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VINGTIEME LEÇON LA RENAISSANCE ALLEMANDE

L'ART italien rêva de beauté et réalisa son rêve. L'art flamand s éprit de vente et s'égala presque a la nature. L'art allemand n'atteignit que rarement a la beauté et a la vérité ; mais il sut exprimer, avec une fidélité souvent brutale, le caractère du peuple allemand à la veille et au lendemain de la Réforme.

La première école de peinture allemande dont nous ayons quelque

FiG. 393. — Stephan Lochner. L'Adoratlon des Rois Mages.

Cathédrale de Cologne.

(Wœrmanx. .Ua/e»-ei, l. H. Sceiiiann. cdilcur.)

connaissance fleurit a Prague, vers 1 360, sous le règne de l'empereur Charles IV, qui appela d'Italie en Bohême le peintre modenais Tommaso. Un peu plus tard, en 1 380, nous trouvons a Cologne un maitre Wilhelm, vante par les chroniques du temps. Après Wilhelm y parut Stephan Lochner, originaire des environs de Constance, qui acheva vers 1435, du vivant de Jean Van Eyck, l'œuvre la plus importante de la peinture allemande au Moyen Age, le fameux tableau du Dôme de Cologne, représentant l'Adoration des Mag-îs (fig. 393). Lochner a été appelé le Fra Angelico allemand ; sa peinture est sentimentale, dévote, souriante ; ses personnages sont des enfants joufflus et roses qui sont bien sages et vont régulièrement à l'église. En 1435, les Van Eyck étaient déjà célèbres, mais le tableau du Dôme ne révèle aucune trace de leur influence ; l'art de Lochner dérive des manuscrits à enluminures, probablement de ceux des artistes flamands qui travail-

FiG. 394. — École de Cologne. (Maître dit de l'autel de Saist-Barthé- LEMY.) Sainte Colomba ET saint André.

(Musée de Mayence.)

LA RLSAISSANCE ALLEMANDE

laient, vers la fin du XIV' siècle, en Flandre, en Bourgogne et à Paris.

Une tendance nouvelle, réaliste, se fit jour, vers 1 460, dans la nombreuse série des tableaux de Cologne. Un élève de Bouts y fonda un atelier qui prospéra. Désormais, tout en restant bien allemande par ses

FiG. 3q5. — Veit Stoss.

La S.\LUT.\TI0N .\NGÉL1QI"E.

Eglise de Saint-Lalrent,

A NlBE.MBERO.

FiG. 396. — Pierre Vischer.

Le To.mbeau de saint Sebald

Eglise de Saist-Sebald.

A Nuremberg.

(LObke, Phtslik. Seemann, cdil )

défauts, l'école de Cologne, qui se prolonge jusqu'au milieu du XVl« siècle, n'est qu'une branche rhénane de l'art flamand. Les deux maîtres qui y furent le plus imités sont Bouts et Van der Weyden. De ce dernier et de Schongauer (p. 228) s'inspira le grand artiste encore innommé auquel on doit le magnifique tableau colonais du Louvre, la Descente de la Croix ; on l'appelle, d'après une de ses œuvres conservées à Munich, le Maître (Je l'autel de Saint-Barthélémy (fig. 394). En général, dans cette école si riche en peintures, les noms sont rares : on dit le Maître de la Passion de Lyversberg (ancien propriétaire d'une suite de tableaux), le Maître de la Vie et de la Mort de la Vierge, de la Sainte Parenté (heilige Sippe), etc.

APOLl.O

Ce n'est pas seulement a Cologne, mais dans tous les pays allemands que la pemtuie s mspira de 1 art de la Flandre. Mais les conditions politiques et sociales en Allemagne n'étaient pas propices à la floraison d'un art délicat. 11 n'j' avait pas, comme en Flandre ou en Italie, de riches Mécènes ; le pays était encore arriéré, les moeurs grossières. Un grand nombre de petit: princes, civils ou ecclésiastiques, commandaient des tableaux et voulaient être servis sans retard ; les peintres, aides de leurs élèves, travaillaient trop et trop vile. Ils imitèrent les couleurs brillantes des Flamands, mais sans atteindre a leur finesse de touche ; la coloration des tableaux allemands est crue, souvent lourde. Au lieu de paysages, ils continuèrent longtemps a employer des fonds d'or, plus séduisants pour des esprits incultes et plus faciles à exécuter ; aussi la perspective aérienne tarda-t-elle a se développer.

FiG. 397. — M. SCHONGAUER

La Vierge et l'Enfant dans un buisson de roses.

CATirÉDRALE DE Cot-MAR.

FiG. 398. — Albert Durer.

Portrait de l'artiste.

(Musée de Munich.)

(Cliché Uanfstaeitgl, à Munich.)

FiG. SûQ. — A. Durer.

Portrait dOswald Krell

(Musée de Munich.)

Mais ce qui manqua surtout aux Allemands du XV' siècle et même

LA Rt.\'AJSSA.\CE ALLEMASDE —

FiG. 400. — Albert Durer.

Portrait de Jérôme Holzschuher.

(Musée de Berlin.)

(Cliché Hanfstaengl, à \lunich)

duXVl% c'est le goût, le talent de choi-ir. Leurs composKions sont encombrées de figures ; ces figures sont souvent burlesques et grimaçantes ; au lieu de la beauté et de la force, on trouve tantôt une fadeur insipide, tantôt une tension pénible du style, une affectation presque ridicule dans les attitudes et dans les gestes. C est un art de paysans dévots, a la fois sentimental et grossier, qui séduit d'abord par sa naïveté et par sa verve, mais fatigue bientôt par sa vulgarité mièvre ou tapageuse. Une peinture allemande, comparée à une peinture flamande ou italienne de la même époque, semble l'œuvre d'un rustre a côté de celle d'un fin lettré. Mais le rustre est ^xn brave homme qui fait de son mieux ; une des qualités de cette peinture inférieure, c'est sa probité. L'art allemand par excellence fut la sculpture en bois, qu'illustrèrent le Souabe Jôrg Syrlin a Ulm et le Galicien V'eit Stoss (v 1491 et

1533; fig. 393). A Nuremberg, où Stoss travailla, fleurit le sculpteur en pierre Adam Krafft (f 1508). Ces maîtres continuèrent, avec une saine vigueur, la tradition des imagiers réalistes du Xl\'' siècle. Ils influèrent sur la peinture de leur temps plutôt qu'ils n'en subirent l'influence. C'est eux qui maintinrent si longtemps en Allemagne la mode des draperies cassées, aux plis profonds et inutilement multipliés, le style anguleux, le goût des compositions encombrées. Mais les types de vieillards créés par Krafft, ceux de femmes créés par Stoss, sont parmi les

plus expressifs de la sculpture, et leurs Fig. 401. — Albert Durer. • ■ ^ ...

Les QL-..TRE Évangélistes. Compositions touffues sont imprégnée»

(Musée de Munich) d'un sentiment de piété qui fait parai-

APOI.LO

FiG. 402. — A. Durer.

L'Adoration des Rois Mages.

(Musée des Offices, à Florence.)

tre presque frivoles et mondaines celles des italiens.

L école de Nuremberg eut encore des sculpteurs en bronze, les Vischer, dont le meilleur, Pierre Vischer, mort en 1 529, traduisit dans le métal les conceptions et les types des sculpteurs en bois (fig. 396).

Après l'école de peinture de Cologne, la première à se développer fut celle de Souabe, dont le grand maître est Martin Schongauer, de Colmar( 1450- 1491). Martin dérive de Rogier, mais avec une pointe de sentimentalisme toute germanique. Comme beaucoup de peintres allemands, qui devaient fournir des images aux pauvres aussi bien qu'aux riches, il fut graveur sur bois et sur cuivre ; ses gravures, d'un trait énergique et ressenti, sont supérieures à ses tableaux, dont le meilleur est la Vierge aux Roses de Colmar (fig. 397). A Schongauer se rattache Zeitblom d'Ulm, mort en 1517, peintre profondément religieux et séduisant malgré ses incorrections.

L'école d'Augsbourg se développa à côté de celles de Colmar et d'Ulm.

Son meilleur peintre est Burgkmair.

élevé de Schongauer, qui alla à Venise en 1 508 et se fixa a Augsbourg, où l'en conserve presque toutes ses œuvres.

Un autre maitre d'Augsbourg, d'une verve puissante et souvent vulgaire, est Holbein le Vieux, père du grand Holbein, qui, dans ses derniers tableaux, semble rompre avec le style gothique et préparer l'émancipation de l'art que devait consommer son illustre fils.

Fig. 4o3. — A. DOrer.

Saint Georges.

Gravure.

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