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PREMIÈRE LEÇOX LES ORIGINES DE L'ART

EST-IL possible, en vingt-cinq leçons, de donner une idée de l'évolution des arts plastiques, c'est-à-dire des arts dont les productions peuvent être représentées par le dessin — l'architecture, la sculpture, la peinture ? Je n'en sais rien, car je n'ai pas encore essaye. Ceux qui suivront ce cours jusqu'au bout repondront pour moi quand je l'aurai termine.

L'industrie humaine est fille du besoin. Dès les origines de l'humanité, l'homme dut se façonner des outils, des armes, des vêtements, s'assurer des abris contre les intempéries et contre les bêtes fauves. Il fut industrieux par nécessite, en attendant de devenir artiste par goût.

L'œuvre d'art diffère, par un caractère essentiel, des produits de l'activité humaine qui répondent aux exigences immédiates de la vie. Regardons un palais, une statue, un tableau. Le palais pourrait n'être qu'une grande maison et cependant offrir un abri tout aussi sur : ici, le caractère d'art est surajouté a celui d'utilite. Dans une statue, dans un tableau, l'utilité n'est plus apparente : le caractère d'art est isolé.

Cet élément t:.nt6t surajoute, tantôt isolé, est lui-même un produit de l'activité humaine, mais d'une activité particulièrement libre et désintéressée, qui a pour but non de satisfaire une nécessité immédiate, mais d'éveiller un sentiment, une émotion vive — l'admiration, le plaisir, la curiosité, parfois la terreur.

L'art, à quelque degré qu'il se manifeste, se montre a nous sous le double aspect d'un luxe et d'un jeu.

Aj'ant pour objet d'eveiller un sentiment chez autrui, l'art est, au premier chef, un phénomène social. On fabrique un outil pour s'en servir soi-même, mais on le décore pour plaire a ses semblables ou pour provoquer leur approbation.

Aucune société, si rudimentaire qu'elle fût, n'a ignore l'art ; il est en germe dans les tatouages bizarres dont le sauvage couvre son corps, comme dans lefîort qu'il fait pour donner une forme agréable à sa hache ou a son couteau.

L'étude de l'art primitif peut se poursuivre de deux manières : par {observation des sauvages actuels, ou par celle des vestiges qu'ont laissés, enfouis dans le sol, les sauvages des époques les plus reculées. 11 est intéressant de constater que ces deux méthodes conduisent a peu près aux mêmes résultats. L'art se manifeste d'abord par le goût de la S3miétrie, qui est analogue au rythme de la poésie et de la musique, et par celui de la couleur, non point disposée pour former des images, mais appliquée ou étalée pour le plaisir des yeux. Puis il se complait à tracer des ornements, composés de lignes droites ou courbes, parallèles ou brisées. Ensuite l'homme s'essaie à reproduire la figure des animaux qui l'entourent, en ronde-bosse, d'abord, puis par le relief et le dessin; enfin il affronte, mais timidement, l'imitation de la figure humaine et celle des végétaux. Cette évolution peut être vérifiée par l'étude des enfants qui offrent, dans nos sociétés civilisées, l'image de la sauvagerie primitive. L'enfant aime successivement la symétrie, la couleur, la juxtaposition et 1 enchevêtrement des lignes ; quand il commence a dessiner, il griffonne d abord des silhouettes d'animaux, qui l'intéressent beaucoup plus que ses semblables ; c'est seulement plus tard qu'il dessine des hommes et des végétaux.

Une science née au XIX' siècle, l'archéologie préhistorique, nous a révélé les œuvres de 1 industrie humaine a une époque prodigieusement reculée, antérieure de longs siècles aux pyramides de l'Egypte et aux palais des rois babyloniens.

Cette époque est celle que les géologues ont appelée quaternaire, parce qu'elle est la dernière des quatre grandes époques géologiques.

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