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VINGT. DEUXIEME LEÇON L'ART EN HOLLANDE ET EN FLANDRE AU XVII' SIÈCLE

EN 1556, les Pays-Bas, qui avaient fait partie de l'empire de Charles-Quint, passèrent au royaume d Espagne. Depuis trente ans, la Reforme y faisait des progrès, malgré les persécutions et les supplices. En 1 564, éclata le cculèvement qui, après d'effroyables hécatombes, aboutit, en 1579, a l'Union d'Utrecht ; les provinces

hollandaises formèrent la Ré-

"ZSgÊ/F—'^'rr^ publique des Sept-Provinces ^t Unies. La paix de Westpha-

lie, en 1 648, reconnut l'indépendance de la Hollande, alors alliée de la France. Au XVI r siècle, malgré la guerre injuste et cruelle que lui fit Louis XIV, elle était le pays le plus riche et le plus civilisé de l'Europe, l'héritière de la gloire de Venise et de sa prospérité.

Donc, à partir de la fin du XVP siècle, il existe une démarcation très nette entre la Belgique, restée catholique et espagnole, et la Hollande, protestante et libre. Le cours inférieur de la Meuse séparait vraiment deux civilisations différentes. C'est ce que l'histoire de l'art ne saurait perdre de vue dans l'étude comparée de l'art hollandais et de l'art flamand.

La Hollande du XVll- siècle, opulente et laborieuse, était un milieu 1res propice au développement de l'art, en particulier de la peinture. Mais il ne pouvait s'agir de la décoration des églises, que réprouvait le protestantisme ; ainsi, pas d'art monumental et, partant, très peu d'académisme. Les maisons particulières, étroites, hautes et obscures, réclamaient de petits tableaux ; aux hôtels de ville et à ceux des corporations, il fallait des groupes de portraits représentant des échevins, des archers, des chirurgiens, des curateurs de fondations charitables, répondant au désir de cette riche bourgeoisie de commémorer les services rendus par elle. Par là s'explique la double préférence de l'art ibo

FiG. 442. — Fraxz Hals.

Le Peintre et sa femme

(Musée d'Amsterdam )

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FiG. 443. J. VAN RflSDAEL. Le MaRÉCAGE.

(Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.) (Wœrmanx. MalereiA. 111. Seemann, édit.)

- - — L'ART H0LL.4ND.AÎS AU XVIr SIECLE ■

hollandais pour les tableautins, — scènes d'intérieur, paysages, exceptionnellement religieux ou historiques, — et pour les portraits, soit isolés, soit réunis.

Les Hollandais aimaient la -lature et la peinture avec une sorte de sensuc.lité d'artistes. Ils ne leur demandaient pas, comme les Italiens, d'exprimer des idées subtiles. Leur art est réaliste, généralement dépourvu d'intellectualisme : l'art pour l'art.

Il en résulta, d'abord, un développement extraordinaire de l'habileté technique, qui apprit à rendre les nuances les plus fugitives de la lumière hollandaise, tamisée en une pluie d'or pâle par une atmosphère toujours humide ; puis une indifférence relative pour la signification des sujets traités. Les petits maîtres s'appliquent a un nombre restreint de thèmes généraux : le médecin et ses clients,

le mal d'amour, le message, le concert, le cabaret ; les paysagistes représentent la forêt, la cascade, la mer ou la plage, le coin de ville ou de quai. Ce ne sont pas des conteurs à l'affût d'anecdotes piquantes ou édifiantes :

rien d'analogue à l'^sca.'"polette de Fragonard, au Père de famille de Greuze.

Tout l'esprit de cette peinture est dans l'exécution, dans le ragoût de la peinture elle-même ; à la différence des maîtres français du

FiG. 444. — J. VAN RuisDAEL. Le Moulin.

(Musée Van der Hoop, à Amsterdam.)

XVI IP et du XIX' siècle, les Hollandais ne font pas de littérature dans leurs tableaux.

Ce qu'on s'explique difficilement, c'est que ce peuple, qui avait conquis sa liberté au prix de sacrifices héroïques, qui s'illustra, au cours . 25i

FiG. 445. — Rembrandt.

La Leçon d'axatomie.

(Musée de La Haye.)

du XV'll siècle, par d'éclatantes victoires sur terre et sur mer, ait dédaigné presque complètement la peinture historique. Quai.:] on rapproc! e Meissonier des Hollandais, on outiie que le peintre français, un peu hollandais par sa technique, ne l'était pas du tout par l'esprit : ce fut, avant tout, un peintre d'histoire.

Mais peut-être les Hollandais ne goûtaient-ils pas un genre de peinture oui art est

moins en évidence que le récit ; peut-être aussi pensaient-ils que la guerre, même légitime et heureuse, cause trop de misères pour que les tableaux en soient plaisants.

A !a fin du XVI' et au début du XVII» siècle, la Hollande subit l'influence de l'art italien, de Raphaël d'abord, puis de Caïavage ; on peut dire que l'italianisme y resta des lors a l'état latent. Mais le réalisme revendiqua ses droits a Harlem, avec Franz Hais, mort en 1 666, le plus grand portraitiste de la Hollande après Rembrandt. Les dernières œuvres de Hais témoignent d'une observation pénétrante et d'une franchise de touche comparables à celles de Velasquez. Mais quel contraste avec le sévère Espagnol !

Hais est le peintre du rire ; il a observé et figuré le rire à toutes ses phases ; une monographie du rire et du sourire pourrait être illustrée rien qu'avec des portraits de Hais (fig. 442).

FiG. 446. — Rembrandt.

La Présentation au temple.

(Musée de La Haye.)

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