XX. — Observation de Melchior Robert
M. X... commença à présenter, le 16 juillet 1852, des phénomènes d’aliénation mentale ; sa parole devint lente et entrecoupée, semblable au bredouillement des malades atteints de paralysie générale; l’avant-bras droit et la main du même côté furent le siège de fourmillements et d’un léger engourdissement, les objets mis dans la paume de cette main paraissaient beaucoup plus petits qu’ils ne l’étaient ; ainsi une pièce de cinq francs donnait la sensation d’une pièce de cinquante centimes.
Le mouvement n’était point altéré. Le malade accusait en même temps un mal de tête fixe, un peu au-dessus de la région pariétale gauche, et une demi-surdité dans l’oreille du même côté, symptômes qui augmentaient d’intensité la nuit et surtout le matin, au réveil. Défaut d’appétit, amertume dans la bouche, air de stupeur sur la face, désir de la solitude, caractère très-irascible à cause de la difficulté qu’il éprouvait à se faire comprendre.
J’ai déjà traité le malade pour des accidents syphilitiques, et notamment pour une exostose du tibia, pour une douleur ostéocope avec' surdité, située sur la même région que celle dont il souffre actuellement; je fis une analyse sérieuse des phénomènes qui se montraient. Je m’assurai que les douleurs situées au niveau de la région temporo-frontale n’augmentaient point par la pression, j’en conclus un gonflement partiel de la table interne du temporal; quant à la difficulté de prononciation, je constatai quelle ne dépendait ni de la paralysie des lèvres, ni de la langue, mais qu'elle tenait à la perte de lu mémoire. En effet, le malade avait complètement oublié ce qui s’était passé avant sa maladie ; il ne se souvenait même plus des faits accomplis la veille, il avait oublié le nom des objets, celui des lettres, et il ne lui était pas possible de lire ou d’écrire.
lodure de potassium 30 grammes
Sirop de gentiane 500 —
Faites dissoudre et mêlez; une cuillerée matin et soir.
Prendre tous les jours un bain tiède, et faire quelques ablutions froides sur la tête. Nourriture végétale.
Le quatrième jour de ce traitement l’amélioration commence.
Le 27 juillet, tous les symptômes que le malade avait présentés ont
(1) Nouveau traité des maladies vénériennes, par le doct. Melchior Robert. 1861, p. 645.
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KECHERCHES SUR l’APHASIE SYPHILITIQUE.
disparu, il a recouvré sa gaieté, son appétit et sa mémoire, etc. Il me fit l’histoire de sa maladie.
En 18^i7, il a eu une ulcération à base très-dure, située sur le côté droit de la lèvre inférieure et accompagnée d’un engorgement trèsdur non suppuré à la partie supérieure et droite du cou; cette ulcération, dont on voit encore la cicatrice, était, sans aucun doute, un chancre induré auquel on doit rattacher les maux de gorge, les maux de tête continuels, une affection de l’ongle du médius droit, des syphilides palmaires et plantaires, un impétigo syphilitique du cuir chevelu, des ecthymas, des tubercules d’épaisseur de la peau, une exostose du tibia droit, des douleurs ostéocopes, avec surdité de la région temporo-pariélale, et, enfin, les derniers symptômes qui ont été l’occasion de cette observation.
En 185Ô, nous avons appris que M. X... venait d’étre atteint, pour la seconde fois, de symptômes d’aliénation mentale, et, qu’après plusieurs mois de traitement, il s’était éteint dans un état de démence paralytique.
Cette observation ne présente pas, à proprement parler, un cas d’aphasie syphilitique, car le malade était affecté d’amnésie complète avec dérangement des facultés intellectuelles. Néanmoins ce cas se rapproche beaucoup de celui qui fait l’objet de ma seconde observation. 11 est très-probable que, si M.X... était resté plus longtemps sans traitement, l’exostose qui siégeait sur la lame interne, augmentant continuellement, l’amnémonomie dont il était affecté se serait transformée en amnésie complète accompagnée de dérangements dans les fonctions cérébrales, comme cela a eu lieu dans le cas décrit par M. Melchior Robert.