L'ART FLAMAND AU XVII' SIECLE
FiG. 470. — - A. Vas Dyck.
Decx jeunes lords anglais.
(Collection de Lord Darnley,
à Cobham-Hall.)
être savante, la couleur chaude, les physionomies expressives : cet art théâtral est très près de terre, très matériel ; il s'adresse aux sensibilités ordinaires, non à une élite. On dirait le sermon dun prédicateur grandiloquent, au style coloré et plein d'images. C'est précisément ce genre de tableaux déclamatoires et émouvants que demandaient les Jésuites : éblouir, séduire, parler clair, frapper fort, voilà le programme de ces protecteurs de l'art. Rubens a le douteux honneur de l'avoir rempli mieux que tout autre. 11 manque a sa peinture la petite note perlée et mystérieuse, écho des Fioretti des saints d'Assise, qui résonne toujours dans un tableau florentin ou siénois de l'âge d'or.
Si, dans ce domaine, Rubens est inférieur aux Italiens et même aux Espagnols, combien il les dépasse tous dans les tableaux où l'éclat, la verve gaillarde, la sensualité même sont bien de miseï : dans cet admirable Enlèvement des Leucippides, du Musée de Munich, dans vingt Chasses tumultueuses, dans la Kermesse endiablée du Louvre ! Portraitiste, des siens surtout, il n'est pas moins extraordinaire, et, s'il le
cède â Rembrandt et à
Titien pour la profondeur de l'expression, il fait, mieux qu'eux, participer à sa joie de vivre, à l'optimisme de sa santé et de son amour. Et ses paysciges, ses animaux, ses fleurs enguirlandées d'anges !
La commission instituée en 1879 à Anvers pour réunir des reproductions de toutes ses œuvres comptait, dans les divers musées et collections (qu'elle ne connaissait pas tous), 2235 tableaux. 11 n'y a pas, dans l'histoire, un autre exemple d'une pareille fécondité, alliée à tant de puissance Imaginative, à un don si prodigieux de création (fig. 462, 464-468). __ 263
Fig. 471. — A. Van Dyck.
Lamentation sur le corps du Christ.
{Musée d'Anvers.)
APOLl.O - —
Rubens avait eu pour condisciple J. Jordaens, peintre éclatant et vulgaire (1593-1678). parfois la caricature de Rubens, parfois son égal en bonne humeur tapageuse et rutilante (fig. 469). Le meilleur des élevés de Rubens. Van Dyck, était un tout autre homme (1599-1641). Si Jordaens est Rubens a la kermesse, Rubens en ribote, Van Djck est Rubens en ambassade. Il vécut surtout en Italie et en Angleterre, dans un monde de princes et de grandes dames, dont il fut le peintre favori, qui raifolaient de son élégance et de ses belles manières. Ses portraits aristocratiques, où il a mis un reflet
de sa fine nature, sont aussi des documents psychologiques et historiques d'une haute valeur, en même temps qu un régal pour les yeux. Comme peintre religieux, il est distingué sans être puissant ; mais sa couleur charmante, plus subtile en nuances que celle de Rubens, racheté ce que son dessin a d'un peu mièvre et son pathétique de convenu (fig. 470, 471). On se demande comment un cU"tiste si souvent associé auX divertissements des Cours a pu, dans une vie de quarante-deux ems a peine, peindre près de 1 500 tableaux, dont la grande majorité sont des portraits, et faire en même temps œuvre imposante de graveur. Assurément, il se fit beaucoup aider ; dans la plupart de ses portraits en pied, les têtes seules sont entièrement de lui ; il n'en donna pas moins le spectacle d'une activité étonnante, qui a été dépassée seulement par celle de Rubens.
La peinture de genre se développa, dans la Flandre catholique, moins richement qu'en Hollande : pourtant. David Téniers d'Anvers (1610-1690). qui s'inspira de Rubens, est l'un des plus grands parmi les peintres de paysans, de drôleries et de diableries innocentes. Le cabaret, l'échoppe, la foire en liesse n'ont pas de secrets pour lui, et sa touche est au moins aussi spirituelle que son observation (fig. 472, 473).
Vingt noms encore se pressent dans ma mémoire, noms de peintres de genre, de paysages, de natures mortes ; mais a quoi serviréiient ces
Fig. 472. — D. Tésiers. Kermesse.
(Musée de Munich.) (Cliché Hanfstaengl, Munich!
L'ART FLAMAND AU Xl'Il' SIECLE
noms, verba et voces, sans les quelques mots d'information qui en préciseraient la valeur ? H vaut mieux se taire que de les énumérer sèchement. C'est surtout dans l'histoire de l'art que l'érudition purement verbale est odieuse, car cette histoire est celle de la filiation des styles, et ce serait en ruiner la conception même que d'en faire une matière nouvelle à récitation.
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FiG. 473. — D. TÉNIERS.
Tentation de saint Antoine.
(Musée du Louvre.)
VINGT.TROISIÈME LEÇON L'ART DU XVir SIÈCLE EN FRANCE
AU début du XVII' siècle, l'art français, peinture et sculpture, était engagé dans la voie de l'imitation italienne. Ceux des Italiens qu'on imitait le plus volontiers étaient eux-mêmes des éclectiques, et les œuvres qu'ils inspiraient restaient d'ordinaire audessous de leurs modèles. Jean Cousin, auteur du Jugement dernier du Louvre (fig. 474), est un artiste médiocre, plutôt illustrateur de
FiG. 474. — J. Cousin. Épisode du "Jugement dernier . (Musée du Louvre.) (Cliché Giraudon.)
livres que peintre, qui n'a nullement mérité son surnom de " fondateur de l'école nationale ". En dehors des Flamands immigrés, comme Philippe de Champaigne, Bruxellois dont le Louvre possède d admirables portraits, il y eut en France peu d'artistes distingués avant l'avènement de Louis XIV. Toutefois, il faut faire une place honorable à Jacques Callot (de Nancy), qui dessina et grava, avec un impitoyable réalisme, des scènes de gueusene et de guerre (1593- 1635; fig. 475). Cette veine populaire, que devait bientôt étouffer l'art officiel, fut aussi suivie par les trois frères Le Nain, reçus le même jour, en 1648, à l'Académie de peinture. lisse rapprochent des Hollandais par le choix de leurs sujets familiers et intimes, mais leur peinture est noire et lourde ; l'influence de Caravage a pesé sur eux (fig. 476).
Le peintre le plus estimé et le plus fécond du temps de Louis XIII fut Simon Vouet (1590-1649), imitateur des Carrache, qui vécut 266 ~