DIX-NEUVIEME LEÇON LA RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE
JEAN LE Bon, roi de France ( 1 350- 1 364), hérita, en 1 36 1 , du ducKé de Bourgogne, a la mort du dernier duc, Philippe de Rouvre ; il donna ce beau pays a son quatrième fils, Philippe le Hardi. Ce dernier épousa Marguerite, héritière des comtes de Flandre, et ainsi furent réunies, en 1 384, la Flandre et la Bourgogne.
Cette union dura sous les princes de la maison de \ alois, tous protecteurs zèles des arts et des artistes, Jean sans Peur (1404-1419).
PhilippeleBon(1419-1467), Charles le Téméraire (1467- 1477). Des relations étroites fig. 35q. — Cl.wx Sllter. Port.ul de la s'établirent entre la Bour- Chartreuse de Ch.\mpmol, près de Dijon. gogne, la Flandre, la France ^.v Vœrge et lEnfakt adorés par Phi-
i.i 1- 1 1' • LIPPE LE Hardi et Marguerite de Flandre.
et 1 Italie ; beaucoup a artistes
flamands vinrent travailler à Dijon et y fondèrent l'école de Bourgogne, qui n est qu un rameau de 1 école flamande, entée elle-même sur le tronc gothique français.
Le fils aîné de Jean le Bon, qui régna en France sous le nom de Charles V (1364-1380), fut un grand amateur de livres et d'oeuvres d'art ; il eut pour peintre Jean Bandol (de Bruges), auteur des cartons des tapisseries de la cathédrale d'Angers. Un autre fils de Jean le Bon, Jean, duc de Berry, mort en 1416, s'entoura a Bourges d'une cour brillante et y réunit une magnifique bibliothèque de manuscrits enluminés pcU" des artistes flamands, dont un bon nombre travaillaient alors à Pans.
Cette ville était, a la fin du Xl\' siècle, le grand centre artistique et intellectuel de l'Europe. L'art flamand, un peu lourd en Flandre et en Bourgogne, avait revêtu a Pans un caractère d'urbanité et de finesse qui se révèle dans les miniatures des manuscrits. Une belle Renaissance française allait y éclore lorsque la guerre civile (1410), le désastre d'Azincourt (1415) et le traité de Troyes ( 1 420) plongèrent la France dans la désolation. L'art émigra vers le duché de Bourgogne, et c'est là, non à Pans, que s'épanouit la Renaissance franco- flamande.
FiG. 36o. — Claix Sllter.
Le PLiTS DE Moïse.
Chartreise de (^hamp.mol,
PRÈS DE Dijon.
L'art gothique s'était développé en Flandre avec la richesse de ce pays, qui faisait, dés le début du XIV siècle, l'etonnement et l'envie de l'Europe Vers 1390, Melchior Broederlam d'Ypres, peintre de Philippe le Hardi, peignit les volets d un grand retable sculpté, que l'on conserve à Dijon. A la même époque, un sculpteur de génie, Claux Sluter, arriva de Flandre en Bourgogne. 11 y a laisse des chefsd'œuvre de réalisme expressif, notamment le portail de la Chartreuse de Champmol, près de Dijon (fig. 359), et, au même endroit, le Puits de Moïse, base d'un calvaire a six pans ornés de statues de prophètes (fig. 360). Le groupe de la Vierge et de l'Enfant, la figure souriante et un peu niaise
du duc Philippe, celle de Marguerite de Flandre, sont des morceaux
admirables qui continuent la grande tradition des imagiers. Le Moïse
est une figure puissante, biblique
et réaliste a la fois. Tout cela
était achevé avant 1 395 ; or,
les belles portes de Ghiberti, au
Baptistère de Florence, sont de
trente ans postérieures, et Masac-
cio naquit seulement en 1401. il
est donc certain que la Flandre,
au commencement du XV' siècle,
était singulièrement en avance sur
l'Italie.
Cela n'est pas vrai que de la
sculpture. Antérieurement à 1 4 1 6,
date de la mort du duc de Berry,
Paul de Limbourg et ses frères
exécutèrent le délicieux livre
d'heures qui est la gloire du Musée Condé, a Chantilly (fig. 361).
Ce chef-d'œuvre n'est pas isolé :
Fig. 36i. —Paul de Limbourg.
Le duc de Berry a table.
Miniature d'un livre d'heures.
(Musie Coudé, à Chantilly.)
(ChJntilly, II- Pion, Nourrit et Cie, éditeurs.)
RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE
ainsi le Louvre possède une Trinité du peintre gueldrois Malouel, probablement oncle des Limbourg, qui travaillait à Pans vers 1400, et où paraissent déjà quelques-unes des plus belles qualités du livre d'heures.
Il faut donc y voir un produit de la Renaissance parisienne, née du contact d'artistes originaires de Flandre avec le goût pio. 362. - Tombeau de Philippe Pot, et le raffinement qui distinguaient sénéchal de Bovrgogne.
les cours des Valois. iMusce du Louvre.)
A cette époque ( 1 400- 1410), l'art franco-flamand avait déjà conquis
toute la France et se répandait dans la vallée
du Rhin. Des relations de commerce et
d'amitié le portèrent bientôt au delà des
Alpes ; rappelons que le duc d'Orléans,
assassiné en 1407, avait épouse une Visconti,
Valentine de Milan. Vers 1400, Philippe
'e Hardi achète des médailles italiennes, des
ivoires italiens ; un Italien, Pierre de Vérone, est l'intendant de sa librairie. D'autre part, les artistes flamands pénétraient en Italie, et ce mouvement d'émigration continua pendant tout le XV" siècle.
Entre les Limbourg, les Van Eyck, Gentile da Fabriano et Pisanello, on constate des affinités évidentes ; or, il est bien probable que la Flandre, si riche et si prospère, n'a pas tout emprunté a la civilisation renaissante de
FiG. 363. — Hubert
Van Eyck.
Anges .musiciens.
(ilusée de llerlin.)
FiG. 3Ô4. — Hubert Van Eyck. Vierge lisant.