F1G.80. — TÈTE DCNE COPIE ANCIENNE
DE l'Aphrodite de Cnide
-^ PAR Praxitèle.
(Vatican.) (Cliché Alinari.)
été moins coloriste que dessinateur, ceux du 1\'' siècle, Parrhasios,Zeuxis, Apelle, furent surtout des coloristes.
Si nous avions conservé leurs tableaux, nous les trouverions peut-être plus voisins de Correge que de Mcmtegna ou de Bellini. La suavité d'une tête comme l'Aphrodite de Lord Leconfield fait songer, en effet, à Correge ; on y admire cette qualité éminemment picturale que les critiques italiens appellent le sfumato, la dégradation vaporeuse des teintes, le fondu.
11 nous reste de la main de Scopas quelques têtes provenant des frontons du temple de Tegée (vers 360). L'étude de ces fragments a
FiG. 8i. — TÈTE d'Aphrodite.
(Collection de Lord Leconfield,à Londres.)
permis de reconnaître le même style dans un bon nombre de marbres romains, copies d œuvres de Scopas. On peut s'en faire une idée par
deux tètes représentant lune un guerrier des frontons de Tégée, l'autre un Héraclès imberbe (fig. 82). L'ovale est moins prononcé que dans Praxitèle, mais les yeux sont plus enfoncés et le sourcil forme un puissant bourrelet qui dessine au-dessus des yeux comme un arc d'ombre. Ce caractère, joint à l'ondulation très accusée des lèvres, donne aux tètes de Scopas une expression passionnée et presque douloureuse ; on y sent comme l'intensité d'un désir combattu, l'angoisse d'une aspiration inassouvie.
Telle est l'originalité de Scopas.
Praxitèle a su rendre dans le marbre la rêverie langoureuse ; Scopas, le premier, y a exprimé la passion.
Le troisième grand artiste du iv siècle, Lysippe, était plus jeune que les deux précédents ; il fut le sculpteur attitré d'Alexandre le Grand et travailla surtout le bronze, alors que Praxitèle et Scopas étaient plutôt des marbriers que des bronziers. Lysippe naquit à Sicyone, ville du Péloponèse ; il prétendait n'avoir eu d'autres maîtres que la nature et le Doryphore de Polyclete, cette figure d'athlète que l'on avait appelée le canon. Polyclete, je l'ai déjà dit, était d'Argos. Ainsi l'art de Lysippe se présente comme une réaction donenne contre l'art attique, qui faisait une part croissante au sentiment et
pouvait sembler doucereux et sensuel. Lysippe modifia le canon de Polyclete, c'est-à-dire la tradition classique du V siècle, par une tendance plus marquée vers l'élégance, donnant au corps près de huit fois
Fig. 82. — TÊTES de l'école de Scopas. (A Athènes et à Florence.)
PRAXITELE. SCOPAS. LYSIPPE
la longueur de la télé (au lieu de sept), faisant •
saillir les articulations et jouer les muscles aux dépens de l'enveloppe charnue. Ses têtes n'expriment ni la rêverie ni la passion ; elles se contentent d'être nerveuses et fines. Nous avons conservé au Vatican une bonne copie de sa meilleure statue d'athlète, \ Apoxyomène, qui se frotte le bras avec un strigile pour enlever l'huile et la poussière de la palestre (ftg. 83, 84). Il est probable que le fameux Lutteur Borghèse du Louvre,
FiG. 84. — TÈTE
DE l'Apoxyomène de Lvsippe. ze de Lysippe.
(Musée du Wilictiii.) C C 1 ■
iinnn, plusieurs images d'Héraclès et d'Alexandre dérivent d'originaux du même artiste. On lui doit aussi quelques belles statues de femmes, dont nous possédons de nombreuses répliques, entre autres la Vénus dite de Médicis à Florence (fig. 85a) et une figure drapée découverte à Herculanum (fig. 86, 87). Ce type de femme, dont la tête offre des analogies avec celle de l'Apoxyomène, est une des plus belles créations de l'art antique ; elle est drapée avec tant de simplicité et de noblesse qu'on n'a cessé de
guerrier grec ou athlète, reproduit un original en bronze de Lysippe ; le signataire de cette belle académie un peu froide, Agasias d'Ephèse, n'est manifestement que le copiste (fig. 85). Une statue de l'athlète Agias, découverte a Delphes, dont on peut voir le moulage au Louvre, serait la copie libre d'unbron-
FiG. 83. — Copie DE l'Apoxyomène
DE Lysippe.
(Musée du Vatican.)
(Cliché Anderson.)
DIT LUTTETR BoF<i,llKSE.
^\/i(sée du Louvre.)
FiG. 83 a. — Vénls