‹ ApolloChapitre 62 sur 100 · Partie du polyptyque · texte numérisé non relu

Partie du polyptyque

DE l'.\D0RATI0N de

l'.A.gneau. Eglise de Saint-B.won, a Gand.

"leschichle der altnied. Malerei, Hir/.el, éiiileur, à Leipzig.)

l'Italie. Peut-être même l'influence réaliste de l'art flamand n'a-t-elle pas été étrangère à la réaction de Masaccio contre le gioUisme ; ce sont la des questions à l'ordre du jour depuis plusieurs années et qui ne tarderont sans doute pas a s'éclaircir.

Bien que la sculpture de la Renaissance flamande ait laissé des œuvres importantes, où se développe la tradition de Claux Sluter — il suffit de citer les tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon et à Bruges, celui de Philippe Pot au Louvre (fig. 362) — je ne m'occuperai plus ici que de la peinture, qui fut le rayonnement le plus merveilleux de son génie. Les Italiens des environs de 1 450 savaient fort bien que les peintres flamands étaient hors de pair ; ils recherchaient avec passion leurs œuvres et leur confiaient des élevés italiens .L'opinion commune attribuait même aux Van Eyck l'invention de la peinture à l'huile, procède connu cependant des le Xll' siècle, alors que ces Flamands avaient seulement perfectionné les siccatifs et fait produire aux couleurs des effets d'intensité tout nouveaux. Les Italiens avaient beau être supérieurs aux Flamands dans le style décoratif ;

Fig. 365. — Hubert et Jean Van Eyck.

Les JIGES ÉQllTABLES ET LES CHEVALIERS DU ChRIST.

Volets du retable de l'Agneau.

(Musée de Berlin.) (Cl. Banfsiacngl, Munich.)

Fig. 366. — Hubert ou Jean Van Eyck.

La Vierge au Chartreux.

(Collection R. de Rothschild, à Paris.)

(Cliché Lévy et fils, Paris.)

ils confessaient leur infériorité dans le rendu de la vie. Plus tard, on se

]. En 1460.1a duchesse Bianca Maria Sforza 'de Milan I envoie le jeune peintre Zanetto Bugatto à Bruxelles pour s'instruire dans l'atelier de Rogier van der Weyden. En 1463, Zanetto est de retour et la duchesse écrit à Rogier pour le remercier (Malaguzzi Valeri, Pillori lombardi. Milan, 1902. p. 127).

REXAISSA.XCE FLAMA\DE ET FRASÇAISE ■ —

montra moins équitable et presque oublieux. C'est seulement au

FiG. 3Ô7. — Jean Van Eyck.

Arsolfisi et sa femme.

(Galerie Xationale de Londres.)

FiG. 368. — A. V..; ■ - v.vter.

La Résurrection de Lazare.

(Musée de Berlin.) (Cliché Hanfstaengl, Munich.)

XIX' siècle qu'on a recommencé à rendre pleine justice à ces artistes

admirables qui s'appelaient les Van Eyck, Rogier Van der Weyden, Albert Van Ouwater, Thierry Bouts, Hugo Van der Goes, Memling, Gérard David et Quentin Metsys.

Ce que les fresques de Masaccio furent pour l'école Italienne, le grand retable de l'Adoration de l'Agneau, à Gand, le fut. et plus encore, pour la peinture flamande.

Cette œuvre, aujourd'hui dispersée entre les villes de Gand, Bruxelles et Ber'in, fut commencée vers 1420 432 par son frère Jean. Il a croire

FiG. 369. — Hubert ou Jean Van Eyck.

Saint François recevant les stig.mates.

(Musée de Turin.) (Cliché Anderson, Rome.)

par Hubert Van Eyck et terminée en 1

est difficile de faire la part des deux frères ; mais je suis porté

AHOLLO

que celle de Jean se réduit aux deux magnifiques portraits des donateurs. Les anges musiciens, les cortèges des soldats du Christ et des bons juges, les figures d'Adam et Eve, le grand panneau central, resté à Gand, faisaient dire a Fromentin que, dans cette peinture, l'art avait atteint du premier coup a la perfection (fig. 363-365). Mais les miniatures du livre d'heures de Chantilly, que Fromentin ignorait, sont la pour montrer que les Van Eyck eurent des précurseurs et des émules. Il est évident que leur art ne dérive pas de celui des frères de Limbourg ; ce sont des manifestations contemporaines de deux styles apparentes, l'un proprement fîamand ou plutôt néerlandais, celui des Van Ejxk, l'autre adouci par des influences italiennes et épuré dans le milieu parisien. Jean Van Eyck, né vers 1 384, mort en 1441, fut employé par Philippe le Bon a diverses missions diplomatiques. Il séjourna en Portugal, en Espagne, a La Haye. Rien ne prouve qu'il ait été en Italie. De 1432 a 1440, nous possédons toute une série de tableaux signés et datés de lui, entre autres des portraits incomparables comme ceux de sa femme et du chanoine Van de Paele a Bruges, des époux Arnolfini a Londres (fig. 367). Le grand tableau de Bruges, où Van de Paele figure comme donateur, permet d'apprécier â la fois la grandeur du génie de Jean et les limites que la nature lui

Fig. 370. — Thierry Bouts.

Rencontre d'Abraham

ET DE MeI-CHISÉDECH.

(Musée de Munich.) (Cliché HjnfslJéiiffL Munich.)

Fig. 371. — R. Van der Weyden.

Descente de la Croix.

(L'i:scurial.) (Cliché llanfstaengl, Munich.)

RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE

avait tracées. Il n'a aucun sentiment religieux, aucune ferveur ; la Vierge est laide, l'enfant Jésus racKitique ; le saint Georges est un paysan en armure. Mais Jean Van Eyck est le plus grand portraitiste de tous les temps. Jamais œil plus pénétrant n'a scruté la forme vivante, jamais main plus habile n'en a fixé l'image sur le panneau.

Il existe aussi une petite série de tableaux non signés, tous des chefsd'œuvre, que l'on attribue tantôt a Jean, tantôt à Hubert ; peut-être sont-ils leur œuvre commune. Pans possède les deux plus parfaits : l'un, au Louvre, représente Rolin, chancelier de Philippe le Bon, en prière devant la Vierge et l'Enfant, avec un merveilleux fond de

FiG. 372. — Thierry Botts.

La sentence de i.'empereir ( )thon.

(Musée de liruxelles)

(CJichc H,Tiif.<lcieiifri. Munich.)

FiG. SyS. — Robert Campini .-)

DIT le MAITRE DE FlÉ.MALLE.

Vierge et Enfant.

(Musée de Francfort.)

(Cliché firuckmann, Munich.)

paysage ; l'autre, chez M. Gustave de Rothschild, figure le vicaire de la Chartreuse de Sainte-Anne a Bruges, devant la Vierge, sainte Anne et sainte Barbe. Un troisième panneau, sorti du même atelier, est au musée de Turin (fig. 366, 369). Pendant leur séjour à La Haye, les deux Van Eyck durent y former des élèves ; l'un d'eux est peut-être Albert Van Ouwater, auteur d'un chef-d'œuvre, la Résurrection de Lazare, au musée de Berlin (fig. 368), qu'imita avec bonheur son eleve Gérard de Harlem (Geertgen), dans un tableau acquis par le Louvre en 1902. A ces Hollandais se rattache un peintre de Harlem, élève ou condisciple d'Ouwater, Thierry Bouts (1410- 1475), qui vivait a Louvain vers 1459.

C'était une nature vigoureuse, brutale mérne,

qui poussa le réalisme jusqu'à la recherche de la laideur et 1 éclat de la

FiG. 374. — Simon Marmion (?) Frontispice D UN .MANUSCRIT CONSERVÉ A

LA Bibliothèque de Saint-Pétersbourg. LÉVÊQUE GUILLAU.ME FlL- LATRE OFFRE LE VOLUME A PHILIPPE

LE Bon.

FiG. 375. — H. Me.mling.

Arrivée de sainte Ursule a Cologne.

Chasse de s.\inte Ursule

\ l'hôpital de Bruges.

couleur jusqu'à la crudité. Ses meilleures œuvres, comme la Sentence d'Olhon à Bruxelles, sont d'une intensité de ton et d'expression surprenante, mais mieux dessinées et peintes que composées (fig. 370, 372).

Entre 1435 et 1464 travaillait a Bruxelles un maître de Tournai, Roger de la Pasture (en flamand Van der Weyden). 11 fut l'élève de Robert Ccunpin (1375-1444), auquel on a voulu attribuer de magnifiques peintures conservées a Francfort (fig. 373), dans la collection de Mérode à Bruxelles, à Aix et ailleurs. Jusqu'en

1909, on l'appela Maître de

Fig. 376. — Hugo Van der Goes.

La Nativité.

(Musée des Offices, Florence.) (Cliché Alinari.)

(Mérode ou de

Flémalle (du nom

RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE

de l'abbaye WcJlonne d'où proviennent les tableaux de Francfort) et on le fit a tort élève de Rogier, ou identique à un autre élève de Campin, Jacques Daret. Campin et Van der Weyden visent au pathétique. Ils ont le sentiment religieux et dramatique; ils savent exprimer, a la différence de Van Eyck, les fortes émotions de l'âme. La Descente de la Croix de Van der Weyden à l'Escunal (fig. 371), ses grandes compositions de rhôpital de Beaune, de Munich et de Berlin, compteront toujours parmi les chefs-d'œuvre de l'art.

De 1450 a 1490, l'école néerlandaise ou flamande produisit une longue série de merveilles, dont le classement chronologique et les attributions sont encore fort incertaines. Simon Marmion, d'Amiens, a moins que ce ne soit Jean Hennecart, peignit vers 1455 l'admirable Vie de saint Berlin (au Musée de Berlin) et enlumina de miniatures exquises un manuscrit offert a Philippe le Bon (fig. 374). Vers 1470, le Zelandais Hugo Véin der Goes exécuta pour Thomas

Page 1