‹ ApolloChapitre 60 sur 100 · IC · texte numérisé non relu

IC

MICHEL. ANGE ET CORREGE

de la tiédeur alanguie du clair-obscur. Léonard d'abord, puis Michel- Ange l'inspirèrent. Il prit de ce dernier le goût des mouvements aériens, des figures planant, plafonnant, chevauchant des nuages, déroutant l'esprit par des raccourcis invraisemblables et pourtant vrais. Ces hardiesses de dessin étaient, dans la peinture religieuse, une mnovation singulière, mais dont le goût italien s'accommoda. A ce Michel-Ange sentimental, d'ailleurs peintre jusqu'aux moelles, sans aucune des qualités sévères du sculpteur, on doit une des prouesses de l'art, la décoration du dôme de Parme, où la Vierge monte au ciel au milieu de saints enlevés comme elle, tumulte de jambes et de draperies envolées que dominent des tètes extatiques en raccourci.

Des tableaux par lesquels il illustra sa courte carrière, les plus caractéristiques sont ceux de Parme et de Dresde (fig. 356, 357), ou il y a du Léonard, du Michel- Ange, mais surtout du Corrège, c'est-àdire une âme éprise de beauté suave, de sourire et de lumière, jusqu'à la limite où l'afféterie commence. Ses deux tableaux du Louvre, l'un très profane, VAntiope, l'autre très attendri, sinon très religieux, le Mariage mystique de sainte Catherine (fig. 358), donnent une idée presque complète de son talent. Il a créé un type de Vierge d'un charme attirant, mais superficiel, dont l'influence a été d'autant plus grande qu'elle répondait, au lendemain de la Réforme, à la nouvelle orientation du catholicisme.

La Renaissance catholique, provoquée, vers 1 540, par le schisme de Luther, fut très différente, en effet, de la religion triomphante et dogmatique du Moyen Age. 11 ne s'agissait plus de gouverner les esprits, mais de garder ou de regagner les cœurs. Les papes énergiques et avisés qui sauvèrent le catholicisme de la ruine, qui lui firent reconquérir en partie le terrain perdu dans les premières années de la Réforme, eurent pour auxiliaires les jésuites, qui rendirent la religion facile, et les artistes, qui la rendirent aimable. En face du protestantisme sévère, ennemi de l'art, à qui les ferveurs mystiques étaient suspectes et qui cherchait à rétrécir la voie du salut, la Contre-réforme para le vieux chêne romain de toutes les séductions de la beauté accessible aux

Fig. 357. — Corrège.

-Madone avec saint Georges.

(^{usée de Dresde.)

2ÛD

— — APni.LO

foules, de toutes les blandices de la dévoiion et de l'extase. L'art qu'elle

protégea et qui grandit sous son influence, surtout en Italie et en Espagne, est caractérise, dans l'architecture des églises, par le style jésuite, dans la peinture par le mysticisme un peu sensuel dont Correge avait fourni les premiers modèles.

Cela ne ressemble plus au grand art chrétien du Moyen Age, ni même à celui du XV' siècle, qui, tout en empruntant des formes au paganisme, resta chrétien et austère par la pensée. Aujourd'hui encore, l'imagerie religieuse, dont la chromolithographie multiplie à l'infini les exemplaires, remonte, en dernière

anéilyse, au maître de XAntiope, au décorateur de la coupole de Parme.

FiG. 358. — CORRÈGE.

Le Mariage .mystique de sainte Catherine.

BIBLIOGRAPHIE. — Ouvrages ci/és 'p. 160, 161 > de Berenson 'surtout The drawings of Florentine pointers ', de Burckhardt. de Mûntz et de Wœrmann. C. Cornélius, Jacopo délia

Quercia. Halle. 1896 icf. Gazette, 1897. II. p. 172'; A. Michel, Madone de /.délia Quercia au Loucre ' Monuments Piot. t. 111. p. 260; H. Grimm, Lehen Michel-Angelo's, 10' éd., 2 vol., Stuttgart, I90I (sur les travaux plus re'cents, voir Repertorium. 1910, p. 166); J.-A. Symonds, The life of Michel- A ngelo. Z" éd.. 2 vol.. L.. 1899 ; H. Wôlfflin. Die Jugendwerke des Michel- Angelo. Lp.. 1891 ; Die hlassische Kunst. M.. 1899 (p. 42); F. Knapp. Michelangelo. Stuttgart. 1906 doute Toeuvre en phot.) ; C. Ricci. Michel-Ange. trad. Croz^ls. Floience. 1902 ; Ch. Holroyd. Michel-Angelo. L.. 1903; Romain Rolland. Michel-Ange. P.. 1905; H. Thode. Michel- Angelo und das Ende der Renaissance, t. I et 11. B,. 1903-1904; K. Lange. Der schtafende Amor des M'.chelangelo. Lp., 1898; H. Focillon, Benvenuto Cellini. P.. s. d.; J.-B. Supino, fi. Cellini. Florence. 1901 ; A. Desiardins. /ean Bologne. P.. 1901 ; P. de Bouchaud, Jean Bologne. P., 1906; H. Guinness. A. del ^"rto. L.. 1901 ; Schulze. A. Bronzino. Strasb.. 191 1.

Burlington Club, School of herrara-Bologna, L., 1894 'très important pour Corrège, mais n'est pas dans le commerce' ; H. Cook. /^roncesco Bianchi-Ferrari 'Gazette, 1901, 1, p. 376 ; cf.. sur lécole de Ferrare. Venturi. Jahrhiicher des Musées de Berlin, 1887, p. 7 1 ; 1888. p. 3 ' ; H. Thode. Correggio, Bielefeld. 1898 ; C. Ricci Correggio, éd. anglaise augmentée. L.. 1897 : B. Berenson, Study and crilicism of italian art, L., 1901 (p. 20. Corrège' ; T.-S. Moore. Correggio, L., 1906 ; J Strzygowski, Das Wcrden des Barock. bei Raphaël und Correggio, Strasbourg, 1898.

Page 1