‹ Aphorismes, boutades et cris de révolteChapitre 2 sur 4 · JA · texte numérisé non relu

JA

La femme amoureuse épistole ainsi sa passion : !!!...???...!!!... « Je t'aime !!! (pan, pan, pan, trois points d'exclamation !) m'aimes-tu ?'??... Moi je t'adore !!! (re-pan, pan. pan!... et aïe donc, t'es

pas mon père !)

La femme, ne pouvant comprendre l'art dans son héroïque simplicité, le chiffonne — et en fait de l'artificiel.

La femme est tellement compliquée, alambiquée, tarabiscotée de nature, qu'elle ne peut regarder simplement une œuvre d'art : il faut qu'elle la lorgne !

Et l'ineffable, le tirebouchonnant ridicule de l'esthète femelle admirant un chef-d'œuvre avec son face-à-main !

Ce qui révèle manifestement que l'instinct de tyrannie, de la sujétion d'autrui est enraciné, irréductible et péremptoire dans la femme, c'est que sa première « explication », quand d'aventure, elle se toque d'un chat (par exemple), est de lui mettre un ruban au col — sigillé non discutable d'asservissement...

Et c'est cette horreur innée de tout ce qui est fier, indépendant — et beau — qui en fait l'amante

enthousiaste du petit chien, dont l'humeur lèchepieds s'accommode si heureusement du collier.

Voyez ce gosse. Il goûte. Sa menue dextre caresse ses lèvres juteuses, d'un gros bâton de chocolat. Et l'autre main, poisseusement, érige avec fierté une superbe tartine de confiture... Ce morvoux-là eonnaîl donc les délices suprêmes du chocolat à la groseille... C'est unenfantde ((pauvres ». — Vous en étonnez-vous ?...

Je relève dans les mémoires manuscrits d'un vieux Cévenol, ceci :

a Quand ma femme me querellait, me cher- « chait pouille sur mes faits et gestes, bref, se « mêlait de ce qui ne la regardait point, je lui a disais, en la guignant du frisant de l'œil : « Femme, prends ton fuseau, ou je prends ma « trique !... » Car j'ai su toujours, quand il le « fallait, imposer l'urgente sagesse à ce digne émule de la mule qu'est la femme, avec le seul argument que comprenne bien la mule. Et c'est là le grand secret du bonheur en ménage. « Et lorsque j'avais été obéi avec soumission, j'en étais quitte, sur le soir, pour cueillir la plus belle rose du jardin, dont je fleurissais son corsage... »

A la bonne heure, brave Cévenol, c'était savoir être mari, cela !

Mes poires :

A Willy.

Si je suis Claudine à l'école,

Je rigole, Et quand vient Claudine à Paris,

Je souris ; Mais voici Claudine en ménage,

Et je rage Tant, que si Claudine s'en va

— Ça me va !...

La princesse Louise de Saxe : comédienne, tragédienne, et farceuse, surtout ; double hystérie de la vulve et des méninges, et phobie des grandeurs : impulsive royale, et néanmoins, vulgaire putain allemande.

Mistonne du Gotha, Poupée d'épiphanie, elle aspirait à descendre, et la voici brisée... Quoi d'étonnant ? Le Saxe est si fragile !

Mais toi, la Belgique, avais-tu le droit d'ignorer que : t Bien d'Autriche ne profite jamais ?...»

Allons, les Apaches de Montparno et de Belleville, en quête d'une bonne marmite, c'est votre tour ! n'en v'ià une bath, en disponibilité. Qui postule ? Hardi, les poteaux ! On demande un gigolo bien écaillé. — La gigolette saxonne a perdu son giron...

Gaston Méry : Le valet de carreau de Mme de Thèbes — et de la Patrie française, le roi de

Pique... Chacun cumule comme il est ! Et lui, c'est un farceur, un intrigant fieffé.

Quand il sera vieux, édenté, branlant, vraiment trop déjeté pour les chevalières de Tas, et les chevaliers de l'urne, (race pourtant point difficile, et sachant se contenter du « moins que rien », lorsque « peu », c'est encore trop, fera paraître dans la Libre Parole, de petites annonces ainsi conçues : Gaston Méry, ex-grande cartomancienne du Conseil municipal.

Et Y Echo du Merveilleux lui fera de la réclame à l'œil !...

Menuet, gavotte, valse, polka, danse du ventre, bamboula — et cake-walk !... Ce n'est plus une dégringolade, c'est la course à l'abîme ! Et maintenant que nous voici dans la cake — à quand la merde ?

Autrefois, quand nous étions des conquérants, des barbares, nous exaltions nos musées des chefs-d'œuvre de l'Italie et des Espagnes ! Aujourd'hui, que nous sommes esthètes devenus, et francs cosmopolites, nous excédons nos Louvres de tiares saïtapharnesques, et de collections Thiers... Bonaparte et Salomon Reinach ! De la tyrannie de l'Idée, au triomphe de la brocante. Du cambriolage héroïque, à l'escroquerie du

cameloteur... Voici la marche de l'Ame nationale pendant le siècle... Ascension — ou décadence?

:< Sectaire ! — Jésuite ! — Hideux francmaçon ! — Tartufe ! — Sale juif ! — Gibier de correctionnelle ! — A moi, Deibler ! Hé, va donc, Lovola ! — Dreyfusard ! — Sale mufle ! — Vendu ! — Traître ! — Socialo à l'eau du Jourdain ! — Vampire de sacristie ! — A Charenton ! — A Cayenne ! — Nez sale ! — Qui, moi ? — Oui, vous!... — Vli ! Vlan!...

Et aïe donc, les Apaches du Palais-Bourbon, hardi, nos potes, donnez-vous-en pour nos impôts !

Après tout, n'est-ce pas, ils sont à l'image de ceux qui les élisent, nos « honorables » ?

Parole d'honneur, Jacques Bonhomme fait un député, comme un chien fait sa crotte !...

Quand d'aventure, je demeure indécis sur la valeur intellectuelle d'un monsieur que j'aheurte pour la première fois, dont je n'ai vu encore le front ni la main, doucement je m'enquiers s'il s'occupe de politique, et s'il vote aux élections générales. Et s'il me répond : oui ! mon homme peut garder son chapeau et ses gants, je suis désormais fixé : c'est un imbécile !...

Depuis que je suis un homme pensant, deux cho-

ses ont le don redoutable de m'exaspérer à une; une carte électorale, et le ruban rouge (i) — l'une et l'autre camelote, manifestes symboles de la tourtise indéfectible, et de la laborieuse bassesse de l'homme contemporain.

Que de gens j'ouïs se plaindre chaque jour, d'avoir été « blessés dans leur amour-propre (?) » pour ceci, pour cela, pour rien, pour moins encore! — C'est aies entendre, que je nombre les sots de ce monde.

Ce terrible emporteiir-de-pièce de Barbey d'Aurevilly, avait coutume de dire : les imbéciles — c'est-à-dire, à peu près tout le monde...

Il y a copieuse lurette que j'ignore avec superbe les historiens en général, gent à l'ordinaire trop fâcheusement nesciente de la plus élémentaire impartialité, combative de moulins à vent, et pour cela môme, insipide au penseur : Mais il en est un que je hais pour l'avoir trop aimé : Michelet !

Arguments de révolte.

Si tu n'as pas faim, ne laisse point moisir ton pain.

Le sacrifice impossible à obtenir du riche, est celui de son superflu.

(1) Pris comme svnthèse de toute décoration.

Et c'est pourquoi je dis : pratiquez la reprise individuelle à vos risques et périls, ô vous, tous les déshérités; c'est plus noble et plus dierne de Thomme, que de tendre la main !

Les meilleures lois humaines — et je serais tenté de dire, les seules vraiment bonnes5 (bonté toute négative, entendez bien !) ont été les lois somptuaires. Et notez ceci : elles furent toujours édictées par Y infâme autocratisme !

Je suis toujours du parti du vaincu, le vaincu fût-il un bourreau de la veille. — Question de tempérament autant que de principes. Je concède d'ailleurs avec humilité, être un drôle de corps.

J'accorde aussi que je pourrais rester indifférent. Mais il faudrait d'abord que la hurle commençât, et ne vînt point clamer ignoblement : « il est tombé, hardi, tapons dessus ! »

Car cela m'indigne !

Et serait bien malavisé, sottement inspiré, le flic qui, au nom de la loi, réclamerait mon aide contre un bandit aux abois. Car j'aurais, en vérité, plus vivement fait de lui passer un crocen-jambe, que de lui prêter main-forte !

Qu'est-ce qui sauve donc le richard infâme, de la colère des Misérables?

Hi

Pour moi qui ne suis plus un misérable, cependant, je sens bien que si je n'étais père, j'aurais parfois grand'peine à me défendre d'aller foutre des bombes dans le tas, entre cinq et six heures, le soir, aux Champs-Elysées !

Quand le lion a faim, il s'élance à la chasse, et ce qui lui tombe sous la griffe est la bonne proie. L'homme, lui, quand il a faim — mendie !

Il est vrai que les bons pharisiens assurent qu'il est — ce faisant — bien supérieur au fauve de la jungle!

Moi, je dis : lâche !

Cependant, ne me croyez point inféodé à la doctrine anarchiste. Car les compagnons disent

— les sots! ni Dieu ni Maître L.. Certes, je ne veux pas d'un maître ; mais je me veux un Dieu !

— Cela me grandit.

Et cela satisfait ma raison, naturellement.

Quand vous rencontrez un homme sain d'esprit, qui refuse de venir à la conception de Dieu, par l'usage intégral de ses facultés raisonnantes, interrogez sa vie morale : le prêtre a hanté son

enfance, et son hideux cauchemar obture encore son entendement dans l'âge mûr.

Je demande : qu'est-ce qui régit l'univers? On me répond : des Lois! Et c'est incontestable... Hé bien, pouvez-vous concevoir des lois sans une Intelligence élaboratrice? — Pouvez-vous concevoir un phénomène sans cause?

Et parce que la science ne peut démontrer expérimentalement ce Dieu que la logique exige — et qui doit être, pour cela même que son existence est conçue par le penseur, et absolument nécessaire au fonctionnement intégral de sa raison, est-ce donc si spirituel à l'homme de la science, que de le nier sans discussion?

Et le savant est-il vraiment savant, qui ne sait même pas manifester la sagesse du doute?

Mais Dieu ne saurait être cette... chose hors le monde, absurdement absolue et parfaite en soi, en même temps qu'infinie, qu'affirmaient les philosophes spiritualistes — attendu qu'il pénètre F Univers de ses Lois, jusque dans ses atomes les plus impondérables, et que cet univers évolue et

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