QUATRIÈME TABLEAU
L'ATKI.IEK
Un ttelier de sculpteur. — A droite, porte denlrée, fermée par une tapisserie. — Au milieu de l'atelier, un lit de repos.
Démetrios travaille à modeler une statuette à peine ébauchée. Il semble absorbé dans une contemplation profonde.
DEMETRIOS
.\li ! vainement je m'é\ertue, l^oiir chasser les pensers qui hantent mon esprit, A faire sortir de la glaise une statue
De C.ytiiérée ou d'Artéinis :
Ce qui nait sous mes doigts, c'est toujours toi, Chrysis !
Oui, c'est bien toi, Galiléenne:
Ce sont tes traits, c'est ton front bas et volontaire, Kt tes cheveux, lourdes vagues aux reflets d'or, Kt tes narines délicates qui palpitent, Et cette bouche aux coins mollement arrondis...
Mais tes yeux extraordinaires,
Jamais je ne ferai tes yeux,
Brillants, changeants, capricieux,
Pareils à des pierres lunaires!
Ils regardent ainsi que chantent les sirènes Et ce sont ces yeux-là qui uront ensorcelé
// vo'le la statue.
C'est pour îa voix, c'est pour tes yeux
Que je les ai commis, les crimes,
Les trois crimes que tu voulais!
Ah ! depuis ce moment, je pense, malgré moi, A la prédiction de la Chiromantide
Et j'éprouve un mortel émoi !
C'est pour cette raison peut-être Que dans mon atelier je me suis enfermé, M'acharnant au travail, m'efforçanl d'oublier La tentatrice... En vain ! Je ne puis évoquer
Une autre lornie que la sienne ' Mais elle m'appartieni, puisque je l'ai conquise...
Pourquoi donc n'ai-je pas encore
Été chercher le prix de mes crimes?
Qu'est-ce donc que j'attends?
// reste pensif. — La tapisserie se soulève, — Cbr^sis paraît,
CIIRYSIS Sur le seuil
Démctrios !
DÉMÉTRIOS Se retournant comme avec surprise
Chrysis!
CIIRYSIS
Ne m'attendais-tu pas ?
DÉMÉTRIOS
Si, si, je t'attendais!
CIIRYSIS
Tu m'as donc exaucée ?
DKMÉTRIOS
Tes volontés sont obéïes :
Les trois choses irréparables, Sans hésiter, je les ai laites.
CURYSIS
Toutes les trois?
DÉMÉTRIOS
Toutes les trois.
Je l'ai pensé ! j'en étais sûre !
Cette nuit, j'ai su chez Bacchis
Qu'un des actes était commis ;
Tout à l'heure en venant ici,
Dans la cité, j'ai bien compris
Que le reste était accompli !
Mais pourquoi me laisser dans mon incertitu<le? Pourquoi, toi-même, n'es-tu pas venu me dire
Que tous mes vœux étaient remplis?
Sans doute tu voulais par l'attente cruelle. Irriter jusqu'au paroxysme mon désir. . . Au lieu d'aller vers moi tu voulais que je vienne. . Eh bien, je suis venue!
Je t'appoile le prix de ion obéissance. Je l'apporte Chrysis : non celle courlisane
Que je suis devenue, Celle que lanl d'amants dans leurs bras ont tenue; Mais celle que j'étais naguère, une Chrysis .Amoureuse et naïve et de tous inconnue ! Je te l'apporte... et la voici !
En achevant ces mots, elle ouvre le manteau qui rcnveloppe, et se montre à Déwétrios qui la contemple avec admiration.
DÉMÉTRIOS
0 beauté délicate ! o charmes gracieux!
0 merveilleux contours!
Épaules, bras exquis! gorge d'un pur modèle, Faite pour inspirer des coupes immortelles! Corps charmant! lignes d'une admirable courbure!
Formes harmonieuses !
Blancheurs! divins trésors! attraits mystérieux! Vision affolaute à troubler la raison ! 0 splendeur, dépassant le rêve de l'artiste
Par ta réalité !
Les objets dont il a fallu que je m'empare
Sont peu de chose au prix d'un rluf d'œuvre si rare :
Je voudrais, pour le posséder, t'uiïrir encore
Ofe trésors plus sacrés et des crimes plus grands!
En parlant ainsi, il s'est dirigé vers un coffre place dans un coin do râtelier', il l'ouvre et eu retire les objets qu'il donne à Chrysis.
CHRYSIS
Le miroir?
DÉMÉTRIOS
Tiens, voici le miroir où Sapho s'est mirée . Les charmes que jadis ses yeux y contemplèrent, 0 Chrysis, n'étaient pas comparables aux tiens I
CHRYSJS Elle prend le miroir Le peigne '
DÉMÉTRIOS
Voici le peigne de Touni l'Egyptienne : Enchâsses-en les ivoirines ciselures Dans l'or fauve de ton épaisse chevelure !
Elle met le peigne dans ses cheveux
Et voici le collier à sept rangs d'Aphrodite I
CIHIYSIS
Le collier d'Aphrodite!
DLMKTRIOS
Les perles de la mer avec elle formées ! Après avoir orné le sein de la Déesse, Il ne peut reposer que sur ton sein à toi !
{// lui mot le collier autour du cou)
CHRYSIS
radieuse^ a' abandonne, dans les bras do Démétrioa, qui l'embrasse longuement
Ecoute...