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ART ÉGÉEN. MINOEN ET MYCÉNIEN TROIE. LA CRÈTE ET MYCÉNES

LES îles et les rives de la mer Egée (Archipel) ont été le siège d'une très ancienne civilisation, qui n'était plus qu'un brillant souvenir a l'époque d'Homère, vers l'an 850 avant J.-C, mais que les explorateurs du XIX'^ siècle ont rendue au jour.

Dès l'an 3000 avant J.-C., les hardis marins de ces contrées connaissaient le premier des métaux usuels, le cuivre, que fournissait en abondance l'île de Chypre, a laquelle il doit sans doute son nom ikupros). De nombreux vestiges de leur industrie ont été recueillis dans cette île, où ils précèdent de beaucoup les imitations d'œuvres assyriennes, ainsi qu'en Crète, a Amorgos et à Théra (Santonn ) ; on en a signalé aussi sur la côte d'Asie et dans la Grèce du Nord (Thrace ou Roumélie actuelle). Cette industrie se présente dès l'abord avec un caractère particulier, le goût de figurer tant bien que mal la forme humaine ; ce sont des sculptures grossières, des idoles féminines en marbre blanc, qui, contrairement à l'usage de l'Egypte et de la Chaldée, sont toujours représentées complètement nues. Même les vases d'argile affectent souvent l'aspect de corps, avec leur panse, leurs épaules et leur col, surmontés de l'indication de deux yeux et d'un nez pointu.

A partir de 1 870, un Allemand qui avait fait fortune en Amérique, Henri Schliemann, pratiqua des fouilles profondes à Hissarlik, sur le détroit des Dardanelles, emplacement présumé de la Troie légendaire. Il y découvrit, sous la ville grecque d'ilion, six bourgades superposées, dont la plus ancienne ne renfermait qu'un petit nombre d'objets en cuivre à côté de nombreux outils en pierre. Les quatre bourgades audessus de celle-là contenaient des outils en bronze et des vases décorés I d'incisions, mais sans peintures. La sixième ville à partir du bas fournit [ un grand nombre de tessons de vases peints, analogues à ceux que Schliemann devait recueillir plus tard à Mycènes. C'est la Troie de Priam, celle qui fut détruite par les Achéens, qui obéissaient au roi de Mycènes, Agamemnon. Ainsi l'on peut dire que les découvertes de l'archéologie ont confirmé, dans ses grandes lignes, la tradition de la poésie homérique.

Les fouilles de Schliemann à Troie ont rendu à la lumière un grand nombre d'objets de tous genres, entre autres un trésor de vases et de — 3i

FiG. 34. — Poignard mycénien.

CM usée d'. M hé lies. J

bijoux d'or, des vases d'argile en forme de corps humains, des pesons de fuseau ornes d'mcisions qui marquent un premier pas vers l'écriture, une figurine de femme nue en plomb. Mais ces trouvailles ont été

éclipsées par celles que Schliemann lui-même fit a Mycènes et à Tirynthe en 1876 et en 1884. Dans ces deux vieilles cités célébrées par Homère, il découvrit les restes d'une civilisation très développée, témoignant d'un goût artistique original, qui n'a rien de commun avec celui de l'Egypte et de l'Assyrie.

A Mycènes, où l'on connaissait déjà des tombes en pierres affectant la forme de coupoles, Schliemann exhuma, sous la place publique de l'ancienne ville, des sépultures royales d'une richesse extraordinaire. Les visages de plusieurs squelettes étaient recouverts de feuilles d'or formant des masques ; il y avait des vases en or et en argent, des bijoux d'un travail délicat, des poignards de I bronze où des scènes de chasse sont incisées avec des lames d'or et d'argent (fig. 34), une bague en or sur laquelle est gravée une scène religieuse.

A Tirynthe, Schliemann déblaya un palais orne de grandes peintures murales, dont la mieux conservée représente un acrobate ou un chasseur bondissant au-dessus d'un taureau lancé au galop. A Mycènes comme à Tirynthe, l'explorateur recueillit par centaines des tessons d'une poterie peinte très particulière (fig. 35), décorée de plantes, de feuilles, d'animaux marins (algues, poulpes, et:.), cest-a-dire de motifs empruntés a la nature organique ; il n'y a rien de tel ni en Chaldée, ni en Egypte, ni dans l'Europe centrale et occidentale, où domine la décoration géométrique. 11 trouva aussi beaucoup de cachets en pierre dure sur lesquels sont gravés en creux des hommes et des animaux de formes tourmentées, dans un style éner-

Fig. 35. — Vase mycénien.

(Musée de Marseille, j

ART EGEEN, MINOEN ET MYCENlErN-

gique et précis qui rappelle celui des cylindres chaldéens, mais- qui ne ressemble nullement à l'art de l'Egypte.

En 1886, un savant grec, M. Tsountas, explora une grande tombe à Vaphio, non loin de Sparte. Elle contenait, outre des pierres gravées et d'autres objets, deux admirables gobelets en or, décores de scènes représentant la capture de taureaux sauvages (fig. 36). Ces vases sont célèbres et mentent leur renommée ; les taureaux de Vaphio sont aussi vivants, sinon aussi bien dessinés que les plus beaux produits des animaliers assyriens.

Enfin, depuis 1900, M. Arthur Evans a déblayé à Cnosse, dans l'ile de Crète, l'ancien palais où la légende grecque faisait régner le

FiG. 36. — DÉVELOPPEMENT D'UN DES GOBELETS D'OR DE VaPHIO.

(Musée d'Athènes.)

roi Minos et qu'elle appelait le Labyrinthe. Ce mot, qui désigne encore aujourd'hui un enchevêtrement confus de chemins et de couloirs, signifie originairement, suivant M. A. Evans, le Palais de la Hache", d'un vieux mot labrys, hache, appartenant à une des langues parlées sur la côte d'Asie. Or, le palais de Cnosse était bien le Palais de la Hache, car on y voit partout, gravées sur les parois, des haches à deux tranchants, qui étaient des symboles religieux, et c'était aussi un endroit où il était difficile de ne pas s'égarer, car il présente, comme les palais assyriens, un enchevêtrement très compliqué de corridors.

Ce palais était orné d'une profusion de bas-reliefs en gj'pse et de peintures. Ces dernières sont extraordinaires par leur variété et la liberté de leur style (fig. 37, 38). A côté de figures de grandeur naturelle, il y a de petites scènes composées de nombreux personnages, entre autres une réunion de femmes très parées, très décolletées, qui forment un groupe animé sur un balcon. Un profil de femme est d'un accent si moderne qu'on hésiterait, si le doute était possible, à l'attribuer au xvi'' siècle avant J.-C. (fig. 38). Il y a aussi des scènes de chasse, des paysages, une vue de ville, enfin tout un ensemble de sujets pittoresques, qui ont été une révélation pour l'histoire de l'art. Deux palais

FiG. 37. — Porteur

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