la rigueur grammaticale et syntaxique de la langue, — vu la presqu<' ab&ence de la a quantité » en même temps que la faiblesse et la monotonie de l'accent tonique, — vu encore d'autres considérations moindres, un étranger curieux serait amené à se demander : quelle sorte de code, (luelle « ars poetica » a-t-on bien pu imaginer pour faire de la composition poétique en une langue ainsi conditionnée '^

J'ai rencontré bon nombre de personnes qui lisaient les vers, (jui en goûtaient la lecture, et cela dans une ignorance, dirai-je heureuse, de la facture. Je ne viens pas ici leur enseigner la versification française. Il existe de petits livres assez bieti f;>,ifH rioiir crMix' (\\\'\ i\v]\n('\\\ al)S(t]unuMif à

savoir. Je n'en dirai que ce qu'il faut pour répondre à mon étranger curieux.

Le vers français est apparu dans le sillage de celui que Littré a dénommé « le nouvel Orphée ». Après la dissolution du monde classique, de la disparition pour un long temps de la poésie fondée sur la a quantité » — pieds métriques de deux et trois syllabes en combinaisons variées de longues et de brèves (ïambes, trochées, spondées, dactyles, anapestes) — l'instinct du rythme au verbe, l'instinct poétique indéracinable dans l'homme, a fait triompher le vers fondé sur a l'intonation » simple, le vers constitué par un nombre défini de syllabes au milieu desquelles l'accent tonique est réparti d'accord avec certaines lois harmoniques. Toutes les langues romanes adoptèrent spontanément ce nouveau principe, chacune à sa manière propre. Mais, tandis que l'espagnol et surtout l'italien, par suit:- <îe leur diversité d'accentuation et d'autres adjuvants encore, se sont façonné des voies libi-es et excellentes pour l'expression poétique, jusqu'à la faculté du vers sans rime, du vers blanc (voyez les tentatives grotesques de Voltaire dans ses traductions fragmentaires de Shakespeare), le français, comme instrument d'expression poétique, se trouve être le plus barré et le plus faible, à caus-e : 1° des l)articularités inhérentes à la langue elle-même comme il a été dit plus haut ; 2° du tempérament (odificateur, obstructeur, du génie français; 3° du peu d'aptitude native de la nation française pour la poésie, et cela quelque artistique, au point de vue

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général, que la nature nationale puisae se révéler dans le fond. Il est entendu qu'ici je n'envisage que la poésie dite « pure », indépendamment de celle qui entre dans le conte, la nouvelle, le roman, le théâtre.

Le vers français a un nombre déterminé de syllabes. L'accent n'est obligatoire que sur la rime, cela va de soi, et sur la césure, et sur celle-ci, à parler avec rigueur, pour les vers de dix et douze syllabes seulement. La « quantité » est entièrement libre.

Enoncée ainsi, l'affaire n'est pas sans attraits. Mais elle se gâte fort quand on passe à l'application.

En premier lieu la syllabe française n'est pai* chose aussi fixement déterminée qu'on pourrait le croire, surtout quand il s'agit des diphtongues si abondamment semées dans le vocabulaii^. Chrétien a deux syllabes, indien en a trois; fouet est monosyllabe, louer dissyllabe; il y a dia-hle et di-a-holique. D'autre part, prenez hal et halle. T^e premier n'a qu'une syllabe, l'aut^-e en a deux. Pourtant, à l'émission vocale, le premier est certainement bien plus que la moitié du second, même en donnant à Ve muet du second la part de pression qui lui est due lorsqu'on récite de ki poésie. Donr, syllabisation — ten*ain mouvant au total.

La scission du vocabulaire en deux terminaisons, masculine et féminine, constitue une pienx? d'achoppement continuelle, qu'il s'agisse de la syllabe, de la césure ou de la rime.

Maître, hommes sont des mots de deux syllabes.

mais ils perdent de leur longueur spécifique dans maître aiiiiabie^ homme honnête^ et n'en font plus qu'une. A la césuie Télision de Ve muet est obligatoire, puisque la césure est le seul battement forcé dans le corps des vers de dix et douze syllabes. La rime étant l'autre battement régulier dans les vers de la nature citée, et le seul battement régulier <lans les vers de toutes les autres mesures, on est fatalement conduit au « sexe » dans le vers et la rime, aux vers masculins et féminins, aux rimes masculines et féminines, — les vers féminins à rimes féminines portant une syllabe en plus à cau&e de l'accentuation sur la pénultième. Ces rimes à sexes doivent aussi être croisées de certaines manièi^s plus ou moins rigoureuses.

Cet e muet innombrable, omnivore, dont l'élision est obligatoire à la césure, réserve encore une autre surprise. Lorsqu'il fait partie d'une diphtongue, ou plutôt lorsqu'il fait désinence à une syllabe accentuée, comme dans jjlaie, joie, destinée, vie, son élision est absolument obligatoire dans le corps du vers. Passe encore. Mais au pluriel ces mots ne peuvent jamais, jamais, entrer dans le corps du vers puisqu'il ne peut plus y avoir d'élision ; au pluriel ces mots ne peuvent jamais constituer que desrimes. Yoilà donc une légion de mots ordinaires, nécessaires, urgents, qui gisent estropiés dans le vocabulaire poétique. Jeter ces mots à la fin du vers est une piètre consolation chez un idiome aussi syntaxiquement raide, aussi non-inversif que l'est le français.

rHILOLOGIE FRANÇAISE

En dehors du &exe, la rime apparait codifiée d'uue manière étrangse aux yeux de notre étranger curieux. Chansons ne peut pas rimer avec ils sont^ ni bergers avec changer, ni sang avec puissant; il faut buissons, leçons, dangers, légers; rang,franc, à la rigueur flanc ou baîic, c et g étant lettres d'ordre similaire. Air ne va pas avec désert, ni fer avec souffert, ni moins avec témoin, mais très corrects sont airs et déserts, fers et soufferts, moins et témoins, bien que la forme plurielle n'ait absolument rieu changé à la consonnance. D'où il ressort pour l'étranger curieux que la rime fiançais<^ est triple : rime pour l'oreille, rime pour l'œil, rim<* pour la grammaire. Et si l'étranger curieux veut tenir compte du fait que le français est comparativement pauvre en radicaux et pléthorique en dérivés, qu'un grand nombre de vocables à base identique comme suit, poursuit, fait, satisfait, jours, toujours, ne peuvent pas décemment rimer ensemble, notre étranger ne sera pas surpris de la maigreur extrême du a Dictionnaire des rimes françaises ». Et la répartition de ces rimes ix^nd la pauvreté plus pauvre encore. Non seulement les rimes féminines sont en gros excès sur les masculines, mais encore les rimes, considérées en bloc, sont, les unes, abondantes à l'extrême, les autres, parcimonieuses à friser le néant.

Encore une chose à faire vmr u uiun mranger : l'hiatus. Dans le grand sens l'hiatus est la rencontre de deux voyelles prononcées consécutivement à Vintéricur d'un mot. Le latin avait une quinzaine

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(le ces combinaisons : ea, eo, ii, uo, etc. Le galloroman du Nord répugnait à ces hiatus, par trop hiatus. Ils lui étaient antipathiques, on ne s'explique guère pourquoi. Il a mis en jeu jusqu'à cinq moyens phonétiques différents pour s'en débarrasser. Restent éi, oi, en réalité oa, ion dans un nombre énorme de vocables, et d'autres, et pourtant quelle élimination ! Ici, dans le langage poétique, le sens de « hiatus » est restreint à la rencontre de voyelles entre les mots. Aucune voyelle finale, à l'exception de e muet (qui alors s'élide) ne peut venir en contact avec une voyelle initiale ou h non aspirée. De sorte que, en vers, il est défendu de mettre : il y a, tu as, tu es, et il, et elle, où allezvous ? elle a honoré, et d'autres tels en bon nombre, qui sont pourtant indispensables à l'expression d'une pensée, d'un sentiment, d'un acte. Voilà donc, non plus des mots isolés, mais toute une fraction du langage bannie des moyens poétiques. Les vieux poètes de la langue d'oïl, puis ceux de la Renaissance, n'étaient pas absolument affligés de cette maladie de l'hiatus entre les mots, mais depuis Malherbe, le grand poète de M. Faguet, elle sévit sans pardon. Et si, à ce propos, mon étranger lettré me cite Corneille : « Fais-en des ennemis que je puisse haïr », ou bien Racine : « Rendre docile au frein un coursier indompté ». et « Trame une perfidie inouïe à la cour », je lui réponds : double et triple hiatus il y a, mais l'apparence est sauve, les yeux sont satisfaits.

Au moins, me dit mon étranger, y a-t-il quel-

ques soulagements, ce qu'on appelle des « licences ». Oui, répondis-je, il y a encore qu'on peut écrire encor. Des licences ? Quelles licences possibles peut bien offrir un idiome comme le français, raide en syntaxe, pointilleux, exigeant, autoritaire. Prenez une page des tragiques du XVIP, et sans tous fatiguer vous la convertirez en prose, en très belle prose si vous voulez. Le fait est que la langue de la poésie est presque identique avec celle de la prose. Il n'en est pas ainsi en italien, en espagnol^ en allemand, en anglais. Je ne blâme pas, je ne critique pas, je constate. Qui lit EousS'Cau peut lire- Lamartine aussi bien. Comprendre « Le Vicaire de Wakefield » de Goldsmitli, et a In Memoriam » de Tennyson, exige des efforts différents. Parmi les très hautes qualités du fiançais nous ne rencontrons guère la sonorité, l'énergie, la véhémence, la concision rapide, soudaine, à arêtes tranchées. Nous n'y apercevons pas le pouvoir de peinturtî vivide, prompte comme l'éclair, au moyen de mots associés, juxtaposés ad hoc, c'est-à-dire pour le besoin du moment, et qui cesstait d'être passé ce beôoin. Coulant, agile, fringant, dans la conversation et la prose, le français le doit à d'autres moyens que le monosyllabisme, et le monosyllabe est précieux dans le vers. ISe muet omnipotent, la gamme nasale, ne sont pas faits non plus pour en rehausser la sonorité et l'ampleur.

Bref, qu'on l'envisage au point de vue euphonique comme au point de vue syntaxique, l'idiome français, sans rival en prose, tombe bas comme ins-

trument de haute poésie. Paralysé, refroidi par les obstacles, il faut que le poète se traduise quand même, et ce n'est que par la beauté de la pensée, l'intensité du sentiment, la justesse éclatante de l'image, qu'il réussit à compenser l'ingratitude de la lyre (vieux style). Tout le poids tombe sui' lui^ aucune aide de la dite lyre. On conçoit la déperdition qui doit se produire durant cette lutte plus que saine, et on s'explique aisément pourquoi la poésie française — nous parlons toujours de la grande poésie — est moins riche en couleur, en mouvement, moins essorante, moins émotionnante, moins empoignante, que la grande poésie d'autres peuples. Qu'on ne me cite pas un ou deux noms absolument hors ligne. Cela ne change rien à la thèse.

Dans ses « Mélanges de littérature ancienne r, voici ce que dit M. Martha. Lui est de sang-froid, il n'a aucune animosité, aucun dessein, aucun partipris. Il est simplement justicier. Son jugement est :

fit Un vers français, quel qu'il soit, est toujours « une ligne de prose, coupée par une césure et ornée « d'une rime. Ce n'est que par des prodiges d'adres- « se et de génie que les lyriques peuvent donner à œ notre langue poétique cette variété, cet éclat, « cet air facile, qui ne coûtent rien en d'autres « paj^s.... Ce n'est qu'à force d'audace et par des « coups de vigueur que le lyrisme parvient à briser » ces phrases rectilignes. Mais lorsque, par d'heu- « reux efforts, il a pu intervertir l'ordre régulier « des mots, et, par des inversions hardies, contrain-

« dre un idiome rebelle à exprimer les nuances de « sa pensée, il sent encore des chaînes plus pesaii- « tes : la foule des mots parasites, nécessaires sana doute à la clarté, mais aussi incommodes qu'inu- « tiles à la beauté du discours : les articles dont « le retour est si fréquent, les verbes auxiliaires, « les adverbes interminables, d'insipides conjonr- « tions, toutes ces non- valeurs de la poésie ».

En résumé, l'idiome français, analytique jusqu'à la moelle, assourdi dany son vocabulaire, sie prête moins que tout autre idiome cultivé à l'expression poétique, laquelle exige de la sonorité, un<certaine dose de synthétisme, de flexibilité syntaxi- ({ue. D'autre part, avouera^t-on sérieusement et sans chauvinisme que les Français (nous parlons de la grande majorité instruite) sont un peuple enclin, porté à la poésie pure^ ailée, passionnante ? Excitables facilement, ils le sont. Passionnés avec quelque profondeur, non point. La force et la libre naturi^ sont moins bien saisis que la correction, la symétrie, la joliesse, le recherché, la beauté de pure surface, l'éclat artificiel. Ils se complaisent en ces choses» même sous un aspect maigre, de préférence à la vigueur, au grand coup d'aile dans l'espace, à la variété, à la profondeur jusque dans la fantaisie. La poésie « en soi », « pour l'amour de la poésie ». ils ne l'apprécient pas, ils ne la voient pas. Pouila plupart la composition poétique en mètre et rime n'est rni'un tour de force intéressant à regarder, une difficulté vaincue, un ex7>loit littéraire. Qu'on puisse découvrir chez un véritable poète des

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intentions dont il a été lui-même inconscient, qu'il existe quelque chose comme l'inspiration, expression heureuse pour signifier l'imagination exaltée par un long travail et une longue méditation, et qui fait que vraiment comme une voix lui chucliotô à l'oreille, — tout cela, pour le grand nombre, est billevesée pure. En revanche, on les voit parfois penchés sur de la poésie dans laquelle il n'y a pas un grain de poésie. Que savent-ils de la différence entre le génie et le talent, l'impulsion et la volonté^ l'intrinsèque et l'extrinsèque ? La prétendue « forme » est adulée au delà de tout, au point que toute une école de versificateurs a déclaré et soutenu que la poésie n'était rien que la « forme », la forme absolument. (*) Enfin, a le goût » a pris un sens arrêté, comme a arbre » ou a bleu » ou a doux », et il ne saurait y en avoir qu'un pour le monde entier.

A une autre entrevue mon étranger lettré voulut

(*) Banville, un grand poète selon quelques-uns, écrit textuellement dans son « Traité de Ver.si^ cation» : « San& consonne d'appui pas de rime, et par conséquent poinxt de poésie ».

Voici, d'autre part, la pensée de Maxime du Camp, un académicien regretté : (( Les prétendus gourmets ne s'attaf( chent qu'à la forme ; le virtuose suffit, l'écrivain est (( superflu. Assembler des mots n'est point malaisé, leur <( faire signifier quelque chose n'est pas facile. Si la (( parole n'est point le véhicule de l'idée, la parole est (( vaine. En littérature tout — je dis tout — peut se (( résumer dans l'expression sincère d'une pensée forte- (( ment conçue et bien distribuée en ses parties. Lorsque (( la pensée fait défaut, ce qui reste ne mérite guère que a l'on s'y arrête. » (Propos du soir).

revenir sur la coclilication du vers français que je lui avais exposée. Je l'arrêtai net, et je le stupéfiai absolument avec ces mots : Oui, oui, elle est plus ou moins absurde, mais, entendez bien, admirable. Admirable, parce que, sauf quelques petites réserves, elle ne saurait, tout étant pris en considération, être autrement, sous peine de n'être rien. Presque tout y est à l'unisson pour correspondre avec le caractère général de l'idiome et du peuple qui le parle. Elle est l'héritagie élaboré et consacré par un long passé littéraire, et il ne faut pas que des mains non a ointes » y touchent. Telle qu'elle est, le poète y dispose des demi-libres et demi-latents accents, il dispose de la libre et latente « quantité », et s'il est poète il les disperse instinctivement en effets d'harmonie. Il n'est pas jusqu'à Ve muet tant honni (*) qui, par l'élision, ne contribue à augmenter le monosyllabisme d'une langue qui, certes, ne pèche pas par excès de monosyllabes. Cet e élidé permet de condenser en un alexandrin 14, 15, 16 syllabes. Les monosyllabes et ces élisions permettent de piesseï-, de tasser de la « pensée » dans le vers.

Mais, laissons cela. La dite cndification donne

(*) On peut se divertir on lisant la thèse drolatique mie, dans son livre « Ijo Problème du Stylo )> M. Reany <ie Gourniont soutient à propos de cet r muet. Pour hii pas de différence entre « la douceur de l'amour » et <( la douce heure do l'amour ». Pans l'élan paradoxal qui l'entraîne, il on appelle aux Anglais, aux Allemands, aux rtaliens, aux Cypriotes, aux Arméniens, et hnalemont ;inx aveufzles-n(>^.

une peine considérable au poète. Eh bien, tant mieux. 11 s'évertuera à racheter sa sévérité et les défectuosités inhérentes à T idiome par la beauté, profondeur ou grâce, de la pensée, par le coloris, par l'image juste, frappante. Un poétereau restera poétereau qu il y ait des e muets ou qu'il n'y en ait pas, que la césure soit ici ou là, que la rime soit riche ou pauvre, qu'il y ait une règle de l'hiatus ou qu'il n'y en ait point. La peine que le vrai poète sera forcé de &e donner écartera de lui la redite banale, la redite hideuse, dans laquelle le poétereau se plait à se rouler. Il faut que la poésie soit laissée à ceux qui, comme le dit Gautier, sont nés sous « l'étoile enragée », l'étoile presque toujours de malheur; ou, comme l'exprime Mrs Browning, à ceux qui ont reçu le a sorrowful great gift », le grand don plein de chagrins. Sainte-Beuve dit aussi très bien : « On ne saurait entourer la poésie de trop de remparts et d'obstacles afin qu'il n'y ait que ceux qui ont des ailes qui puissent les franchir ». Les véritables poètes ne rechignent en aucune façon à donner le grand effort recouverty à chausser « le cothurne étroit ». Ce sont les touchaillons outrecuidants qui se plaignent. On en a vu naguère, toute une fournée, inventer, pour esquiver le mâle ahan caché, inventer un charabia cacophonique, une métrique mystique, évangile de l'avenir. Ils suggèrent, prétendent-ils. Ils communiquent le vague, le mystérieux, l'imprécis. (*) Ils veulent

(*) Le Faust de Goethe dit quelque part au chien

que la poésie soit de la musique. Mais, pauvres gens, la place que vous ambitionnez est déjà prise par cette même musique, qui est de la pensée et de l'émotion inarticulées, tandis que le lot de la poésie ost la pensée et l'émotion articulées. Férus de leur conception saugrenue, comment voulez-vous qu'ils épandent autre cliose que du cliarabia. Mais passons. Il en est d'autres, un peu moins audacieux, .]ui falsifient la rime, brisent, suppriment tout à fait la belle césure de notre bel alexandrin. D'autres

noir que les hommes méprisent ce qu'ils ne peuvent comprendre. M. Remy de Gourmont, dans le livre déjà cité, ne l'entend pas ainsi. Il admire le (( délicieusement obscur » de Mallarmé. Il dit : (( La clarté n'est pas une { qualité essentielle de la poésie ; il est même dangereux a pour un poète d être trop clair et de laisser trop bien ( voir le fond assez généralement i)auvre de sa pensée ». Le pavé de l'ours sur ses amis.

F,t, pour en finir avec cet auteur, je citerai pêle-mêle :

Les décadents sont des « précurseurs ». Juste ciel!

(( Nous avons besoin de beaux vers (sic) et non de beaux (( sentiments ». Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire?

Le malheureux Verlaine est classé parmi les (( demidieux », avec de Vigny et Baudelaire. Le croira-t-on P Avec de Vigny!

A propos de Verlaine il dit encore (page 197 (( Problèmes du Style ») : <( Si, au lieu de « Sagesse » Verlaine ( avait écrit (et cela pouvait arriver) « L'x\nnée terrible », ( il dormirait au Panthéon ». O mânes de la Palice !

Enfin, pour tout couronner, ceux qui ne partagent pas ^os admirations. M. de Gourmont les qualifie de gont ( vulgaire » (203).

J'ai pris la ])eine de relever ces passages, non point ])arce qu'ils imnortent fort au point do vue d'une autorité personnelle de quelnue poids, mais parce qu'ils sont un signe des temps. Voilà, aujourd'hui, le langage que Tient un lettré en matière de poésie.

iicore croient se distinguer, faire œuvixi de réformateurs, en débutant le vers par une minuscule, incapables qu'ils sont de saisir l'immense économie de ponctuation difficile, l'immense bienfait de la majuscule. Tous ces gens-là n'importent guère, je le veux bien, mais il faut désavouer quand même, écarter, jeter hors, bannir. Car c'est une anomalie étrange de voir tant de personnes, aptes sans doute à autre chose, s'adonner à la métromanie, à la f abri- ' ation des vers dans un pays qui n'en a jamais énormément voulu avec quelque suite, qui en veut aujourd'hui moins que jamais, réservant sa compréîiension et ses goiits pour la poésie concrète du roman et du théâtre. Yous me direz que ces mania- <iues sont inoffensifs, je ne le vois pas ainsi. Ils dis-

1 éditent. Tous me direz que cela les rend heureux puisqu'ils ont la ressource de s'encenser l'un l'autre dans leurs petites chapelles. Qu'ils le soient donc. Eux ne sont pas nés sous « l'étoile enragée », et ils ne se rendent nullement compte que s'il faut trois lignes d'écriture pour pendre un homme, il suffit de quatre vers pour révéler leur plumage. En effet, ♦ omme dit Mme de Staël : a II n'y a pas de langue où il soit plus aisé de faire des vers médiocres, et plus difficile d'en faire de bons ». Ah, s'ils n'étaient que médiocres !

Pour revenir à mon étranger lettré, je lui fis remarquer la réelle beauté de notre alexandrin, majestueux, hautement lyrique quand on le veut ainsi, ou bien familier, coulant, simple, quand on

lui demande d'être tel. Je fis remarquer notre dix-

syllabes, jadis héroïque, né au sol gaulois, ensuite acclimaté par Dante et le ïasse, et possédant une cadence et une grâce particulières.J'ajoutai que des vers français de vrai poète, alors que dits pai' des lèvres exercées, exhalent, pensée mise à part, une harmonie un peu assourdie, il est vrai, mais si sobre, si mesurée, si chaste, qu'elle en est charmante.

Sans déprécier ce qu'avail fait la vieille langue, sans déprécier l'œuvre de la Renaissance, sans négliger de donner aux classiques du XVII% surtout à Molière, ce qui leur est dû d'admiration d^ns leur cadre et leur emploi, je fus pourtant obligé d'avouer à mon interlocuteur que la poésie a pure », lyrique, (car, si elle n'est lyrique, qu'est-elle ?) n'apparut vraiment en France que lorsque le XIX° siècle eut battu son premier quart. Il se passa alors une réaction superbe chez un peuple sortant des brutalités matérielles et morales de l'Empii^e. Le lyrisme éclos fut accepté , acclamé, adulé. On s'est passionné, on s'est battu presque. Les poètes lyriques furent les maîtres de l'époque, les vrais souverains littéraires. Tout naturels les o chiens » de Racine. Plus d< mots nobles et de mots a vilains ». « Liberté dan> l'art », proclame le génie. Et Lamartine : « An « lieu d'une lyie à sept cordes de convention, j'aj « donné à la Muse les fibres mêmes du cœur dv « l'homme ». Mais ce beau feu ne dura puère plu^ d'une génération. La mesure foncière de dispositioii poétique reprit son niveau. Certes, après ce qui venait de se passer, elle ne pouvait plus retomber

aussi bas qu'au XVIII^ siècle ; pourtant, le beau, le saint « attlatvis » se dissipa. La a forme » en soi, sans âme ou avec très peu d'âme, revint à la royauté. De la draperie, et rien dessous. Celui-ci étiquette des sons pour les grouper comme des pierres dans un écrin, brillantes mais sans chaleur. Cet autre jongle avec les mots et les rythmes, fait du cocasse pour se délasser des vieilleries olympiennes. Pégase est cheval de cirque. Cet autre encore pose pour le satanique, le vil, voire le nauséabond. J en passe. Et, tout cela, prôné tour à tour, faisant école, avec cercle d'admirateurs.

Je cherchai à briser là l'entretien avec mon étranger curieux, de peur d'avoir à lui parler de l'ambiance poétique plus contemporaine. Je ne voulus rien lui divulguer de la non-compréhension, de l'aveulissement actuel en matière de poésie. (*)

(*) Ces admirations à rebours, cette déchéance de la conception du rôle de la poésie, se lisent un peu partout.

Voilà M. Paul Adam qui, pour une fois, fait trêve à la diffusion hystérique qui est sienne, et déclare sans ambages :

(( Notre-Dame de Paris », « Les Châtiments », et tout « le théâtre de Victor-Hugo sont dignes de la portière. (( (<( La Plume » 1893).

{( Les poèmes de Mallarmé et de Verlaine l'emportent (( de beaucoup sur les productions hugoliennes. ((( Le « Figaro » 1901).

Voilà M. Faguet, un littérateur de grand aca'^it, celuilà, sacré prince en dernier lieu, et pour qui Malherbe et IÇlacan sont de grands poètes. Il a découvert que le ceryeau de V. Hugo était un gong, que V. Hugo avait une 4me en tôle (Eevue Bleue 1893), qu'il était chroniqueur, (](u'il faisait paraître ses chroniques en volume.

A propas de de Vigny que je salue avec respect ici,

La pensée, la sincérité, rémotion vraie, qu'est oela? Rengaines. Xe vient-on pas de voir (j'y rentre encore parce que c'est l'extrême de tout) des g-ens apparemment sensés faire « des vers » sans mètre, sans césure et sans rime, dans un langage censé symbolique qu'ils étaient seuls, entre eux, à comprendre. Sottise et impotence qui cherclient à s'en faire accroire. Alors, naturellement, ceux qui restaient fidèles, ou à peu près,à la tradition,étaient sacrés « grands poètes » à peu de frais. Un littérateur estimable compose une centaine de sonnets,

il dit que le poème de a Moïse » est fait « des plus beaux vers philosophiques qui aient peut-être jamais été écrits dans notre langue ». Je veux bien, puisqu'il y a le fré- (luent peut-être qui sauve les jugements vite bâclés, mais il n'est pas admissible qu'un homme ayant autorité acquise reste incomplet, tronqué, qu'il égare. Le a Moïse » du bien cher de Vigny porte à faux. Le poèt-e a voulu s'incarner en Moïse, c'est de bonne guerre en poésie subjective, mais pour ce faire il a perverti Moïse. Légendaire ])lus ou moins, Moïse est accepté par l'histoire, et il n'est ]>as séant de le dénaturer. Moïse, comme dans le poème, n'a jamais demandé à Dieu de mourir. Bien au contraire il se lamente <\ue Dieu le condamne à mourir avant l'arrivée à la terre promise. Monsieur Faguet, voyez (( Exodt et Deuteronome, 32-34 ». Le bon vieux bouquin a surnagé aux âges, il rest-e (( le livre du jour », bien plus du jour que ceux que vous qualifiez tels dans a Les Annales politiques et littéraires ».

Je ne veux pas quitter cette note sans un mot aimable ])Our M. Lemaîtro. Dans « Les Contemporains, 1886-1889 » il dit : (( L'âme de Hugo est trop étrangère à la mienne ». A la bonne heure, voilà un aveu lovai et qui plait. 11 n'y comprend rien. Enthousiasme — le dieu au dtnlans par étymologie. Qn'v faire:' Le dieu n'est pas en lui, et, je crois,

en M F 1 ■■ii.'T (.tifor<> nioîn»;.

;st tout, très bien faits d'après l'avis générai,

ais, quelques-uns à part, ne disant rien de neuf

;^ l'entendement et quasi rien du tout à l'émotion,

- - plutôt ennuj^eux, pour être tout à fait sincère; 1 revanche, suant le labeur et l'eti'ort Hagrants au

point d'en rendre la lecture, la vue pénibles. Grand poète d'emblée. Oet autre écrivain fait évoluer (iuelques Pierrots au clair de la lune, récite de la sagesse alors que sa conduite d'homme en est tout le rebours, pou^se quelques saints hoquets lyriques dons une demi-lucidité, — grand poète aussi celuilà. Laissez les donc à leur place, nous ne demandons pas mieux que de les y apprécier. L'Académie, Ixmne dame âgée qui aime les enfants, couronne je ne sais plus quelle maison de poupée naguère, et, plus récemment, un autre recueil triomphe officielhment avec des chants de coq, des couacs, des gloussements, et autres bruits de ferme. De tout temps les corps constitués et les a officiels » ont eu le flair ami pour le médiocre, le «seconde main». Et puis, aujourd'hui, la « pistonite » opère plus ([ue jamais. Or, la poupée n'a pas encore fait ses dents, ne les fera jamais, et les coqs ne deviendront l)oint des aigles. Les vrais poètes ont i on mencé autrement que cela. Je l'ai déjà dit plus haut, those inexplicable dans un pays à tendance aussi peu i^oétique, et, de plus, dans le milieu actuel où tout ; qui est vers est hors de vente, les vers pullulent, les trois-quarts du rabâchage, du cent fois dit, du moins qu'artificiel, de l'étriqué, du sans-

- uffle — et cela sous une facture lâche et dépe-

naillée. (*) Je lis dans « les Annales politiques et

(*) Il n'est pas jusqu'au critique littéraire du quotidien (( Le Temps » qui ne se soit cru appelé. Le recueil qu'il a publié débute par une Préface de 39 pages oiii toute sorte de choses incohérentes et contradictoires viennent s'emboîter n'importe comment pour iaire longueur intempestive, et rédigées en un style où le procédé hebdomadaire par énumération est poussé jusqu'au génie. En outre, préfaçant des vers, l'auteur s'est appliqué à être dithyrambique, idyllique, magnifique. Il a trouvé des choses charmantes et neuves comme : <( les musiques divines qui chantent dans les souffles d'avril », <( écumes d'argent sur le sable d'or », <( le blanc tapis de neige », « la splendeur étincelante des cieux étoiles ». En un autre genre, il nous initie au nez de la femme. Il a observé que « charmant et fantasque », (( merveilleusement subtil », « il respire la vie avec délices ». Aussi que la femme est (( presqu*^ chancelante d'ivresse panthéiste », et que les dames poétesses qui s'agitent auteur de nous ont donné à la poésie française « un lyrisme nouveau ». Cependant, dit-il, (car il ne peut s'empêcher de se contredire) « ce n'est qu'un scintillement de reflets et paillettes >', (( la futilité ue ces aimables chiffons qu'elles aiment tant ».

Dans le numéro du (( Temps .> du 13 avril 1908, notre écrivain nous annonce l'apparition soudaine et merveilleuse du « mobilisme », et pourtant ce n'est autre chose que u l'é'oln^i^^n - dont le concept plus ou moins clair court aujourd'hui les rues. Enfin, terminons-en, il nous donne à entendre, comme une trouvaille à lui, que l'art c'est la vie, et même il le déPnit (( le rvthme de la vie ». Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire au juste? Tout ce qu'on vo^^dra, n'est-ce pas? Quoi qu'il en soit, c'est cette définition qu'il a adoptée pour titre de son recueil de vers.

Je me suis tant attardé sur cette Préface (les vers étant assez éloquents par eux-mêmes) parce qu'elle trouve sa place parmi le« signes des temps, et aussi parce qu'elle pose pour le manifrste. Elle prend si bien cette posture, que, à la fin, nous est révélé le point do la France 6ù elle a été composée, en 1900, jour do Pâques. Date et jou; solennels !

littéraires » du 25 août 1907 une analyse de compositions poétiques ayant pour objets la port-e, la sonnette à cette poite, la boite aux lettres. La publication citée est là à son affaire en ce genre de choses, et son critique attitré (*) exulte positivement. « Mystérieuse poésie ! » s'écrie-t-il. Pensez donc, la boîte aux lettres ! M. Faguet, de l'Académie, compile un « Musset des familles », et le directeur des « Annales » déjà nommées surenchérit avec un a Musset pour jeunes filles ». On sourit, n'est-ce pas ? Pourtant, avec le reste, c'est un signe des temps ; je l'ai dit, un aveulissement, une déchéance de la conception poétique, un épuisement, un hyzantinisme où se perd toute conscience, un écart grossier de tout respect, de tout idéal en ce domaine. (*)

(*) Ce critique est précisément l'autenr de a L'art des Vers » en 420 pages, publié sous 1 égide des déjà aites (( Annales ». L'ouvraj!;© est une paraphrase ingénieuse de cette définition de la poésie par ce brave Quicherat d'ancienne mémoire : (( La poésie est l'art d'écrire en verj ». C'est tout de même un peu long pour ce à quoi cela peut Ijossiblement servir.

(*) Aussi bien dire de toute pudeur. Ne vient-on pas d'imaginer, d'organiser un (( Salon des Poètes ». Salon, chapelle prétendue éclectique, quand même encensement mutuel à la ronde, car quoi d'autre cela pourrait-il ê^re? Nous avions déjà les m^ as-tu vu. Faut-il encore... Dans la (composition de ce f^al^n je Vx^ qi^elques nom-^ oiip -f^ snis surpris d'y voir. Celui du président va de soi. On distingue Hussi les noms de M. Gustave Kahn, celui de 1 auteur du fameux (( L'art des Vers », et, si je ne me trompe, celui de M. Alcanter de Brahm. Je ne saurais exprimer tout mon chagrin, partagé par bien des amis, devant cet ïiutre et si triste signe des t^mps. Que le noble et hautain

278 niILOLOGIE FRANÇAISE

Je ne dis pas tout cela à mon étranger curieux. C'était trop. Je le pensai, et je le pense. Mais comme il insistait encore pour avoir plus de détails sur i»mouvement poétique des quarante dernières année-, je me débarrassai de lui en le renvoyant à ut. publication officielle : « Le mouvement poétiqufrançais de 1867 à 1900 ». Je ne l'avais pas lue. Je l'ai lue. Hélas, quel vilain tour j'ai joué à mon liomme! Et cependant, réflécliissez-y, un document officiel, commandé par un ministre !

Ces jug^ements, coucliés dans un style dithyrambique, ultrahu^opsque, fatigant à la longue, qui n'appartient qu'à l'auteur de ce « Rapport », et qii est le moins fait pour être séant en la circonstance, ces jugements, dis-je, manquent de toute proportion les uns vis h vis des autres. Complaisances n'est pas un mot suffisant ici, ce sont des « paeans » que le rapporteur cbante à ses amis personnels. Sullv Prudliomme qui s'est efforcé de sortir la poésie di ^ rabâchages et de l'élever à des sphères plus hautes de pensée (l'auteur du Rapport y serait-il étranger?), reçoit 12 lignes, je dis bien douze ligne.-^. en 200 pages in-quarto, mais il y a des pages et depages sur l'auteur de la centaine de sonnets; il >

de Vigny (atténué) parle i)our moi : k Les animaux faihii vont en troupes. Lo lion marche seul. Qu'ainsi maiT> ton ,i ours le poèt« ».

Diminution des caractères, où qu'on regarde.

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a toute une longue mélopée à propos de l'écrivain des « Fêtes galantes », et il y est dit : « La société « qui l'a laissé vivre dans la famine et mourir dans « la tristesse n'a pas le droit de le rendre respon- « sable des basses promiscuités, des misères, dont « elle ne le tira point. Elle surtout fut criminelle. « Un poète de plus assassiné ». On croit rêver en lisant une telle absurdité de carrefour dans un Rapport officiel daté de 1903. Imaginez-vous cela ? La société responsable pour Vliomme Paul Verlaine! Pour le jwète pas davantage. D'ailleurs la société ne doit rien de spécial aux poètes, pas plus qu'aux peintres, aux sculpteurs, aux musiciens. Il est des bienfaiteurs à qui la société est redevable bien autrement. Et le bon cœur sensible du Rapporteur est tellement entraîné par le parti-pris amical dans un genre de travail où la froide raison et l'impartialité doivent commander avant tout, qu'il en oublie le sentiment un peu brutal exprimé ailleurs (voyez le passage réservé à de Vigny) à propos des Cbatterton de France: « L'hôpital n'est pas une preuve de génie ». Alors ? Cette aberration sentimentale à propos de l'auteur de « Sagesse » est, à bien peu près, typique du factum entier. Ce qui nous a surpris c'est de n'avoir pas vu appuyer davautagi^ sur la renommée d'un autre grand favori. On se réservait sans doute pour l'idéalisation scénique à brève échéance. Cette fois Monsieur Tout le Monde,qui ne manque pas de bon sens à ses jours, a refusé de se joindre à la glorification intempestive de gens dont on croit relever le talent par la vie anor-

maie qu'ils ont menée. Le cadre du pauvre charmant Villon n'est plus.

Au détriment d'un nombre d'ouviiers du vers qui du moins ont fait de leur mieux, et souvent bien, dans la bonne voie, et qui sont réglés par notre Eapporteur en un tour de plume, on lit des pages et des pages consacrées aux décadents, aux symbolistes, aux vers-libristes, ou de quelque nom qu'ils s'appellent en définitive. La genèse de ce mouvement est décrite dans ses moindres détails, comme quelque chose de majeur, d'historique, alors qu'il n'y avait qu'à passer à côté, à laisser là cette extravagance. Mais, dans le camp de ces grands novateurs, il y avait aussi des amitiés bien chères. Que faire donc ? Le Rappoi'teur va même jusqu'à déclarer que ce mouvement n'a pas été vain, qu'il en restera quelque chose. Hélas, se pourrait-il !

Le Rapportevir s'est bien gardé de négliger le s^exe féminin. Il paie son tribut à quelques belles madames, titrées ou non, qui,en ces derniers temps, nous ont bruyamment présenté leurs cliquetis de mots, voluptés, éternités, éblouiss'ements, et quoi encore. Mais, en ces 200 pages in quarto, pas même une mention de Mme Ackermann, le seul p^ète français fomine. Ici, comme tout à l'heure pour Sullv Prudhomme, l'altitude dépassait la mesure du Kapporteur.

.r<Mi omets bien d'autres pour en finir. Pourtant il ne faut pas cjue j'oublie la piètre moi*8ure banale (voyez la fin du chapitre a Grammaiix?, Syntaxe »). reliez Musset a la syntaxe a la danse de St Guy »,

l'OÉsiï: 281

<'t quant à Laiiiartine, « son style n-e sait plus qu'il y a des syntaxes ». Des syntaxes, au pluriel ! Heureusement que le Rapporteur et ses amis les décadents en ont à revendre.

Comment se fait-il que quelqu'un ayant autorité dans les lettres n'ait pas relevé comme il convient la partialité, l'étroitesse, l'incohérence, le pyladisme ridicule, de ce produit officiel auquel des naïfs pourraient attacher leur foi? En est-on là de soumission, de pusillanimité devant un nom quelque peu en vedette ? Le donnant donnant, la camaraderie veule, d'où nous viennent ces vilaines choses dans les lettres ? Oii sont les belles ardeurs, les belles colères, les belle's justices d'antan, les bons honnêtes coups de jadis, reçus et donnés!

Sanscrit. — Grec, Latin Allemand, Anglais, Français

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