SIXIEME LEÇON PHIDIAS ET LE PARTHÉNON
DE 460 à 435 environ, Periclès fut le chef de la démocratie athénienne et le maître de toutes les ressources de l'empire athénien. Ce fut une vraie dictature de la persuasion. Avec de graves défauts, cet homme aimable avait la passion des belles choses ; c'est à son initiative qu'est due une des plus belles choses qui soient au monde, le Parthénon (fig. 57-58-59).
L'ami et le conseiller de Péricles, en tout ce qui touchait l'embellissement d'Athènes, fut le sculpteur Phidias. Entouré d'un groupe nombreux d'artistes, dont quelques-uns, comme les architectes Ictinos et Callicratès, étaient des hommes supérieurs, Phidias dirigeait et surveillait tous les travaux. Sa situation était analogue à celle de Raphaël auprès de Léon X, lors de la décoration des Slanze et des Loggie du Vatican. Pas plus que Raphaël, Phidias n'est l'auteur de tous les ouvrages qu'il inspira ; mais il y a laissé l'empreinte souveraine de son génie. La divinité tutélaire d'Athènes était Athéna
Parthénos, c'est-à-dire la Vierge ; son temple, qui était sa demeure, s'appelait le Parthénon. Il avait existé, sur l'Acropole, un vieux Parthénon en pierre, qui fut détruit par les Perses en 480.
Periclès voulut en construire un autre plus grand et plus somptueux. Pendant vingt ans, les carrières de l'Attique fournirent leurs plus
ïiîiîîf;
Fig. 58. — Vue du Parthénon.
PHIDIAS ET LE PARTHENON
beaux marbres à des milliers d'ouvriers et d'artistes. Les travaux, favorisés par une époque de paix relative, étaient achevés en 435.
Bientôt après, on commença à reconstruire en marbre le petit temple de Poséidon, d'Athéna Polias et d'Erechthée, situé au nord du Parthénon (fig. 60) ; il ne fut achevé que vers 408, vingt ans après la mort de Pénclès. Déjà la guerre du Péloponese avait appauvri Athènes et jetait un voile de deuil sur la lin du siècle.
Tous les Parisiens ayant vu la Madeleine ont une idée de l'aspect d'un temple grec. C'est essentiellement une maison rectangulaire, percée de portes, sans fenêtres, entourée de tous côtés d'une ou de plusieurs rangées de colonnes qui semblent, en soutenant la toiture, monter la garde autour de la demeure du dieu (la cella). Sur les deux petites faces du temple, le toit dessine un triangle appelé fronton, qui est parfois orné de statues. Le haut du mur de la
maison est décoré de basreliefs, qui constituent \a frise.
Qyand le temple est d'ordre dorique, comme le Parthénon, la partie supérieure de l'architrave supportée par les colonnes est composée de plaques à trois rainures verticales appelées triglyphes, alternant avec des plaques lisses ou ornées de reliefs, qui sont les métopes (fig. 59).
L'architecture grecque a employé trois ordres, c'est-à-dire trois types généraux de la construction a colonnes. Le plus ancien, auquel appartiennent le Parthénon, le temple de Zeus à Olympie, le temple d'Aphaia a Égine, les temples de la Sicile et de l'Italie méridio-
FiG. 59. — Angle du Parthéno.s.
(Dessin de Xiemann.)
(D'après Springer et Michaei.is.
Secmann, éditeur.i
FiG, 60. — Portique des Caryatides.
Erechtheion d'Athènes. (Cliché Giraudon.)
FiG. 61. — Temple de la Niké Aptère SUR l'Acropole, vue latérale.
nale (Sélinonte, Agrigente, Paestum), est appelé dorique, parce que les anciens croyaient qu'il avait été invente par les Doriens. Dans l'ordre dorique, la colonne est peu élancée et couronnée d'un chapiteau très simple, formé d'une partie évasée dite échine et d'un de nommé tailloir. Dans l'ordre ionique, dont les grands monuments sont en Asie Mineure, à Ephèse et à Priène, mais dont il y a aussi un spécimen charmant sur l'Acropole d'Athènes (fig. 61), la colonne est plus mince et couronnée d'un chapiteau qui est une sorte de coussinet à volutes.
Enfin, l'ordre corinthien, employé surtout à l'époque romaine, pendant la Renaissance et de nos jours (Madeleine, Palais Bourbon, etc.), est caractérisé par une colonne couronnée d'un chapiteau qui figure une corbeille de feuilles d'acanthe. L'ordre dorique
et l'ordre ionique dérivent ' l'un et l'autre de la con-
struction en bois. La colonne, à l'origine, est un poteau sur lequel repose une poutre ; le fût se fortifie au sommet pour supporter la poutre, par l'adjonction d'un dé ou d'un coussinet, et cet évasement est l'origine du chapiteau. Le chapiteau corinthien a été FiG.63. - Procession de jeunes Athéniennes. [^^^[^^ ^ une époque où l'art (Fragment de la frise du Parlhénon . i i- - 1
au Musée Britannique.) grec avait oublie les neces- 5o
Fig. ô2. — Gkolpe dit des Parques.
provenant du l'RONTON EST Di: PaRTHÉNON.
(Musée Hritannique.)
PHIDIAS ET LE PARTHENON
FiG. 64. — Cavaliers de la frise
DES Panathénées au Pabthénon.
iSliisée Hrilannique I (Cliché Maiisell, à Londres.)
sites de la construction en bois ; comment aurait-on songé, sans cela, à faire supporter un fardeau par un bouquet de feuilles ?
L'ordre dorique offre une apparence de solidité, de robustesse
virile, qui contraste avec l'elé- —
gance un peu grêle et féminine de l'ordre ionique. L'ordre corinthien éveille l'idée du luxe et de la splendeur.
Une des preuves les plus éclatantes du génie de la Grèce, c'est que la Renaissance et l'art moderne n'ont pas réussi à créer un nouvel ordre ; notre architecture continue à vivre sur le trésor des ordres grecs, qui se prêtent aux combinaisons les plus variées.
Ce qu'il y a de plus admirable peut-être dans le Parthénon, c'est la justesse des proportions. Le lapnort entre la hauteur des colonnes,
leur épaisseur, la hauteur
I des frontons et les autres dimensions du temple, a été fixé avec une telle rectitude que l'ensemble n'est m trop léger, ni trop lourd, que les lignes s harmonisent pour donner a la fois l'impression de l'élégance et de la force.
La perfection technique de la construction n'est pas moins étonnante. Les grands blocs de marbre, les tambours des colonnes sont reunis et ajustés à l'aide de goujons et de tenons en métal, mais sans ciment, avec des joints aussi exacts que ceux de la plus délicate pièce d'orfèvrerie. Jamais l'art moderne, qui use du ciment avec profusion, n'a pu rivaliser à cet égard avec les ouvriers d'ictinos.
Le Parthénon n'est plus qu'une ruine. Les Byzantins en avaient fait . . Si
FiG. 65. — Zecs, Apollon et Peitho.
(Fragment de la frise du Parthénon, à Athènes.)
une e
glise \ une explosion l'a éventré en 1 687 ; en 1 803, lord Elgin
l'a dépouillé de la plupart de ses sculptures, qui sont l'orgueil du Musée Britannique. Mais cette ruine est restée un chefd'œuvre et l'un des lieux de pèlerinage de l'humanité.
Un magnifique portique, les Propylées, donnait accès au Parthénon du coté de la mer ; il était orne de peintures qui ont disparu.
Le petit temple de Poséidon et d'Erechthée, au nord du Parthénon, est mieux conservé ; il est flanqué d'un portique où, en guise de colonnes, I architecte a employé des statues de femmes, que l'on appelait dans l'antiquité Car\)aticlesi parce qu'on prétenes faites prisonnières dans la
FiG. 66. — TÊTE DE Peitho.
(Frise orientale du Parthénon.Hilusèed'Alhùncs.)
dait qu'elles figuraient des jeunes ville de Car>'ae en Laconie (fig. 60). On a pu reconstruire, après 1 830, a l'aide de fragments découverts dans un bastion turc, un autre petit temple ionique, celui de la Victoire sans ailes ou aptère, qui est situé en avant des Propylées (fig. 61 ).
Les frontons du Parthénon représentaient la naissance d'Athéna et la dispute entre Athéna et Poséidon pour la possession de l'Attique (fig. 62). Sur les métopes étaient sculptés les combats des Centaures et des Lapithes. La frise avait pour sujet la procession de la principale fête de la déesse, les Panathénées, où des jeunes filles des plus nobles familles, vêtues du long chiton a plis verticaux, venaient offrir a Athéna un nouveau voile tissé pour elle. Ces jeunes filles, portant des objets divers, marchent dans un imposant cortège où figurent des matrones, des soldats, des cavaliers, des vieillards, des sacrificateurs conduisant des taureaux à Tautel ; elles
Fig. 67. — Copie réduite
DE i.'.Vthéna Parthéxos
DE Phidias.
/Sfiisée d'Athènes)
PHIDIAS ET LE PARTHENON
FiG. 68. — TÊTE DE Zeus,
STYLE DE Phidias.
(Musée Sy-Carlsberg, près Copenhctgue.)
S avancent vers un groupe représentant les dieux, au milieu de la frise orientale, qui, heureusement, est l'un des mieux conservés que nous possédions (fig. 63-66).
A l'intérieur du temple était une statue chryséléphantine, c'est-à-dire en or et en ivoire, qui représentait Athéna debout. Avec le Zeus assis, en or et en ivoire, du temple d'Olympie, c'était,
au dire des anciens,
le chef-d œuvre de
Phidias. Ces deux
statues ont disparu ;
mais nous pouvons
nous faire une idée
de l'Athéna Par-
thénos par une
petite copie en marbre découverte en 1880
Athènes, près d'une école
moderne appelée Varoal^eion
(flg. 67). Pour le Zeus, nous
n'avons pas de copies, mais
il est probable qu'une belle
tête en marbre de la collection Jacobsen à Ny-Carlsberg
(Danemark) reproduit assez
exactement la majestueuse physionomie du dieu (fig. 68). Une autre Athena de Phidias, colosse en bronze de 9 mètres de haut, était placée devant le Parthénon, au nordouest. On l'appelait l'Athéna Promachos, c'està-dire gardienne ou sentinelle. Je crois en avoir découvert une petite copie de beau style dans une statuette aujourd'hui a Boston ; elle provient des environs de Coblence, où était stationnée, sous l'empire romain, une légion surnommée Minervia (fig. 69).
Enfin M. Furtwaengler, en combinant une tête de Bologne avec un torse de Dresde, a
Fig. 6g.
Statuette d" Athéna
Promachos.
iMiisée de ISostoit.l
Fig. 70. — Copie d'une Athéna
ATTRIBUÉE A PhIDIAS.
(Musée de Dresde, la tête à Bologne.) (D"aprés Furtwaengler, Meisteriverke. Giesecke et Devrient, éditeurs.;