I. Bonnat, Gazelle des Beaux-Arh, 1898, I. p
FiG. 435. — El Greco.
Christ aux donateurs.
(Musée du Louvre.) (Cl. Hachette.)
nombre de disciples et
LECOLE ESPAjGSOLE
Theotocopuli dit El Greco (1550-1614), élève de Titien à Venise, imitateur génial et souvent extravagant de Tintoret. Velasquez avmt, dans son atelier, quatre peintures dt Greco et l'appelait la Bible de la peinture. " Chez lui, la spintualisation à outrance de la forme tcuche au mépris de la ferme ; il est l'ancêtre le plus audacieux de l'impressionisme et le plus admiré, même en ses folies.
L'art espagnol avait naturellement des tendances ascétiques et monacales.
En plein X\'l siècle, un retardataire de talent, Morales, surnommé leDivin, y peignait encore des Vierges émaciées, des Christs inspirés de Van der Weyden (fig. 425). Toutefois, vers la même époque, les influences de la Renaissance italienne s'implantèrent a Séville, dont l'éccle devint le centre
Fig. 486. — MuRiLLo.
Sainte Élizabeth de Hongrie.
fS[usée de yiadrU). (Cliché Andetson.)
de r
art espagnol. Là aussi, le classicume éclectique provoqua une réaction. Vers 1 620, H errera le Vieux donna l'exemple d'un naturalisme fougueux et brutal, servi par une largeur de touche étonnante (on prétend qu'il ne peignait pas avec des pinceaux, mais avec des joncs). Le plus doué de ses successeurs, Zurbaran, né en 1598, a été appelé le Caravage de 1 Espagne.
C'est, par excellence, un peintre de scènes religieuses, de moines extatiques et visionnaires. Le Dominicain agenouillé, a. la Galerie Nationale de Londres, est une peinture qu'on n admire pas sans angoisse et qu'on n'oublie pas après l'avoir admirée (fig. 430).
Un contemporain de Zurbaran à Séville, Montanez, fut le maître de l'école de sculpture espagnole. A la fois ascétique et brutalement réaliste, il a produit des œuvres qui font
i'IG. 437. — MURILLO.
L'ASSOMPTIOîJ DE LA ViERGE.
(Musée de Madrid.)
(Cliché Lacoste, à Madrid I
FiG. ^38. — MURILLO.
Enfants mangeant des melons.
(Musée de Munich.)
peur, vibrantes d'une vie intense et douloureuse, dont l'éloquence s'adresse aux sens plutôt qu'à l'esprit. Son meilleur élève, Alonso Cano ( 1 60 1 - 1 667) , peintre et sculpteur, réagit contre les excès du naturalisme et se rapprocha de l'idéalisme italien, sans cesser pour cela d'être émouvant et expressif.
Plus jeune d'un an que Zurbaran et élevé comme lui a Séville, Velasquez, débordant de force et de santé, échappa à l'influence de Caravage et à l'étreinte du mysticisme espagnol ( 1 599- 1660). Sa carrière, comme celle de Raphaël, fut une longue suite de triomphes ; il ne connut ni les difficultés des débuts, ni les tristesses d'une fin délaissée, Velasquez étudia a Madrid l'admirable
série des tableaux de Titien, que Charles-Quint y avait réunis ; il passa
aussi deux ans en Italie. Mais les Vénitiens n'ont fait que lui révéler
son génie, qui est bien personnel. Au point de vue de la technique,
c'est peut-être le plus grand peintre que
le monde ait connu. Ecoutons Bonnat,
oon admirateur enthousiaste, nous parler de ' cette coloration claire, limpide
comme une aquarelle, brillante comme
une pierre précieuse ", de ces tons gris,
dorés, argentés ", de l'heureux assemblage et de la tendresse exquise des
nuances les plus délicates de la couleur.
" Les procédés de Velasquez sont d'une
étonnante simplicité. 11 peint du premier
coup ; les ombres simplifiées ne sont que
frottées, toutes les lumières sont peintes
en pleine pâte : et le tout, dans des
tonalités fines, si largement, si justement
exécuté, est tellement exact de valeur
que l'illusion est complète. " Avec cela,
il ne crée pas a ses personnages, comme
Rembrandt, une atmosphère factice.
FiG. 439. — Goya.
Les Majas au Balcon.
(Musée de Madrid.) (Cliché Lacoste, à Madrid )