SEPTIEME LEÇON PRAXITÈLE. SCOPAS, LYSIPPE
LA guerre du Péloponese, engagée par Péricles en 432, se termina, en 404, par la défaite et la prise d'Athènes. Ces désastres furent suivis d'une réaction politique et religieuse dont Socrate, en 399, fut la plus illustre victime. Cependant Athènes, bien que vaincue et humiliée par Sparte, ne cessa pas un instant d'être la capitale intellectuelle de l'hellénisme ; on peut même assurer qu'au IV'^^ siècle sa royauté s'affermit et s'étendit encore. Mais son tempérament, mûri par de cruelles épreuves, avait changé. D'autre part, l'école philosophique fondée par Socrate et continuée par Platon portait ses fruits ; elle enseignait la réflexion, le retour sur soi-même, accroissait la profondeur et la subtilité de la pensée. A l'art serein du V'^ siècle succéda un art méditatif, dont Praxitèle et Scopas furent les plus célèbres représentants.
FiG. -jb.
EiRÉNÉ ET PlOCTOS.
(Copie d'il n groupe
de Céphisodote.) (Mtisée de Munich )
FiG. 76.
Hermès de Praxitèle.
{Musée d'Olympie.)
Le maître de Praxitèle, Céphisodote, nous est connu par une statue de la Paix, £^/réne, portant l'enfant Ploutos (la Richesse), dont il existe une bonne copie antique a Munich (fig. 75). La déesse incline sa tête rêveuse vers le jeune enfant, avec un air de sollicitude attendrie. Par ses proportions et les caractères de la draperie, ce groupe relève encore de l'école de Phidias ; mais le sentiment qui 1 inspire est déjà celui de Praxitèle. UEiréné date probablement de 380 avant J.-C.
Nous possédons de Praxitèle, né vers 385, une oeuvre originale qui a été retrouvée en 1877 dans le temple de Héra à Olympie, au heu même où elle avait été signalée par Pausanias. C'est un groupe représentant Hermès portant le jeune enfant Dionysos, que
FiG. 77. — TÈTE DE l'HerMi" S
DE Praxitèle.
(Musée d'Olympie.)
Zeus avait confié à ses soins (hg. 76, 77). L'analogie de la conception avec celle du groupe de Céphisodote a été remarquée depuis longtemps.
Mais l'Hermès est plus détache que l'Eiréne de la tradition de Phidias.
On y trouve une grâce sinueuse, presque féminine, une intensité de vie spirituelle qui est un phénomène nouveau dans l'art. Le travail est d une beauté dont ne donnent idée ni les photographies ni les moulages.
, Si l'on considère plus attentivement la >«ribj tête, on y remarque deux caractères qui la distinguent de toutes celles du V siècle : d'abord les cheveux, traités avec une liberté pittoresque et le parti pris d'en faire contraster la surface rugueuse avec le poli des chairs ; puis le front saillant et l'œil enfoncé dans son orbite, qui sont les indices matériels de la réflexion. De nombreuses copies de l'époque romaine nous ont conservé, du moins dans leurs traits généraux, d'autres œuvres de Praxitèle : un Silène (fig. 78), un Satyre, deux Eros, peut - être une Artémis (fig. 79), un Zeus, deux Dionysos et un Apollon. La plus fameuse dans l'antiquité était une image d'Aphrodite nue sur le point d'entrer dans la mer, qu'on admira longtemps dans le temple de la déesse, à Cnide.
Malheureusement, les copies qui nous en restent sont assez médiocres (fig. 80) ; mais Lord Leconfield possède à Londres une tête d'Aphrodite qui, par la merveilleuse souplesse du travail et la suavité exquise de l'expression, peut être considérée comme très voisine d'un original du grand artiste athénien (fig. 81).
Nous y voyons nettement accusés
Fig. 78. — Silène ei Ijionvsos enfant.
(l'artie supérieure d'un groupe
du Louvre, peutûlre d\Tprés Praxitèle.)
PRAXITELE. SCOPAS, LYSIPPE
les caractères du type fémmm tel que l'a conçu ce noble et charmant génie. De ronde qu'elle était, la forme du visage est devenue ovale ; les yeux, au heu d'être grands ouverts, sont demi-clos, avec cette expression particulière que les anciens qualifiaient d' humide ' ; les sourcils sont peu accusés et l'atténuation des paupières inférieures est telle qu'elles se fondent, par des gradations insensibles, avec les plans voisins. Les cheveux, comme ceux de l'Hermès, sont modèles librement ; enfin l'ensemble atteste une préoccupation du clairobscur, des jeux adoucis de l'ombre et de la lumière, qui exclut tout reste de dureté et toute sécheresse. En cela se manifeste 1 influence de la peinture sur la sculpture. La grande peinture attique nous est complètement inconnue ; mais comme les anciens en ont loue les produits à légal de ceux de la sculpture, il est a croire qu'elle avait créé de vrais chefs-d'œuvre. Alors que le peintre le plus vanté du V' siècle, Poly-
gnote, avait
FiG. 79. — Arté.mis
DITE Diane de Gabies.
(l'eul-élre d'après Praxitèle.)
(Musée du Louvre.)