‹ ApolloChapitre 16 sur 100 · PROVENANT DU FRONTON EST · texte numérisé non relu

PROVENANT DU FRONTON EST

DU Parthénon.

(Collection de Laborde à Paris.)

(Cliché Giraudon.)

APOLIO

réussi à restituer une admirable statue, copie en marbre d'un original de bronze, qu'il considéra, non sans trouver des contradicteurs, comme une Athéna de Phidias, celle que le maître avait sculptée a la demande des colons athéniens de nie de Lemnos (fig. 70).

Pour les sculptures du Parthénon, les auteurs ne nous disent pas expressément qu'elles soient de Phidias ; mais il est certain qu'elles ont été exécutées sous sa direction. On ne peut se faire une idée de cette série de chefs-d'œuvre sans en étudier les moulages au Louvre ou à l'Ecole des Beaux-Arts ; qu'il me suffise de vous montrer le groupe imposant des trois déesses, dites les trois Parques, appartenant au fronton oriental, dont les draperies sont d'une beauté inexprimable, et quelques autres fragments de la frise des Panathénées, désespoir de tous les artistes qui ont voulu en imiter la noble ordonnance, la majesté sans emphase et l'inépuisable variété (fig. 62-66).

Une tête d'Artemis, provenant du fronton est du Parthénon, appartient au marquis de Laborde à Paris (fig. 71). Vous en remarquerez les formes puissantes, l'ovale robuste et un peu carré du visage. Cette tête présente deux caractères qui se retrouvent dans toutes celles de même provenance :

la distance très faible entre la paupière et le sourcil, la vigoureuse saillie du bourrelet des paupières.

Ce sont encore des souvenirs du style archaïque. L'impression dominante est celle d'une force sereine et sûre d'elle-même, qui se dégage de tout l'art de Phidias

Fig. 72. — TÊTE d'une statue d'Apollon

PEUT-ÊTRE d'après PhIDIAS.

(,\/i<sée des Thermes, à Rome.)

PHIDIAS ET LE PARTHENON

(cf. fig. 72). Mais il y a autre chose,

dans la nature humaine, que la beauté

sereine et forte ; il y a l'enthousiasme,

la rêverie, la passion, la souffrance

aiguë ou discrète. Voilà ce qui restait a

exprimer en marbre après Phidias ; nous

verrons comment ses successeurs y ont

réussi.

Je ne puis quitter Phidias, dont les

élèves (Agoracnte, Alcamène) travaillèrent jusque dans les premières années du

IV' siècle, sans vous parler du chef-d'œuvre du Louvre, la statue découverte en

1820 dans rae de Milo (fig. 73 et 74).

Alors que la majorité des archéologues

d'aujourd'hui la placent vers l'an 100

avant J.-C, je suis convaincu qu'elle est

de deux siècles et demi plus ancienne ;

je crois même qu'elle ne représente pas

Vénus, mais la déesse de la mer, Amphi-

trite, tenant un trident du bras gauche

étendu, et qu'elle est un chef-d'oeuvre à

la vérité postérieur à Phidias, mais encore tout imprègne de son esprit. On retrouve en elle tout ce qui fait le génie de Phidias, et l'on n'y trouve rien de ce qui lui est étranger. La Vénus de Milo n'est m élégante, m rêveuse, ni passionnée ; elle est forte et sereine. Sa beauté est faite de noble simplicité et de dignité calme, comme celle du Parthénon et de ses sculptures. N'est-ce pas pour cette raison qu'elle est devenue et restée si populaire, malgré le

mystère de son attitude tant TÊTE DE l'Aphrodite DE MÉLOS, j. ^ ^ r\ - ■ .•

,,.. ., ^, discutée .■' Ues générations trou-

( Venus de Milo.) * • i i

(Musée du Louvre.) blées et fiévreuses y voient la plus

FiQ.. jS. — Aphrodite de Mélos

(VÉNUS DE Milo).

(Muséedu Lauvre.) (Cliché Ghaudon.)

Fig. 74.

haute expression de la qualité qui leur manque le plus, de cette sérénité qui n'est pas l'indifférence apathique, mais la santé du corps et celle de l'esprit.

BIBLIOGRAPHIE. — M. Colllgnon. Histoire Je la Sculpture grecque, t. I et II. P.. 1892, 1897: Le Parthénon. P., 1912 (phot. de toutes les sculptures); Fougères, Alhcnes. P.. 1912; G. Perrol et Ch. Chipiez, Histoire Je l Art. t. Vil, P.. 1898 (ordres grecs, éle'ments d'architectur ) ; R. K.ekulé, Die griech. bhulptur. B.. 1907 : A. Choisy. Histoire de l'Architecture, t. 1, P., 1899; F. Benoît, L'Architecture, t. 1, P., 1911 ; H. Lechat, Le Temple grec. l\. 1902; Fougères et Hulot. Sélinonte. P.. 1909 ; A. Furtwaengler Maslerpieces of Greek Sculpture, L,, 1895; A. Michaelis, Der Parlhenon. Lp.. 1870-1871 (avec un vol. de planches); A. Michaelit et A. Springer, HanJhuch der Kunstgeschichle. 9'" éd., t. 1, Lp., 1909; H. Lechat. Phidias et la Sculpture du V'' siècle. P., 1906 ; Bruno Sauer, Der Laborde'sche Kopf. Giessen, 1903 ; Dos sogenanrtte Theseion. Lp., 1899 ; S. Reinach. Répertoire de la Statuaire. P.. 1897-1910 ; Répertoire des reliefs. P.. 1909-12; Tètes antiques. P.. 1903; W. Deonna, L'Archéologie et ses méthodes. P., 191 1-12. — Sur les controverses pendantes au sujet de la Vénus de Milo. voir, en dernier lieu, la Reçue archéologique, 1906, 1, p. 19,9, où l'on trouvera toute la bibliographie récente du sujet : sur la date de la statue, voir Reçue des Ltudes grecques. 1908, p. 13 sq

Articles signalés : H. Lechat, L'.Acropole d'Athènes {Gazette. 1892, II, p 89) ; E. Michon, Tête d'athlète (de Bénécent) au Loucre (Monuments Piot. t. I, p. 77); E. Pottier, La tête au cécrt/phale (Bullet. de corresp. hellénique, t. XX, 1896, p. 4-43 ; étude sur le type fénninin de Phidias) ; S. Reinach, Têtes de l'école de Phidias (Gazelle. j902, II, p. 449) ; Le blessé défaillant de C ésilas (ihid., 1905, I, p. 193); Eug. Strong, La Icte Humphry Word au Loucre (Gazette. 1909. I, p. 52); Amelung, Die Alhena des Phidias (Oesterreichische Jahreshefte, 1908, p. 169 ; essai de réfutation de l'hypothèse de Furtv^aengler sur l'Athéna Lemnia).

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