L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE ET LES TEMPS MODERNES
L'ARCHITECTURE gothique, essentiellement septentrionale et francogermanique, ne poussa pas de racmes profondes en Italie. Il semble plus singulier, au premier abord, que l'architecture gréco-romaine ait tant tardé à y susciter des imitateurs. Si les statues et les peintures de la Rome classique avaient disparu ou étaient enfouies
sous les décombres, les grands édifices restaient debout, non seulement à Rome, mais sur nombre de points de la péninsule, et l'on constate avec surprise que, pendant prés de mille ans, pas un constructeur italien ne songea a s'inspirer de leur exemple . Loin de la, on les démolissait souvent pour avoir des pierres tout équarries. Mais le jour vint où l'humanisme, c'est-àdire le goût de la littérature et de l'histoire des anciens, éveilla l'attention des artistes sur le caractère des monuments d'un lointain passé. Alors se constitua l'architecture de la Renaissance, qu'il faut considérer comme une conséquence du mouvement humaniste et qui s'est propagée avec lui dans l'Occident de l'Europe.
Le terme de Renaissance " est assez mal choisi, car il implique deux erreurs : que l'art était mort et qu'il reparut sous son aspect d'autrefois. En réalité, l'art n'était pas mort, car ce qui est mort n'évolue point ; d'autre part, l'art antique trouva d'abord des disciples, non des copistes. La Renaissance elle-même put se faire illusion et croire qu'elle répétait les leçons de Rome, alors qu'elle innovait en profitant d'elles. L'art nouveau, qui empruntait à lantiquité ses formes et son décor, était animé d'un esprit tout différent, façonné par dix siècles de christianisme. Pas plus qu'un fleuve ne remonte vers sa source, l'hu-
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FiG. i88. — Palais Riccardi (Medicii, a Florence.
\. ' Qui empêchait ces nouveaux venus de bâtir des édifices réguliers sur les modèles romains ? (Voltaire. Essai sur les Mœurs, t. 1, p. 409. éd. de Kehl.)
L'ARCHITECTURE DEPUIS LA RENAISSANCE
hjanité ne recommence jamais le passé ; ce qu'elle prend pour des résurrections sont des synthèses.
La première période de l'architecture de la Renaissance en Italie, qui remplit à peu près tout le XV= siècle, est précisément une tentative de fusion entre les formes du Moyen Age et celles de l'Antiquité. La tradition médiévale était trop puissante pour disparaître d'un coup ; elle ne s'atténua que graduellement. La nouveauté est moins marquée d'abord dans la conception des édifices que dans leur décoration, oii les motifs gréco-romains interviennent. Ce sont des ornements, destinés à embellir ou à varier les surfaces, qui n'affectent pas l'ossature des monuments. D'autres besoins — qui sont ceux de la civi'isation de cette époque en Italie — tendent bientôt à en modifier profondément le caractère. Pour la première fois depuis la chute de 1 Empire, l'architecture civile prend le pas sur l'architecture religieuse ; c'est une conséquence des progrès de
l'esprit laïc. Le type de l'art nouveau est le palais florentin, construction massive autour d'une cour quadrangulaire entourée de portiques à colonnes. L'extérieur conserve encore le caractère des châteaux forts du Moyen Age, où les pleins l'emportent de beaucoup sur les vides, car le palais doit pouvoir se défendre contre la rue. C'est à l'intérieur, surtout, avec les arcades, les rangées de colonnes, la décoration des pilastres et des voûtes, que l'imitation de l'art antique se fait sentir (fig. 188, 189).
Une partie de cette décoration, non plus naturaliste, mais fantaisiste, 127 '■
Fig. i8q — Cour du Palais DE LA Chancellerie, a Rome.
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