Ruines de la basilique DE Constantin a Rome
de la ressemblance individuelle, le dédain de tout ce qui est abstrait et typique témoignent d'un goût qui n'a rien d'hellénique, d'un goût
du terroir.
Ce que nous appelons l'art romain n'est pas seulement, comme on le répète, l'art hellénistique importé ou copié en Italie. Assurément, l'imitation des œuvres de la Grèce a tenu une grande place dans l'art romain. Des le 111' siècle avant J.-C, les victoires de ses généraux enrichirent Rome d'une foule de chefs-d'œuvre grecs provenant de la Sicile et de l'Italie méridionale ; plus tard, après 1 50, commença le pillage méthodique de la Grèce et de l'Asie Mineure, tant par les chefs d'armées et les gouverneurs que par des particuliers influents. D'autre part, la
richesse de Rome y attira des artistes ^ 1
grecs qui trouvèrent des clients pour des imitations ou des copies d'œuvres classiques ; les maisons, les villas, les jardins des Romains opulents, comme Lucullus el Crassus, étaient de véritables musées. Ce goût pour l'art devint encore plus général sous l'Empire. Tout le monde sait qu'une éruption du Vésuve ensevelit, en 79 après J.-C, Pompéi et Herculanum, et que, depuis 1753, on a déblayé près de la moitié de Pompéi ; or, cette ville de troisième ordre a déjà fourni plus de peintures, de statues et de statuettes que l'on n'en trouverait aujourd'hui dans la plupart de nos préfectures.
Toutefois, l'invasion de l'Italie par l'art grec n'empêcha pas veloppement parallèle d'un art romain, qui semble, à certains égards, la continuation de l'art indigène en Italie plutôt qu'une forme dégénérée de l'art hellénique.
FiG. 125. — Arc de Titus a Rome.
le dé-
L'ART ETRUSQUE ET LART ROMAIN
L'architecture romaine a couvert le monde de grands monuments, temples, thermes, théâtres, amphithéâtres ou arènes, arcs de triomphe,
colonnes, témoins élo-
quents de la grandeur de l'Empire et de sa prospérité. Les temples et les théâtres sont mspirés de modèles grecs (fig. 1 22) ; mais les arènes, comme le Colisée à Rome, sont des nouveautés dans l'histoire de l'art (fig. 1 23) et les arcs de triomphe paraissent avoir eu leurs prototypes dans les portes des villes étrusques plutôt que dans les monuments commémoratifs du monde hellénique. Les Romains, à l'exemple des Grecs, ont employé la platebande ; mais ils ont aussi construit de grandes voûtes, des dômes
Fig. 126. — Vue de l'aqueduc romain
DIT LE « Pont du Gard ».
(Cliché Xeiirdein.)
FiG. 127. — Intérieur
du petit te.mple de Bai.beck.
(Syrie.)
Fig. 128. — La lionne et ses petits.
(Bas-relief au Musée de Menue.)
(WicKHOFF, Wiener Ge/ies/i, Tcmpsky.tdileur.)
comme celui du Panthéon de Rome, dont il n'y a pas d'exemple dans
l'architecture grecque classique. Nous avons vu que ces dômes n'étaient
FiG. 129. — Scène de sacrifice. Fragment de l"autel DE i.A Paix dédié a Ro.me
sons Auguste.
(WiCKiioFF. Wiener Genesis,
Tempsky, éditeur.)
pas inconnus des Assyriens ; il est probable que les Etrusques en avaient reçu U formule de l'Orient et qu'ils 1 ont transmise aux Romains.
On sait depuis quelques années que la voûte du Panthéon de Rome a été édifiée non sous Auguste, mais sous Hadrien (117- 1 38). C'est une date importante dans l'histoire de l'art, car elle marque l'avènement définitif d'un mode de construction dont le développement devait produire l'architecture byzantine, l'architecture romane et, dans une certaine mesure, l'architecture gothique.
Depuis le I ' siècle après J.-C. jusqu'à l'achèvement de Saint- Pierre de Rome, au XVI' siècle, le problème de la voûte n'a cessé de préoccuper les architectes, et les diverses solutions qu'ils en ont données ont puissamment influé sur la succession des styles.
L'architecture voûtée est si bien romaine qu'elle continue à se développer alors que la statuaire ne produit plus que des œuvres médiocres. La basilique de Constantin, édifiée après 305, avec se; trois voûtes colossales, dont l'une, celle du milieu, avciit 25 mètres d'ouverture et 35 mètres de haut, marque un grand progrès sur les constructions antérieures (fig. 1 24) ; elle servit de modèle aux architectes de la Renaissance. Bramante, quand il conçut le plan de Saint-Pierre, voulait, disait-il, ' élever le Panthéon sur la basilique de Constantin ". Parmi les arcs de triomphe, celui de Titus, qui commémore la ruine de Jérusalem (70 après J.-C), et celui de Bénévent, construit sous Trajan, se recommandent par une réelle beauté
rio. li~j. — .XUGISTE JEUNt
(Musée du Vatican.)
(WiCKiioFP, Wiener Genesis.
Tempsky. éditeur.)
FiG. i3i. — Bas-relief de l'arc de Titus. Triomphe de l'empereur.
L'ART ETRUSQUE ET L'ART ROMAIN
d'exécution (fig. 1 25) ; les autres doivent surtout occuper les archéologues. On peut en dire autant des immenses travaux d'utilité publique, aqueducs (fig. 126), ponts, barrages, égouts, que Rome a dissémmés à la surface de l'Empire ; il suffit ici de les mentionner en passant. Un caractère de l'architecture à l'époque romaine, qui la rapproche de celle de l'Assyrie et de l'Egypte, est la recherche du colossal, dont les temples de Balbeck et de Palmyre en Syrie sont des exemples (fig. 1 27). Ces temples, imités de modèles grecs, nous étonnent par leur grandeur ; la décoration en est aussi négligée que surabondante. Mais cette surabondance, bien qu'elle choque notre goût, n'est pas dépourvue d'originalité ; c'est en Syrie surtout que s'élabora, semble-t-il, un nouveau style, d'où devait sortir l'art décoratif byzantin.
Les sculpteurs de Pergame et de Rhodes avaient abusé du pathétique. Vers l'an 100 avant notre ère, une réaction se produisit, dont les centres furent Athènes et Alexandrie : on en revint aux modèles du V et du W siècle ; on imita même des œuvres archaïques ; on représenta, dans les bas-reliefs et les peintures, des scènes gracieuses et parfois idylliques (fig. 1 28). Cette tendance prévalait à l'époque d Auguste ; on en trouve la marque dans les beaux fragments de l'autel
de la Paix (13 avant J.-C), d'un travail minutieux, qui rappelle celui de la ciselure (fig. 129), et même dans les portraits du temps d'Auguste, par exemple dans la charmante tête d'Octave jeune au Vatican, froide et distinguée comme un buste de Canova (fig. 1 30). A partir de Claude, ce style élégant et un peu timide s'effaça devant un art beaucoup plus dégagé
Fig. i32. — Bas-relief de l'arc de Titus.
Les dépouilles du temple de Jérusale.m
portées en triomphe.
FiG. i33. — Prisonnier dace conduit aTrajan. Bas-relief de la colonne Trajane a Rome.
de la tradition classique, art mouvementé, parfois dramatique, duquel relèvent les bas-reliefs de l'arc de Titus (fig. 131,1 32) et ceux de la colonne dressée par Trajan sur son Forum en 113, représentant les campagnes des Romains contre les Daces (fig. 1 33). A côté de ces basreliefs historiques, on en possède d'autres d'un caractère plus décoratif, où les feuilles, les fleurs et les fruits sont figurés d'une manière réaliste, où l'ornement végétal paraît dégagé des conventions qui le régissent dans l'art grec classique, domaine de la palmette et de la feuille d'acanthe stylisées (fig. 134). Cette école pittoresque et expressive sut aussi s'émanciper des vieilles formules dans la représentation des animaux (fîg. 1 35). On constate dès l'époque alexandrine, mais en petit nombre, des signes précurseurs de ce retour vers le naturalisme. Il fut d'ailleurs de courte durée. Pour trouver des exemples nouveaux d'une décoration florale empruntée directement a la nature, l'histoire de l'art doit franchir dix siècles et descendre jusqu'à l'architecture gothique !
Après Trajan, mort en 117, commence une nouvelle réaction attique et archaïsante qui se manifesta surtout, sous Hadrien, par l'exécution d'un très grand nombre de copies de sculptures classiques et par la création du type idéal d'Antinoùs, le favori d'Hadrien, tout inspiré des traditions du V" et du IV' siècle avant J.-C. Les nombreuses statues qui furent élevées en l'honneur d'Antinous, après sa mort prématurée et mystérieuse, sont de froides imitations d'œuvres grecques et n'ont rien de commun avec le réalisme du portrait romain (fig. 1 36, 137).
Fig. 134. — Pilastre DU monument
DES HatERII.
(Musée du Lalran
à Rome.)
(WicKiioFF, Wiener
(jenesis. Tempsky,
éditeur.)
L'ART ÉTRUSQUE ET L'ART ROMAIN
FiG. i35. — Aigle. Bas-belief encastré
DANS l"église des Saints- Apôtres a Rome.
WicEHOFF. Wiener Genesis. Tcmpsky. éditeur.)
Péissé le milieu du II' siècle, la sculpture romaine dégénéra en Italie. S'il y a encore quelques beaux bustes récJistes d'empereurs, comme ceux de Caracalla et de Gordien, 1 art plastique subit de plus en plus l'influence des écoles qui s'étaient développées en Asie Mineure et en Syrie. Dans ces pays très riches, qui ne furent jamais romains que de nom, florissait une sorte d'art hellénistique onentalisé, accessible aux influences de la Perse des Sassanides ; c est de cet art, encore imparfaitement connu, qu'est sorti, en partie du moins, l'art byzantin.
En dehors des bas-reliefs historiques, dont l'arc de Titus et les édifices de Trajan offrent les plus beaux exemples, la sculpture de l'époque impériale a produit une multitude d'excellents portraits, étudiés d'après nature et représentant un caractère frappant d'individualité. Ces portraits réalistes ne se rattachent pas seulement a l'art hellénistique ; ils marquent comme un retour aux traditions du viel art italien. 11 est
intéressant de comparer, à cet égard, un portrait d'Auguste, oeuvre d'un atelier grec de Rome, avec un portrait de Nerva, postérieur d'un siècle, ou la tendance réaliste s'affirme avec autant de vigueur que dans un portrait de Donatello ou de V^errocchio (fig. 138).
La peinture de l'époque romaine nous est connue tant par les nombreuses fresques de Pompéi que par des parois de maisons et de tombes décorées de stuc, a Rome et dans les provinces. Nous possédans aussi, du II- au IV» siècle, les premières œuvres de la peinture chrétienne dans les Catacombes. Je n'insiste pas sur les mosaïques, extrêmement nombreuses en Italie et
Fig. i36. — Tète d .\.ntinuus,
COURONNÉ de lierre comme Dionysos
(Moulage à ICniversilé de Strasbourg,
d'après un original égaré.)
surtout en Afrique, parce que ce ne sont pas, à proprement parler, des oeuvres d'art ; mais il faudrait en tenir grand compte si l'on retraçait l'évolution de l'ornement.
La peinture romaine est loin d'être simplement la continuation de la peinture hellénique. La encore, à côté d'œuvres grecques, reconnaissablés a la vigueur du dessin et à l'imitation plus ou moins sensible des bas-reliets, nous trouvons, dès le milieu du 1^ siècle, surtout a Pompéi, les marques d'un style original. Ce style ressemble un peu à celui des impressionnistes modernes ; il procède par des taches de couleur et de lumière, quelquefois du plus charmant effet. Telle décoration de mur à Pompéi, exécutée dans ce style, n'a pas été surpassée de notre temps.
Ce style est-il né a Rome ou à Alexandrie ? 11 est difficile de le dire ; mais il est certain qu'il fleurit en Italie et que nous n'en connaissons pas de monuments ailleurs. A Rome même, on en trouve un spécimen surprenant, l'Eros à Féchelle du casino Rospigliosi, peinture à fresque d'une exécution si libre qu'on l'attribuerait volontiers a Fragonard (fig. 1 39). Ainsi, l'idée qu'on se fait d'ordinaire de l'art romain, celle d'une
longue et monotone déca-
dence, est aussi contraire à la réalité qu'aux lois de l'histoire. Ce qui est incontestable, c'est l'évolution descendante de l'art hellénique, de la tradition classique, qui se mêla d'éléments orientaux en Asie, tout en conservant son goût des types et des formules, et se figea, plus tard, dans j..^^ ,3g p^^^^^i^s ^^ N^^,.^ ^^ d'Auguste. l'art byzantin. Mais à côté de (Musée du Vatican à Rome.) (CUché Anderson, Rome.)
FiG. iSy. — Antinous EN DioNiîos (Slusée du Vatican.)
L'ART ETRUSQUE ET L'ART ROMAIN
cet art vieillot, grandit, dès le I" siècle, un réalisme que l'on peut bien appeler romain, puisque ses plus belles œuvres furent produites à Rome, et qui semble avoir eu ses racines dans le sol italien. Pendant le moyen âge, les deux principes opposés restèrent en présence. L'art byzantin pesa longtemps comme un cauchemar sur les pays d'Occident ; mais le jour vint où le réalisme italien reprit le dessus, au contact du réalisme français du XIV* siècle, et ce fut la Renaissance qui en sortit.
Aujourd'hui encore l'art byzantin se maintient en Grèce, en Turquie, en Russie, dans l'ancien domaine religieux de Byzance, tandis que les pays occidentaux ont un art tout différent, qui se rattache au réalisme romain.
'if-
FiG. iSg. — L'amour a l'Échelle.
Peinture antique
AU Casino Rospigliosi a Rome.
(WicKiioFF. Wiener Genesis,
Tcmpsky, éditeur.;
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