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QUINZIEME LEÇON RENAISSANCE SIÉNOISE ET FLORENTINE

LART plastique et pictural de la Renaissance ne doit pas s'expliquer par l'imitation des monuments antiques. 11 y eut en Italie, comme dans le Nord et l'Est de la France, une première Renaissance au XIV' siècle, qui ne s inspira pas ou s'inspira très peu de l'antiquité. Ce fut le développement logique du grand style gothique, passant par degrés au naturalisme, de 1 art des imagiers de saint Louis à celui des portraitistes " de Charles V. Le naturalisme gothique pénétra en Italie et y réveilla le réalisme italien, endormi depuis le III^ siècle (cf. p. 93). Mais, alors qu'en France et en Flandre le naturalisme ne connut pas de frein et tomba dans la trivialité, en Italie, grâce a l'humanisme naissant et à l'exemple des monuments de l'art antique, il se tempéra, s'assagit et apprit a rechercher la beauté plus que l'expression. Ainsi, le rôle de l'antiquité fut celui d une éducatrice, non d'une mère ; elle ne créa pas la Renaissance, mais la régla.

Un art ne peut agir sur un autre par simple contact ; il faut que le second soit parvenu, en vertu de son évolution naturelle, à un état qui le rende sensible aux influences du premier. Depuis le V" siècle jusqu'au XV% nous avons vu que les Italiens ne songèrent point à ^ , ., . . , • FiG. 225. — Nicolas de Pise. imiter les monuments romains, La Nativité.

mais à les exploiter comme Chaire du baptistère de Pise.

RENAISSAS'CE SIE.XOISE ET FLORESTISE

FiG. 226. — Dfccio. Jésus devant Pilate.

DÔME DE Sienne.

(Cliché Lombardi, à Sienne.)

carrière ; une Rome barbare s'éleva a coté de la Rome impériale. Vers 1240, sous 1 inspiration de l'empereur Frédéric II, il se forma ' en Apulie une école de sculpteurs et de graveurs, qui prirent pour modèles les statues, les bustes et les monnaies romaines de l'Empire. Cette école ne dura pas plus de quarante ans. Un artiste qui cvait travaillé pour Frédéric II, Nicolas d'Apulie, connu sous le nom de Nicolas Pisano, vint à Pise et y sculpta en 1260 la chaire d'un baptistère, gothique d'architecture, mais ornée de basreliefs qui imitent, a s'y méprendre, ceux des sarcophciges romains (fig. 224, 225). Il ne se montra pas moins habile imitateur en décorant une chaire du dôme de Sienne (1268). Mais cette résurrection prématurée de l'idéal antique resta isolée et fut stérile ; le propre fils de Nicolas, Jean de Pise, est un pur réaliste de l'école gothique, sans

— I doute inspiré de modèles ' ' français ou rhénans. Pour que l'Italie devint accessible a l'enseignement de son passé romain, il fallut qu'elle traversât une période gothique, dont la première Renaissance, illustrée par Giotto et par Duccio, marque non pas la fin, mais l'apogée. Du reste, l'esprit gothique, avec les influences de la Flandre et de la vallée du Rhin, ne cessa de se faire sentir en IteJie qu'au XVP siècle ; c'est alors seulement que 1 esthétique gréco-romaine prit définitivement le dessus et commença le mouvement de propagande offensive qui assura sa domination jusqu'à nos jours .

I. Ces idées, que ie résume en quelques lignes, ont été exprimées par Léon de Laborde dès 1849 et développée!, en 1 890, par Courajod.

FiG. 227. — Giotto. Le festin d'Hérode. Eglise du S.-Croce. a Florence.

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FiG. 228. — Fra Angelico. L'Annonciation. Église de Cortone.

On racontait a Floience,

au milieu du xvi siècle, que des peintres byzantins, appelés dans cette ville, avaient éveillé, vers 1260, le talent de Cimabué, qui fut le premier peintre italien comme Adam avait été le premier homme ; on ajoutait que Cimabué, à son tour, découvrit le génie du berger Giotto, en le voyant tracer, avec une pierre pointue, la silhouette d'une brebis. Rien de cela n est avère. Cimabué était un mosaïste ; on ne connaît pas de tableaux authentiques de sa main. Sienne, la rivale de Florence, produisit le premier peintre de génie, Duccio, qui a certainement vu et étudie des peintures et des émaux byzantins (1255-F319). Duccio joignait à l'instinct des compositions grandioses un sentiment large, sinon encore délicat, de la ligne (fig. 226). Le premier, il transforma en véritables tableaux, c est-à-dire en groupements artistiques de figures, les chroniques peintes du Moyen Age, que les âmes pieuses avaient déchiffrées pendant des siècles comme une sorte de Bible des illettrés.

Duccio fut l'ancêcre, à Sienne, d'une nombreuse lignée de peintres : Simone Martini dit Memnii, les Lorenzetti, Taddeo di Bartolo, qui, sans atteindre a la puissance des Florentins, montrèrent peut-être plus de passion, de poésie et de suavité. Un petit tableau siénois, quand il est exquis, est un régal pour les yeux ; mais les belles œuvres sont rares dans cette école, qui produisit trop et

FiG. 229. — Fra Angelico.

Le Couronnement de la Vieroe.

(Musét du Louvre.)

FiG. 23o. — Bekozzo GozzoLi. Les Rois Mages. Palais Riccardi, a Florenxe.

RENAISSANCE SlÊNOiSE ET FLORENTINE

trop vite. Le tort de l'école siénoise, c'est qu'elle visa a l'expression et à 1 émotion plus qu'à la perfection de la (orme, qu'elle piétina sur place, qu'elle ne sut pas, en gardant ses qualités aimables, suivre les progrès des Florentins dans la voie sévère du naturalisme. Des le XV' siècle, l'inspiration de l'école siénoise est épuisée ; c'est Florence qui lui envoie des peintres, après avoir profité de ses leçons.

Le premier des grands peintres florentins fut Giotto, mort en 1 336. Son véritable maitre parait avoir été le mosaïste romain, Pietro Cavallini, dont on a retrouvé d'admirables fresques à Sainte-Cécile du Transtévère. Pour bien connaître Giotto, il faut étudier ses fresques : même le bon tableau de lui qui est au Louvre. Saint François recevant les stigmates, donne une faible idée de son talent. Giotto ne dessine pas toujours bien, il drape lourdement et ses têtes sont vulgaires ; mais combien il dit clairement et poétiquement ce qu'il veut dire ! Les fresques de Giotto a Assise, racontant la vie de saint François, celles de Padoue et de l'église Santa-Croce à Florence (fig. 227) sont parmi les œuvres les plus attachantes de la peinture, bien qu'aucune des figures, prise à part, ne résiste à un examen rigoureux.

Giotto s'était inspiré des gothiques, notamment de Jean de Pise ("f 1 329), et surtout de la nature ; ses successeurs furent presque uniquement des giottesques et perdirent le contact salutaire delà réalité. Leur école, très prolifique, se répandit sur toute l'Italie. Elle compte des illustrateurs ingénieux et

, ,,, féconds, comme les auteurs

liG. 23i. — Benozzo Gozzoli. Les Medicis . , , ,

REGARDANT CONSTRUIRE LA TouR DE Babe: mconnus des grandes tres-

Fresque au Campo Santo DE Pise. ques du Campo Santo de

Pise ; mais, préoccupés surtout de raconter, ils ne firent guère d'efforts pour serrer et pour épurer la forme.

Le giollisme n'a produit qu'un seul grand artiste, le moir.e Fra Angelico, de Fiesole (1387-1455); encore a-t-il subi l'influence des fresques de Masaccio, qui fut un naturaliste. Fra Angelico est le peintre par excellence du christianisme suivant saint François.

Personne n'a mieux exprimé que lui la joie de croire, la douceur de souffrir pour la foi, la béatitude des élus. Ce fut aussi, bien qu'on loublie parfois, un peintre savant, qui connaissait la forme liumaine bien mieux que Giotto ; mais sa lyre mystique n'avait qu'un petit nombre de cordes. Il y a de la fadeur dans son beau talent, reflet d'une àme un peu enfantine, dont l'horizon eut pour bornes les

murs d'un cloître. Ses Vierges et ses Anges nous charment d'abord et puis nous lassent par leur suavité ; on voudrait quelques loups dans cette bergerie

t'iG. 232. — MaSaCCIO.

Saint Pierre et saint Jean

FAISANT l'AU.MÔNE.

Eglise du Carminé, a Florence

FiG. 233. — Andréa del Cas-

tagno. Portrait de Pippo

Spano.

Florence. Sainte-Apollonie.

FiG. 234. — Andréa del Castagno. La Cène. Fi.oRENCK. Sainte-.\pollomi-:.

dévote (fig. 228, 229). Un auxiliaire de Fra Angelico, Benozzo Gozzoli (1420-1498), s'est montré, dans ses fresques du palais Riccardi à Florence, de San Gimignano, de Monte-

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