H. Memling
Portrait
DE Martin Van Newenhoven.
HÔPITAL DE Saint-Jean
A Brlges.
Fig. 378. — GÉRARD David.
Vierge entourée de saintes.
(Musée de Rouen.) (Cliché Petilon, Rouen.)
Fig. 379. — Q. Metsys.
Le Changeur et sa femme.
(Musée du Louvre.)
Portinari, l'agent des Médicis à Bruges, une colosscJe Nativité, que Portinari donna à l'hôpitcil de Florence, et où les Italiens, Lorenzo di Credi, Ghirlandajo, se hâtèrent de copier des motifs (fig. 376). Enfin, de 1 468 à 1 489, $e déroule la suite des belles œuvres de Memling, por-
traits et grandes
FiG. 38o. — Quentin Metsys.
La \'ierge et sainte Anne.
(Musée de Hnixelles.) (Cliché Hixnfstaengl, Munich /
compositions religieuses (fig. 375, 377). Qu'y a-t-il de plus séduisant, dans tout le domaine de la peinture, que la Châsse de sainte Ursule a Bruges ? Quels portraits, sinon ceux de Van Eyck, sont supérieurs à ceux de Memling ?
11 fui vraiment le Raphaël de l'art flamand, l'homme en qui tous les dons aimables de 1 école se combinèrent, a l'exclusion de ce qui était rude et brutal.
Moins maître de la ligne expressive que Van der Weyden, moins épris de réalité plastique et solide que Jean van Eyck, héritier des miniaturistes plutôt que des peintres, il est le plus attrayant, sinon le plus oruinal
de ce groupe d'artistes supérieurement doués.
Memling eut un héritier a Bruges même, Gérard David, qui y
fleurit de 1488 a 1509. Son
chef-d'œuvre, une Vierge au
milieu de saintes, est a Rouen
(fig. 378) ; on y discerne, a
côté d'un retour voulu aux
types des Van Eyck, la marque d'influences italiennes
grandissantes. Elles ne font
pas défaut non plus dans
l'œuvre du maître d'Anvers,
Quentin Metsys ( 1 466- 1 530) ;
mais c'est encore la tradition
de Van der Weyden qui
domine dans sa Descente de
la Croix d'Anvers, dans sa
Sainte Anne de Bruxelles
(fig. 380), dans sa tête de la Vierge en prière à Londres. Metsys,
réaliste et même satirique à ses heures (fig. 379), fit une part al idéalisme, mais ne chercha pas a contrefaire les Italiens.
Fig. 38i. — Jérôme Bosch. Le Jongleur.
(Musée municipal de Saint-Germain-eit-Laye.)
(Cliché Lévy et fils, Paris.)
RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE
Malheureusement, la gloire de Léonard de Vmci, de Raphaël, de Michel- Ange, éveilla l'émulation des Flam a n d s .
Des hommes très doués, comme Jean Gossaert de Maubeuge, Bernard
FiG. 382. — Jean Gossaert,
DIT DE MaBISE (MaCBEUGE).
Vierge et Enfant.
(}iiusée de Berlin.)
(Cliché Hanfslaengl, Munich )
FiG. 383.
Nicolas Fro.ment d'Avignon.
Le BiissoN ardent.
Cathédrale d'Aix.
(Cliché Xeurdein.)
van Orley, firent le voyage d'Italie et en rapportèrent un style qui se
mariait mal avec celui qu'ils avaient reçu de leurs maîtres (fig. 382). Il est inutile d'insister sur ces œuvres hybrides, quoique souvent séduisantes, où 1 idéalisme italien, l'imitation de l'antique et le réalisme flamand se juxtaposent sans se mêler. Toute la seconde moitié du xvr siècle est le domaine de ces italianisants, qui eurent, du moins, le mérite de préparer Rubens. A côté d'eux et comme pour réagir, d'autres Flamands suivirent une voie tout opposée, se complurent à des facéties et à des satires, peignirent le peuple et travaillèrent pour lui ; ces réalistes pleins de verve et de saveur, Jérôme Bosch (fig. 381), Breughel le Vieux, frayèrent la voie aux petits maîtres hollandais
Fig. 384. — J. Folql'et.
L'Adoration des Mages.
(Miniature au Musée Condé,à Chantilly.) . . ... ., .
(Cliché liraun. Clément et cie.) ' du XVII" siecle, qui devaient élever la
FiG. 385. — Maître français, peut-être Jean Perréal.
Triptyque offert par Pierre II »e Bourbon
ET Anne de Beaujeu.
Cathédrale de Moulins.
(Cliché Xeiirdein.)
peinture de genre à la hauteur du grand art. Cette tendance à poétiser la réalité, plutôt qu'a réaliser un idéal de convention, se constate,
d'ailleurs, dans toute l'histoire de l'art flamand. Les peintres étaient bien obligés de peindre des tableaux de sainteté, des Vierges, des anges,des martyrs, parce que leurs clients en demandaient. Mais comme l'on sent, même chez Memling, qu'ils eussent préféré peindre autre chose !
Ce qui les intéresse le plus, ce qu'ils étudient et rendent avec le plus d'amour, ce sont les figures des donateurs, les belles étoffes, les lointaines échappées de paysage. Ils ne sont jamais plus grands que lorsqu'ils se dérobent à l'obsession de la tâche imposée. Un seul fait exception à cet égard, c'est Van der Weyden ; mais nous savons qu il avait été en pèlerinage à Rome et qu'il résida quelque temps à Ferrare. Ce Tournaisien fut le seul mystique parmi tant de peintres de sujets pieux.
La branche française de l'art flamand au XV siècle présente un spectacle analogue, sauf que la tendance réaliste s'y tempère de bonne heure d'un goût tout français pour la sobriété et l'élégance . A la fin du XIV ' siècle, Pans était un centre artistique de premier ordre. Vers 1410, les malheurs de la monarchie dispersèrent les artistes vers la Bourgogne, la Tourame et la Provence. La papauté, établie à Avignon dès 1309, avait créé, dans cette dernière ville, un foyer d'art italien autour duquel naquit une école locale, dont le chef-d'œuvre est la grande Pielà de Villeneuve (1470; au Louvre). A la cour du roi René d'Anjou (1417-
I . C'est ce que Couraiod a appelé la " détente du style' français ' .
FiG. 386. — F. Ci.oiKT.
Portrait de Henri II.
(Musée du Louvre )
RE,\AISSAXCE FLAMANDE ET FRANÇAISE
1 480), qui habita la Provence après avoir perdu Naples et la Sicile, travailla Froment d'Avignon, auteur du tableau le Buisson ardent, a la cathédrale d'Aix (fig. 383). L époque de Charles VII et de Louis XI vit en France un très grand artiste, Jean Fouquet (141 5- 1485), qui séjourna en Italie vers 1445, puis a Tours ; Berlin et Paris ont de lui de puissants portraits.
Chantilly une suite admirable de quarante miniatures, d'heures d'Etienne Chevalier (fig.
Fig. 387. — École de Fontainebleau.
Diane et ses Nymphes.
iMitsée de Rouen.) (Cliché Petilon. Rutien.)
Fig. 3S8.
-Michel
peintes vers 1455 pour le livre 384). Les éléments décoratifs de ces petits tableaux sont en partie italiens, mais le sentiment en est bien français, quelque chose comme du Van Ej^ck adouci. La couleur est fine, mais sans éclat et manque parfois d'harmonie. L'école du Bourbonnais, que l'on commence seulement a connaître, se forma sous l'influence de celles de la Touraine et de la Provence. Un grand tableau de la cathédrale de Mouhns, attribué parfois à Jean Perréal, peintre de Charles VIII, atteste, à côté d'influences italiennes, un goût indigène pour la grâce un peu mièvre, les couleurs pâles et délicatement nuancées (fig. 385).
Le même peintre est
Colombe. ^'ERTL• car disaleI. Figure dan gle du to.mbeau de François II de Bre
TAGNE.
{Cathédrale de Xaities./ I . C est la Tempérance, dont les attributs sont un joug et une horloge
Fig. 389.
Germain Pilon.
Les trois Grâces.
{Musée du Louvre.)
:^iï t
vi ,
l'auteur d'un tableau encore supérieur à celui-là, une Nativité, a l'évéché
d'Autun, dont le fond trahit l'imitation de Van der Goes (cf. fig. 376).
D origine hollandaise, Jean et François
Clouet exécutèrent, depuis François V jusqu a Henri 111, de nombreux portraits a l'huile et aux crayons, ou la légèreté de la touche, la précision savante du trait, le dédain des détails inutiles présagent deja les qualités de l'esprit classique, tel qu'il s'épanouira en France au X\ll siècle (fig. 386). Ces beaux portraits, SI peu appuyés, si sobres, et en même temps d'une si fine psychologie, semblent faits de rien, comme les tragédies de Racine. Si les Italiens appelés en France, Rosso et Primatice (1531,1 532), y introduisirent surtout les défauts de l'école de Michel-Ange, leurs imitateurs, qui formèrent l'école de Fontainebleau, restèrent toujours plus français qu'itciliens. On en a la preuve dans les tableaux de cette école, bien représentée
au Louvre et à Rouen (fîg. 387). Cet art parle une langue italienne,
mais avec un fort accent français.
Dans le domaine de la sculpture, l'italianisme s'insinua d abord par
la décoration, puis envahit le
bas-relief et la statuaire ; mais,
là encore, jusqu'à la fin du
XVl'^ siècle, l'élément français
l'emporta dans le mélange, avec
Michel Colombe, mort en 1512,
avec Germain Pilon et Barthélémy Prieur, contemporains de
Catherine de Médicis et de
Henri IV (fig. 388, 389). Le
plus italien et, en même temps,
le plus doue peut-être de ces
artistes fut Jean Goujon, dont
les Nymphes de la fontaine des Innocents à Paris (1550) et la porte
du Louvre qui a gardé son nom comptent parmi les oeuvres les plus
Fig. 390. — J. Goujon.
Reliefs de la Fo.ntaine L>r.s Insoce.sts, a Paris.
Idticlié Giraudoii I
KiG. 3yl. — Jean Cjûi-j<jn. Diani (Musée du Louvre.)
RENAISSANCE FLAMANDE ET FRANÇAISE
charmantes de la Renaissance franco-italienne (fig. 390). Ce sont là des sculptures décoratives ; mais les portraits du temps, ceux surtout de morts agenouilles, continuent encore la tradition de nos imagiers. L'art français n'a jamais été entièrement italianisé, même pas sous Louis XIV; l'histoire des résistances nationales au goût étranger se poursuit a travers tout le xvii siècle et prépare l'école vraiment française du XVlll'.
Au com.mencement du X\'l* siècle, se constitua, avec des caractères particuliers, une école de peinture hollandaise. Le centre en fut Leyde, où travailla Cornelis Engelbrechtsen (rl533), le maître de Lucas de Leyde (1494-1533). On ne possède de Lucas que peu de tableaux, dont le plus important est le Jugement dernier, du Musée de Leyde ; mais il a laisse près de deux cents gravures, qui soutiennent la comparaison avec celles de Durer (fig. 392). Son goût pour les scènes rustiques et comiques, l'audace et la facilité de son burin annoncent en Hollande le développement de l'art familier. Mort à trente-neuf ans, Lucas de Leyde a été un artiste de grande envergure.
Jacob Cornelisz, à Amsterdam, et Jan Van Scorel, a Utrecht, furent également des peintres habiles, moins accessibles que leurs contemporains flamands a ces influences d'au delà des Alpes qui sont souvent pernicieuses aux hommes du Nord. La Hollande, en épousant la cause de la Réforme et en rompant avec Rome, conserva, dans une certaine mesure, son originalité artistique avant de conquérir son indépendance. Ce fut, il est vrai, au prix de cruels sacrifices ; mais elle reçut le prix de son courage au X\ll' siècle, lorsqu'elle donna au monde un héros de l'art, a la fois bien hollandais et bien humain, Rembrandt.
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i. J'ai fait dans la leçon qui précède, d'assez nombreux emprunts à ces articles.
RE.VA/SSA.\CE FLAMA.XDE ET FRANÇAISE
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