iG. 91. — NiKÉ {Victoire) DE Samothrace
FiG. 02. — DÉMÉTER DE CNinE.
(Musée Britannique.)
des contorsions douloureuses de Laocoon (fig. 99). L'enfant, pressée contre sa mère, est une admirable mvention de l'art. Sa tunique transparente, plaquée sur son jeune corps et ondulée de mille petits plis, témoigne de 1 influence de la peinture sur la sculpture. Nous retrouverons dans la Victoire de Samothrace une tunique diaphane et plissée de même. C'est encore a la Victoire de Samothrace que fait songer une autre belle figure du groupe des Niobides, connue par une excellente copie du Vatican : cette fois, l'analogie se révèle surtout dans le mouvement et dans le jet pittoresque de la draperie.
La Victoire de Samothrace, que le Louvre a le bonheur de posséder, aurait été sculptée, sonnant delà trompe sur l'avant d'une galère, pour commémorer une victoire navale, remportée en 306, dans les eaux de Chypre, par Démetrius Poliorcète, sur la flotte de Ptolemee (fig. 91 ). Cette date précise est aujourd'hui contestée ; mais elle paraît exacte a cinquante ans près. Deux influences dommaient alors dans la sculpture grecque, celle de Lysippe et celle de l'école de Scopas ; c'est de cette dernière que relevé la Victoire. Par 1 élan invincible et l'énergie conquérante, par le frémissement de la vie ajoute au marbre, par l'heureux contraste entre l'envolée tumultueuse du manteau et l'adhérence de la tunque sur le ventre et sur les cuisses, cette statue est la plus belle expression du mouvement qui nous soit restée de l'art antique. Le sculpteur n'y a pas mis seulement la force musculaire, la triomphale élégance, mais l'intensité de la brise de mer, de cette brise que .Sully- Prudhomme a fait paisser dans un vers ailé comme elle :
Un peu du grand zéphir qui
souffle à Salamine....
Fig. 93. — Stèle funéraire.
d'IIégéso.
iMusic d' Athènes. JiCliché Giraudon I
FiG. 94. — Fragment
d"une stèle funéraire attiqve.
(Musée d'Alliènes )
1 PRAXITELE. SCOPAS. LYSIPPE
Une statue de grandeur naturelle, représentant Déméter assise, en deuil de sa fille Perséphone enlevée par Pluton, a été découverte par Newton à Cnide et se trouve au Musée Britannique (fig. 92).
C est une œuvre des environs de l'an 340 avant J.-C, où se révèle la double influence de Praxitèle et de Scopas. On l'a souvent rapprochée des images de la Mère douloureuse. Mater dolorosa, que l'art de la Renaissance a multipliées. Mais, à y regarder de près, les différences sont plus profondes que les analogies. La douleur de la mère païenne est contenue et tout intérieure ; elle s'affirme et s'exhale moins qu'elle ne se laisse deviner.
Nous verrons que les anciens, après le IV'' siècle, n'ont pas reculé devant l'expression réaliste de la souffrance
physique la plus intense ; mais ils n'ont montré la douleur morale que discrète et atténuée. Une image comme celle de la Mater dolorosa de Rogier van der Weyden est étrangère au génie de l'antiquité.
Ce caractère de tristesse discrète fait le charme de tant de stèles funéraires, œuvres d'artistes anonymes, qui sont parmi les produits les plus délicats et les plus purs de l'art attique au iv siècle (fig. 93-95). Les regrets des survivants y sont marques avec tant de réserve qu'on a pu parfois se méprendre sur leur signification et croire qu'elles représentaient plutôt les morts réunis aux membres de leur famille dans le séjour élyséen des bienheureux. L'expression
Fig. 95. — Fragment
d'une stèle funéraire attiqle.
(Musée d'Athènes.)
du désespoir ne s'y rencontre jamais ; les gestes, comme les physionomies, sont placides ; seule, une légère inclinaison des têtes révèle la pensée intime du sculpteur. Un des plus beaux exemples que l'on puisse citer de ces monuments est la stèle athénienne où parait une morte assise, tirant un bijou d une petite cassette que lui présente sa servante (fig. 93). C'est toujours l'image de la défunte dans une des occupations familières de sa vie terrestre ; il n'y faut point chercher de sens mystique, ni la promesse d'une vie heureuse d'outre-tombe. Avec quelle subtilité vraiment attique est tissé le voile de tristesse répandu sur ces touchantes figures! Combien est noble ce deuil sans larmes qui se dissimule avec une sorte de pudeur et, sur une tombe fermée de la veille, rappelle le sourire de la charmante envolée ! Nous avons bien des moyens, heureusement pour nous, de pénétrer dans l'intimité de l'esprit attique. Nous pouvons lire Euripide et Platon, Xénophon et Isocrate, les fragments de Menandre, regarder des centaines de rtatues et de vases peints. Mais rien, pas même les plus belles pages de Platon, ne peut nous rendre cette antiquité si familière, nous en faire sentir aussi profondément le goût épure et la grâce toute de nuances, qu'une promenade a travers le Céramique d'Athènes, le quartier des tombes, où l'on respire au printemps, parmi les senteurs du thym et de la menthe, celle de cette fleur unique et immortelle du génie humain, l'atticisme.
BIBLIOGRAPHIE. — M. CoUignon. Histoire Je la ScuJplare grecque, t. II. P.. 1897 (détails fur le Mausolée d'Halicarnasse. les Niobides, etc.) ; Statues funéraires. P.. 1911 ; E. Gardner et S. Reinach. Oucrages cités, p. 55 : Klein. Praxiteles. Lp . 1898 : Praxitelische Studien. Lp.. 1899: G. Perrot. Praxitèle. P.. 1905 : B. Graef. Roemische Millheilur,gen. t. IV (1889). p. 189 (sur Scopas) ; G. Mendel. Fouilles de Tégée (Bull, de corr hellénique. 1901 . p. 241) ; Th. Homolle. Lysippe et l'ex-voto de Daochos (à Delphes. Bulletin. 1899. p 421): M. Collignon. Lysippe. P.. 1905: W. Hvde. Lysippus (American Journal. 1907. p. 39ô) : S. Reinach. S'rongylion (Reçue archéol.. 1904. I. p. 28) : Le Type éminin de Lynppe (ibid. 1900: 11. p. 380; sur l'Herculanaise de Dresde) ; A. Mahler. La Vénus de Médicis (C. R de l'Acad.. 1905. p. 623) ; O. Ravet. Monuments de l'Art antique, t. II. pi. 64 (le Lutteur Borçhèse) : C. B. Stark. Niobe und die .\iohiden. Lp.. 1863: A. Furtwaengler. Masterpieces. L . 18')5 (analysé Revue critique. 18*54. I. p. '^7) ; A. Furtwaengler et H.L. L'rlichs. Denkmaeler griechiscber und Toemisc'ner Sbulptur. 2' e'd.. M.. 1904: P. Gardner, Sculptured tombs of Hellas. L.. 1896. — Influence de la peinture : P. Girard. La Peinture antique. P., s. d; A. Michaelis, Von griechischer Malerei (.Deutsche Reçue, 1903. p. 210).