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TREIZIEME LEÇO.V LA SCULPTURE ROMANE ET LA SCULPTURE GOTHIQUE

AU Moyen Age, non seulement l'Eglise est riche et puissante, mais elle domine et dirige toutes les manifestations de l'activité humaine. Il n'y a d'art proprement dit que celui qu'elle encourage, dont elle a besoin pour construire et orner ses édifices, ciseler ses ivoires et ses reliquaires, peindre ses vitraux ou ses missels. Au premier rang de ces arts est l'architecture, qui n'a jamais tenu dans aucune société une place aussi grande. Aujourd'hui encore, il suffit d'entrer dans une église romane ou gothique pour recevoir l'impression de la force énorme qm s y manifeste et qui, pendant dix siècles, a façonné les destinées de l'Europe.

La peinture sur paroi, qui avait été par excellence l'art du christianisme à ses débuts, fut relativement délaissée, tant a l'époque romane qu'a l'époque gothique.

Cela tient surtout à l'architecture des églises : les églises romanes étaient trop sombres ; les églises gothiques présentaient trop peu de surfaces planes à décorer. En revanche, ces dernières avaient de hautes fenêtres qu'il fallait fermer et embellir par des vitraux. L'art du vitrail est inséparable de 1 art gothique ; c'est lors de l'apogée de cet art, au XII1« siècle, que les peintres verriers ont prodigué leurs chefs-d'œuvre : à Saint-Denis, à Chartres, a Poitiers, à Sens. La coloration franche et un peu crue qui convenait aux vitraux exerça, au X\'' siècle, une influence indéniable sur la peinture ; il fallut du temps pour que les yeux s'habituassent à des tons plus fondus et plus discrets.

A côté de la peinture des vitraux, celle des manuscrits ne cessa jamais d'être pratiquée. Mais c'est seulement depuis le milieu du XIII siècle qu'elle produisit des oeuvres d'une réelle valeur. Jusque-là, ce sont des dessins coloriés dont les enlumineurs et calligraphes se transmettaient les modèles ; l'originalité parait surtout dans les lettres

Fi(i. 174. — Orne.ments entrelacés Df MASLSCRIT IRLANDAIS

DIT " Livre de Durrow ".

(Vu' siècle.)

(Trinity Collège, â Dublin./

(Cliché Lawrence à Dublin.)

^^ initiales et les bordures, parfois ornées

f- X jÊÈK ^&^^Bb avec une étonnante fantaisie (fig. 1 74,

La décoration des églises romanes fut souvent due aux moines qui les construisaient ; celle des églises gothiques est essentiellement l'œuvre de sculpteurs, imagiers ou tailleurs de pierre laïcs, qui étaient groupés en corporations. A l'une et à l'autre époque, le mode de décoration le plus employé fut le bas-relief. Les sculpteurs romans ornaient les tjmpans des portes d'églises de grandes compositions religieuses ; ils sculptaient de même des histoires, des figures d'hommes et d'animaux sur les chapiteaux des colonnes et sur les frises. Les sculpteurs gothiques, en France plus qu'ailleurs, introduisirent les reliefs et la bosse dans toutes les parties des grandes églises, aux porches, sur les galeries, dans les stalles du choeur. On a compté que la cathédrale de Chartres ne renferme pas moins de 10000 figures, statues, bas-reliefs, personnages et animaux peints sur vitrail.

Bien que la transition entre la sculpture romane et la sculpture gothique n'ait pas été brusque et qu'il y ait bien des monuments où les caractères de l'une et de l'autre sont associés, on peut dire que, prises dans leur ensemble ou à leur apogée, l'une au Xll', l'autre au Xlir siècle, elles présentent des contrastes tout à fait frappants.

La sculpture romane est le produit d'influences très diverses, qui varient d'intensité relative suivant les pays,

FlG. 175. — Lr...,<L uK.ii. 1 ENTRELACS DU .MANUSCRIT IRLAN- DAIS DIT " Livre de Kells

IVII1« SIÈCLE.)

(Trinity Collège, à Dublin.) K'.liclw Lawrence, à Dublin.)

Fig. 176. — Le Juge.ment Dernier,

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