LA DÉCADENCE ITALIENNE
YiG. 422. — Caravage.
La Mort de la Vierge.
/Musée du Louvre.) (Cliché Xeurdein.)
huit ans, le palais Farnèse à Rome ont d'incontestables qualités de grâce et d'invention (fig. 416). L'influence dominante, dans cette école, était celle de Raphaël et de Michel- Ange pour le dessm et la composition, de Titien et de Corrège pour le coloris — modèles qui ne sont pas assez disparates pour ne pouvoir être imites simultanément.
De l'école des Carrache sortirent des peintres autrefois très célèbres, aujourd'hui un peu trop dépréciés :
Albane (1578-1660), qu'on appelait YAnacréon de la peinture, Dominiquin ( I 58 1 - 1 64 1 ), qu'on égalait à Raphaël, Guido Reni (1575- '642), qui fut un décorateur fécond et spirituel. Ces artistes, auxquels il faut ajouter Guerchin (1591-1 666) .
influencé comme eux par les Carrache, sont les principaux représentants de l'école bolonaise, dont toutes les villes d'Italie et tous les musées de l'Europe possèdent des tableaux (fig. 417-420). Le chef-d'œuvre de Dominiquin, la Dernière Communion de s^int Jérôme, au Vatican, peut donner une idée générale du style des Bolonais (fig. 417). C'est une œuvre académique et éclectique, où l'imitation de Raphaël et de Michel-Ange est sensible, qui ne témoigne ni d'une vision originale, ni d'une pensée profonde, mais ou il y a de la science réelle et un sentiment de L composition que la plupart des prédécesseurs de Raphaël ont ignoré. De même, la célèbre peinture de Guido Reni, l'Aurore, au palais Rospigliosi à Rome (1609), bien que d'une couleur un peu criarde dans sa clarté et d'un dessin trop facile, est une des grandes œuvres de la peinture décorative (fig. 419).
r iG. 423. — Ber.ni.m.
Apollon* et Daphné.
(Galerie Borghèse, à Rome j
(Cliché Auderson, Rome.)
Fir,. 424. — RiBERA.
L'Adoration des Bergers.
(Musée du l.nuvre.) (Cliché Seurdviii )
APOl.LO
Guido Reni a encore crée des types du Christ, de la Vierge et de
sainte Madeleine, auxquels on peut reprocher une certaine vulgarité sentimentale, mais dont le prodigieux succès atteste qu'ils répondaient — ce qui n'est pas un mince mérite — à l'idéal religieux de son temps (fig.418).
L'académisme des éclectiques ne tarda pas a provoquer une réaction.
Un gâcheur de plâtre, homme sans éducation artistique, mais puissamment doué, Caravage (1569-1609).
vint enseigner le retour à la nature, 'non pas à la nature souriante et sereine, mais à la brutalité et à la laideur. Peignant dans un atelier sombre, éclairé dans le haut par un soupirail, il obtint des efFets de couleur
et de relief saisissants, qui étaient nouveaux pour les Itahens. Si l'éclairage de ses tableaux est factice, ses
types sont ceux de la rue et même
de la prison ; Caravage est le premier
Italien qui ait renoncé de parti pris
à l'idéalisme (fîg. 421, 422). Il fut,
en cela, le Manet de son temps ; mais,
étant de son temps, il ressembla plus
qu'il ne le pensait aux Carrache. On
éprouve cependant comme un sentiment de respect devant son chefd'œuvre, la Mort de la Vierge, au
Louvre (fîg. 422) ; il fallait vraiment
le courage d'un initiateur pour jeter
un pareil défi de naturalisme à la face
des caudataires de Raphaël. Outre
les sujets de sainteté, Caravage a
figuré volontiers des épisodes violents
de la vie réelle, meurtres, rixes, scènes
de taverne, aventures de bohémiens
et de vagabonds. Les Carrachistes maudirent Caravage, mais ils finirent
FiG. 425. — Morales.
Vierge et Esfant.
(Collcclion Pablo Bosch, à Madrid.)
LA DECADESCE ITALIENNE
FiG. 426. — G. Bernixi.
Sainte Thérèse
FRAPPÉE PAR l'amour DIVIN.
Eglise Sainte-Marie-de-la- Victoire
A Rome.
(Cliché Anderson, à Rome.)
FiG. 427. — Chr. Allori.
Judith
?ortant l.\ tète d'Holoferne.
(Palais Pitti, à Florence.)
(Wœrmann, Malerei, t. III.
Seemann.édit.)
FiG. 428. — G. Sassoferrato.
La Madone au Ros.\ire.
Église de Sainte-Sabine, a Rome.
(Cliché Anderson, à Rome)
FiG. 429. — Carlo Dolci.
Sainte Cécile.
(Musée de Dresde.) (Wœrmann, Malereiit.IU.
Seemann, édii )
FiG. 43o. ZURBARAIÎ.
Moine en prière.
(Galerie Nationale de Londres.)
1 presque tous par subir son influence ; Guerchin se ht son disciple et Guido Renî l'imita au point de renoncer à sa couleur crue et claire pour peindre ses figures comme au fond d'une cave. Aujourd'hui encore, les sectateurs de Caravage sont plus nombreux de beaucoup que ceux de Raphaël ; c'est contre cette tradition vivace qu'a réagi, dans la seconde moitié du Xix" siècle, la manière de peindre en pleine lumière, appelée, d'un mot barbare, le pleinairisme.
Des Carrache et de Caravage procède encore un décorateur plein de verve, Pierre de Cortone (1506-1609), qui eut pour élève à Rome un peintre doué, mais comme lui d'une facilité excessive, Luca Giordano, dit Fa presto (fait vite), auteur
de nombreux ouvrages conservés à Naples et à Madrid. L'école des
Cortonistes a couvert les églises et les palais de l'Italie de peintures
rapidement exécutées, tapageuses, et dont le brio, pour parler comme
les italiens, ne compense pas toujours la
vulgarité et l'incorrection.
Après Bologne, Naples et Gènes virent
grandir des écoles qui dominèrent dans
la seconde moitié du XVII" siècle. A
Naples travailla le plus grand paysagiste
et peintre de batailles de l'Italie, Sal-
vator Rosa (1615-1673), dont la manière fuligineuse et heurtée se rattache
à celle de Caravage. Naples produisit le
plus grand sculpteur italien du XVU siècle, Bernini (1598-1680), qui fut attire
à Paris par Louis XIV et exerça a
Rome, grâce à la faveur de plusieurs
papes, une «orte de dictature artistique
(fîg. 423, 426). Ses contemporains le
croyaient un nouveau Michel-Ange ; c'est, ï^io. 43i. — Velasquez.
en reaiite, le Rubens de la sculpture, le 'l,P?'f ,?.'' ^T'
,, Il (Musée de Madrid.)
représentant par excellence du style icuché Lacoste, à. Madrid.)
FiG. 432. — Velasquez.
Le prince B^LTHAZAR-CHArJ-ES.
(Musée de Madrid.)