‹ Aphasie syphilitiqueChapitre 26 sur 46 · XXIX. — Observation de Leiden · texte numérisé non relu

XXIX. — Observation de Leiden

Une femme, âgée de trente-liuit ans, se plaint d’une respiration douloureuse et de maux de tête devenus presque continuels qui l’empêchaient de dormir. Facultés intellectuelles et paroles conservées.

A l’examen de la malade, en juin 1863, je pouvais constater ; température 39°, 6; 116 pulsations à la minute; peau du thorax plus sensible qu’à l’état normal. Aucun symptôme morbide à l’auscultation et à la percussion. Point de paralysie. Maux de tête intenses avec exacerbations nocturnes. Sous rinfluence de l’iodurc de potassium, l’état de la malade s’améliora.

Le 25 juin 1866, la malade présentait : facultés intellectuelles intè gres en apparence; quoique les réponses fussent un peu lentes, les mots étaient prononcés avec peine et erune manière peu intelligible. La malade tirait la langue, mais les mouvements de cet organe étaient lents et pénibles. Déglutition pénible, la malade avalait de travers; le voile du palais est un peu abaissé; paralysie du nerf facial du coté gauche. La malade plissait plus faiblement la peau du front à gauche qu’à droite ; angle gauche de la bouche un peu abaissé ; paralysie du bras droit; humérus attiré vers l’épaule; paralysie presque complète de la jambe droite. La sensibilité du bras droit est légèrement diminuée, mais normale dans les extrémités inférieures. Point d’état fébrile. Céphalalgies intenses surtout du côté droit. De nouveau iodure de potassium.

Le 5 juillet, les facultés intellectuelles paraissent notablement affaiblies; la malade pleurait et riait alternativement; la parole, la déglutition et la paralysie restaient in statu quo. En octobre, la malade répondait aux questions par dessous complètement inintelligibles, inter-

(1) Berliner Klin. Wochenschrift, mars 18G7, n“ !).

KECHIiRCHES SUR u’aPHASIE SYPHILITIQUE.

7'ompus tantôt pai' des pleurs, tantôt par le rire. La perte de l’intelligence devient évidente, La malade ne se plaint d’aucune douleur, mais ne peut se mouvoir sans être aidée. Les mouvements de la langue sont très-limités et très-pénibles, au point qu’elle ne peut avaler qu’une nourriture liquide. Évacuations involontaires. Fièvre et sueurs nocturnes. Le 25 novembre, mort.

Autopsie pratiquée par le professeur Neum.ann. Os du crâne épaissi; les méninges sont adhérentes l’une à l’autre. Les vaisseaux de la pie-mère du coté gauche contiennent plus de sang que ceux du côté opposé. La pie-mère de l’hémisphère gauche présente un foyer hémorrhagique. Adhérence complète du lobe moyen gauche à la dure-mère, à la base du cerveau.

Les vaisseaux du cercle artériel de Willis sont à l’étal normal. A la coupe la substance du cerveau ne contient pas beaucoup de sang. Un peu de sérosité dans le ventricule latéral gauche ; l’épendyme est légèrement épaissi. Dans le corps strié à gauche, vers la surface, on trouva une plaque de la dimension d’une pièce de cinquante centimes, de couleur orange, recouverte d’une couche mince de substance cérébrale, facilement enlevée par le jet de l’eau; la partie antérieure du corps strié est réduite en bouillie jaune.

Le ramollissement continue dans la partie postérieure et interne de l’bémisphère et dans la base du lobe moyen. Dans la partie droite du corps strié, on constate un foyer de ramollissement moins étendu, de la dimension d’une noisette ; les couches optiques contiennent plusieurs foyers ramollis en forme de kyste. A la coupe, le pont de Varole offre une couleur rouge sale. A gauche de la ligne médiane, on constatait un foyer ramolli de la grosseur d’une noisette, entouré de substance cérébrale d’un rouge sale. Le poumon gauche présentait des tubercules miliaires. Au sommet du poumon droit, deux foyers de la dimension d’une noix présentant à la coupe une structure réticulée très-régulière; des stries jaunes entouraient en forme de fdets des îlots rouges. Même noyau de la dimension d’un œuf dans le lobe moyen du poumon droit, le lobe inférieur en contenait un de dimension moindre. Le parenchyme de la rate réagissait sur l’iode. Cœur normal. La surface du foie est sillonnée par du tissu cicatriciel. Dans la substance même de l’organe on constate des foyers durs, caséeux, de la grosseur d’un pois.

L’examen microscopique démontra une masse de petites hémorrhagies contenues dans la base du cei’veau hypertrophié, ainsi qu’une hypérémie générale.

Les antécédents de la malade ne permirent pas de constater une cause syphilitique ; il n’y a que l’autopsie, si habilement et exacte-

ment relatée, qui autorisa un semblable diagnostic. L’iodure de potassium fut administré sans succès. L’altération de la parole était accompagnée de mouvements pénibles de la langue et de déglutition difticile. La parole devint plus embarrassée à mesure que les mouvements de la langue et la déglutition devinrent plus difficiles. Absence complète des facultés intellectuelles, suivie de perte de connaissance. Dans le cas présent, il n’y avait pas d’aphasie, quoiqu’il soit très-probable qu’il y avait altération des centres coordinateurs. C’est spécialement pour de semblables cas que le professeur Leiden propose le nom A’anarthrie.

Les observations suivantes font partie de la même catégorie des affections syphilitiques du cerveau, se manifestant par l’altération de la parole, accompagnée d'une déglutition difficile.

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