‹ ApolloChapitre 77 sur 100 · I.NTÉRIEL'R · texte numérisé non relu

I.NTÉRIEL'R

(Galerie S ationale de Londres.)

FiG. 457. — Jan Vermeer(deDelft).

L'artiste dans son atelier.

(Collection Chemin, à V'ietme.)

(Cliché Stœdtner, Berlin.)

rins d Emmaùs au Louvre ; portiaits de lui-même, de sa femme Saskia, de sa servante ; paysages, natures mortes, tout, dans l'œuvre de Rembrandt, participe à ce même caractère, d'autant plus accusé que la technique du maître devient plus libre, qu'il s'abandonne plus

L'ART HOLLANDAIS AU XVll'^ SIECLE

FiG. 458. — M. HoBBEMA. Le Moulin.

Oluséc du Louvre.)

complètement à son génie. Rembrandt aborda, au cours d'une féconde carrière (1606-1669), presque tous les sujets qui pouvaient tenter un artiste. Son universalité n'a d'égale que l'originalité de sa vision, grâce à laquelle il renouvelle les motifs les plus vulgaires et ceux qu'on avait le plus souvent traités avant lui. Assurément, il ne voit pas la nature à la façon des Italiens de la Renaissance ; il préfère à la beauté le caractère et cherche l'au-delà dans la lumière plutôt que dans le deosin. Mais sa gloire ne craint la comparaison avec nulle autre. A vivre dans la familiarité de son génie, on l'apprécie toujours davantage ; s'y plaire beaucoup, c'est avoir beaucoup appris (fig. 445-454).

Comme Durer, Rembrandt ne parla pas seulement aux yeux des riches, mais des pauvres ; il descendit vers la foule avec ses incomparables gravures, dont le charme n'est pas seulement dans la couleur — personne n'a su, comme lui, faire rayonner le papier blanc — mais

dans 1 inimitable expression des lignes, où le moindre trait, la moindre insistance répondent à une intention d artiste, a un sentiment (fig. 453, 454). Tout le monde connaît la pièce inachevée dite des Cent Florins, représentant Jésus-Christ qui guérit les malades ; tout le monde du moins peut la connaître à Paris, car il en existe deux admirables épreuves, visibles, l'une au Cabinet des Estampes, l'autre dans la Collection Dutuit.

Comme peintre de portraits, Rembrandt eut un rival en Van der Helst de Harlem, l'auteur du célèbre tableau de la corporation des

Fig. 459. — P. PoTTER. Le Taureau.

(Musée de La Haye.)

l'iG. 400. — A. CuYP. Paysage hollandais (Galerie Nationale de Londres.)

arbalétriers d'Amsterdam (fig. 455). Vu auprès de Rembrandt, il parait un peu froid : mais combien de peintres peuvent supporter un tel voisin ? 11 en est deux peut-être qui s'en accommodent : l'un est Pieter de Hooch, qui travailla à Amsterdam (1630-1677) et qui, influencé par Rembrandt, sut comme lui faire descendre sur ses toiles une lumière à la fois intense et diffuse

(fig. 456). C'est un peintre d'intérieurs paisibles, rayonnants, aux échappées lointaines, où circule une atmosphère veloutée et chaude. Le second est le prodigieux Vermeer de Delft (1632-1675), influencé aussi par Rembrandt, auteur d'une vingtaine de chefs-d'œuvre lumineux qui sont parmi les plus beaux du monde et dont le plus extraordinaire est conservé à Vienne, dans la galerie du comte Czernin

Il est toujours pénible d'avoir a se borner, dans la revue rnéme rapide d'une grande école ; mais combien l'on regrette davantage la nécessité d'être bref, lorsqu'elle oblige à laisser de côté des paysagistes comme Van Goyen, Aart van der Neer et Hobbema, le rival de Ruisdael (fig. 458) ; des animaliers comme Paul Potter et Cuyp, le plus grand de tous en ce genre (fig. 459, 460) ; des peintres de ' scènes galantes et familières comme Ter Borch, Metsu, Steen, qui sont des ma très (fig. 461 , 463), comme Gérard Dou et Miéris, qui sont des peintres charmants ! Et je n'ai rien dit des peintres d'intérieurs d'églises, de fleurs, de fruits, de natures mortes, de basses-cours ! Jamais la ga-

Fig. 461.

— Terbolrg (Ter Borch).

La Mlsicien.se.

(Musée de lier tin.)

L'ART HOLLASDAIS AU XVW SILCLL

geure d exposer l'histoire de 1 art en vingt-cinq leçons ne m'a semblé si difficile à tenir.

J'ajoute seulement que tous ces hommes supérieurs ont paru et disparu dans un espace de temps très court ; au xviil' siècle, il n'y en a plus un seul. La peinture hollandaise se fit mièvre, porcelameuse, a l'imitation de Gérard Dou et de Miéris ; l'académisme et l'italianisme se réveillèrent ; ce fut un long crépuscule après le plus éclatant des jours.

Dems la Flandre catholique, la peinture compte moins de grands noms ; mais, parmi eux, est l'un des plus grands qui soient, celui de Rubens.

Le style italien, cet ennemi

FiG. 463. — J. Stees.

La Consultation.

(llusée d'.\ msterdam .) (Gai^ette des Beaux-A rts.)

FiG. 462. P. P. RCBENS.

La Descente de la croix, (Cathédrale d'Anvers.)

F1G.464. — P. P. Rlbens. Le Peintre, Hélène Focrment et leur enfant.

(Collection Alph. de Rothschild, à Pansj

insidieux de l'art du Nord, avait pris possession de la Flandre vers le milieu du xvr siècle. Des deux maitres de Rubens, l'un, Adam van Noort. est presque inconnu ; l'autre, Otto Vaenius, était un italianisant distingué, mais froid. Né en 1577, Rubens étudia a Anvers, où les œuvres laissées par Quentin Metsys et ses élèves paraissent avoir influé sur lui plus que ses maitres ; en 1600, à vingt-trois ans, il était déjà en possession d'un talent formé. Il partit alors pour l'Italie et y passa huit ans, surtout a Venise, à Mantoue, a Rome et a Gènes. En 1 609, il fonda un atelier à Anvers et commença une carrière de triomphes ininterrompus jusqu'à sa mort, qui survint subitement en 1640. Comme Jean Van Eyck, Rubens fut chargé de missions diplomatiques, vécut dans l'intimité des rois et des princes. Il était riche, très admiré, chef d'une nombreuse école qui l'aidait dans ses besognes écrasantes ; des 161 1, il écrivait à un ami qu'il avait dû refuser plus de cent élèves. Rubens avait un tarif spécial pour les tableaux qu'il peignait et pour ceux dont il surveillait seulement l'exécution ; mais les toiles où il s'est représenté lui-même avec les deux femmes qu'il épousa successivement, Isabelle Brant et Hélène Fourment, ou avec

les beaux enfants qu'il eut d'elles, sont, comme ses esquisses, entièrement de sa main et permettent d'assurer que les grandes peintures auxquelles il dut sa gloire ont été, dans une large mesure, ébauchées et terminées par lui.

Rubens fut un créateur d'une fécondité sans pareille :

portraitiste, paysagiste, peintre de scènes religieuses, historiques, allégoriques et familières, de chasses, de fêtes, de tournois. 11 avait le goût de la décoration grandiose ; même ses petits tableaux, qui sont relativement rares, semblent être

FiG. 465. — P. P. Rlbe.ns.

Le ." Coup de Lance".

(Musée d'Ajivers)

I. Il me semble qu'on perd trop de vue l'affinité des premiers tableaux de Rubens avec les dernières oeuvres attribuées à Metsys, comme la touchante Pieià de Munich.

L'ART FLAMAXD AU XVW SIECLE

Wk

^IHw'l

FiG. 466. p. p. RUBENS.

Miracles de saint Ignace.

iMusée de Vienne.)

des réductions de toiles énormes. Les modifications que le cours des années apporta à sa manière ne sont pas très importantes. Son faire, d'abord lisse et un peu mince, devint de plus en plus hardi et expéditif ; mais il n'empâta jamais les couleurs et conserva toujours une palette très simple, dont il tirait mille effets avec une dextérité de magicien. Son style fut dès l'origine et resta celui d'un narrateur éloquent, s'amusant lui-même de sa faconde, jouant avec les difficultés, jamais ému ni troublé, même lorsqu'il émeut et trouble les spectateurs, ne se tourmen- i. tant d'aucune recherche subtile, aimant les belles formes et les couleurs savoureuses, épris de clarté et de force plutôt que de distinction et de profondeur. Les emprunts nombreux qu'il a faits à l'antique, aux maîtres vénitiens, à Michel-Ange, à Caravage, Imssent intacte son originalité un peu vulgaire, reflet

d'une nature foncièrement fla- ' mande, dont la sensualité est

toujours en éveil, alors même qu'il traite des sujets sacrés. Les Vénitiens, eux aussi, seuls parmi les Italiens, ont été plus sensuels qu'intellectuels ; mais, chez eux, la sensualité s'embellit d'une aspiration plus haute, montant de l'individu vers le type, tandis que Rubens est un géant qui saisit la nature à pleines mains, l'embrasse a pleine bouche et ne se préoccupe pas d'exprimer l'inexprimable, ni même les déhcatesses cachées des choses. Comparez la femme nue du Concert champêtre de Giorgione à une quelconque

FiG. 467. —p. p. RUBEXS.

Enlèvement des filles de Lelcippe

PAR Castor et Pollux.

(Musée de Munich. j

des plantureuses nudités de Rubens, et vous mesurerez l'intervalle qui sépare, même dans les hautes régions de l'art, la poésie de la prose, la forme rêvée, de la forme vue.

On cite généralement la Descente de la Croix de la cathédrale

FiG.

— p. p. Rubens. — Couronnement de Marie de Médicis. (Musée du Louvre.)

d'Anvers comme le chef-d'œuvre typique de Rubens. C'est à tort. Ce tableau a été peint en 1611, presque au lendemain du retour

d Italie. C'est une toile superbe, mais une des moins flamandes, une des moms personnelles du maître. L'influence de l'Italie se trahit non seulement dans la composition, qui est empruntée en grande partie, mais dans la couleur, qui est encore timide (flg. 462). En revanche, le Coup de lance du Musée d'Anvers, daté de 1 620, appartient à la période de la magnifique maturité de Rubens, immédiatement avant l'exécution fantastiquement rapide des 24 grands tableaux de la galerie de Médicis au Louvre (1622-1625). Le Coup de lance révèle le génie de Rubens et les limites qu'il ne devait pas franchir (flg. 465). La composition a beau , ^ —^ , 202

hiG. 469. — J. JORDAENS. FÊTE DE FaMILLE.

(Musée de Dresde.) (Wœrmann, Malereij t. III. Sccmann.édii.)

Page 1