IV. — Observation de M. Lancereaux
La femme B..., trente-deux ans, fortement constituée, au teint un peu jaunâtre et terreux, n’a jamais eu de rhumatismes; pas de convulsions dans son enfance. Il y a cinq ans, fièvre typhoïde grave ; depuis, la malade a fait six fausses couches aux termes de deux ou trois mois; la dernière a précédé de quelques mois l’apparition de la paralysie, alors que la malade avait déjà eu la syphilis.
En avril 1857, elle contracta un chancre; les ganglions inguinaux ne suppurèrent pas; la malade ne fit aucun traitement. Environ six semaines après, apparut une roséole, puis une syphilide papuleuse, puis de la céphalalgie, qui, an dire de la malade, était plus vive le jour que la nuit, enfin de l’alopécie. Elle fit usage du proto-iodure de mercure, qui fut suivi d’une salivation peu intense, guérie sans traitement. Au bout de huit jours de traitement, les syphilides avaient pâli ; la malade continua néanmoins ses pilules (une par jour), depuis le moisd’avril 1857 jusqu’au mois de février 1858.
En décembre 1857, il était survenu une nouvelle poussée de syphilides qui avaient duré un mois.
Au mois de février 1858, quinze jours après avoir cessé de prendre ses pilules, la malade se trouvant dans la rue, et sans prodrome aucun, perd tout à coup l’usage de la parole et ne peut répondre à une personne qui lui demandait un renseignement. En même temps, le bras gauebe s’engourdit, on pratique le jour même une saignée. Le lendemain, la paralysie est plus intense et a gagné la jambe du même côté; on applique douze sangsues, et le soir l’hémiplégie est complète.
L’usage de la parole ne revient qu’imparfaitement au bout de quelques jours ; depuis, la malade ne peut articuler les mots sans un bégayement très-prononcé.
Entrée à Lariboisière, elle y resta six semaines sans traitement ; huit jours après sa sortie, elle commença à se servir de sa jambe, mais depuis un mois son état est stationnaire.
Aujourd’hui, 15 juillet, la malade se présente à la consultation de la Charité, elle marche en tramant la jambe, et ne peut faire à pied
(1) Des afl'eclions nerveuses syphilitiques, [ia.T L. Gros et E. Lancereaux, 18<jl, page 187, observation 1Ü3.
une course un peu longue; elle peut exécuter quelques mouvements avec le bras, mais non s’en servir. — (lodure de potassium, 20 gr. ; — eau, kOO gv.)
Le 17 octobre, nous constatons une légère amélioration; la malade commence à se servir de son bras; nous remarquons un peu d’enrouement, et faisons suspendre le traitement pendant quelques jours, après fesquels on le reprend à la dose de 16 gr. d’iodure sur 250 gr. d’eau.
Le 19 novembre, l’enrouement a augmenté, la voix est presque éteinte; la malade accuse une sensation constrictive, une espèce de barre qui comprime l’estomac et la fait soulfiir la nuit; on constate une chaîne de ganglions engorgés partant de l’apophyse mastoïde droite, et descendant jusqu’au larynx. L’état de la jambe est considérablement amélioré; la malade marche beaucoup mieux, peut soulever sa jambe; elle peut aussi porterie bras sur la tête, quoique avec un peu de difliculté. Aucune atrophie des membres paralysés. On suspend le traitement pour le reprendre plus tard.
M. Lancereaux ne fait ancune mention de l’état du cœur et des vaisseaux; l’usage de l’iodure de potassium, pendant quatre mois, ne fit pas disparaître la paralysie. Il n’y avait point de symptômes syphilitiques concomitants à l’hémiplégie gauche ou à l’aphasie.
perle totale delà, parole, qui se remarquait pendant quelques temps chez la malade, ne pouvait pas provenir de l’oubli des mots, c’est pourquoi je rapporte ce cas au premier groupe.