‹ Aphasie syphilitiqueChapitre 6 sur 46 · II. — Observation de M. Trousseau · texte numérisé non relu

II. — Observation de M. Trousseau

En janvier 1862, il est entré dans mon service une femme atteinte d’une syphilis que son mari lui avait donnée. Elle avait pris du mercure à très-haute dose, et avait une stomatite alfreuse. Un mois avant

(1) De l'Aphasie, maladie décrite récemment sous le nom impropre A’ aphémie {Gaz. des hôpit.^ n“ à p. lA, 1864).

son entrée à l’hôpital, elle avait éprouvé de très-vives douleurs de tête, et en môme temps elle ressentait de petits accidents, des convulsions légères dans le côté droit de la faee et dans le bras droit. Elle avait aussi des vertiges, des étonnements, et elle fut prise môme d’un accès épileptiforme tel qu’elle se mordit la langue. Pendant cette attaque, elle put cependant se lever et aller prendre dans le tiroir de sa commode un mouchoir et essuyer la bave écumeuse qui sortait de sa bouche. Elle avait donc des accès vertigineux frappant surtout le côté droit, et ce côté était très-notablement affaibli quand elle entra dans nos salles. A la demande de son nom, elle a pu répondre qu’elle s’appelait Keller; mais dès qidon ha a demandé autre chose, elle n'a jamais pu répondre qu'en répétant le mot Keller. Nous lui avons donné une plume et nous lui avons dit d’écrire un mot, elle a écrit Keller; nous lui avonsdicté alors différents mots ; cuiller, fourchette, etc., et chaque fois elle a écrit Relier. Gomme cettefemmeavait eu une affection syphilitique, nous lui prescrivîmes l’iodure de potassium, et à notre grande joie nous vîmes l’intelligence et la mémoire lui revenir peu à peu à mesure que sa guérison s’effectuait. Quand elle fut complètement guérie, je fus très-désireux de savoir d’ellemême comment élle avait apprécié l’état de son intelligence pendant sa maladie. A cette époque, elle lisait presque toute la journée, mais elle restait un temps infini à chaque page, la lisant et la parcourant avec la plus grande attention. Je lui demandai si, dans cette occupation, elle voyait bien et comprenait bien ce qu’elle lisait. Elle me répondit qu’elle lisait bien avec ses yeux, mais non pas avec son estomac, voulant dire par là, dans la fausse idée qu’ont les gens du peuple sur quantité de choses, qu’elle ne comprenait pas ce qu’elle lisait ou qu’elle l’interprétait mal. La parole et l’intelligence lui étaient revenues en même temps et graduellement. Depuis sa sortie de l’hôpital, elle est venue nous voir plusieurs fois. C’est une femme très-intelligente et très-recommandable ; elle nous a donné chaque fois de bonnes nouvelles de sa santé.

La seule indication qui décide Trousseau à admettre dans le cas présent une affection syphilitique du cerveau est que la malade était affectée de syphilis avant son entrée à l’hôpital. Il ne fait pas mention de l’état du cœur et des vaisseaux, et n’indique aucun sym^ ptôme syphilitique pendant la durée de l’aphasie.

Quant à la forme de cette dernière, on peut conclure avec assez de vraisemblance qu’elle approche plus ou moins de ma première observation.

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