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L'ART DU XI II' SIECLE EN FRAXCE

quatorze ans à Rome avant de devenir " premier peintre " du Roi. C'était un artiste probe, de cette probité un peu solennelle et froide qui, dans l'art du grand siècle, rehausse souvent la médiocrité (fig. 477).

De son école sortirent Le Brun, Le Sueur et Mignard, qui eurent plus de talent que lui, mais s'inspirèrent de son exemple et de ses leçons.

Sous le règne de Louis XIV, les noms célèbres ne manquent pas dans 1 histoire de la peinture : Poussin, Le Sueur, Le Brun, Jouvenet, Claude Lorrain, Hyacinthe Rigaud, Largilliere, Mignard et bien d'autres. Mais, quand on passe, au Louvre, de la grande gcJerie italienne dans la salle française du xvii"- siècle, on ne peut se défendre d'une impression de froideur et même d'ennui. Si pourtant 1 on s'approche de quelques tableaux, même choisis au hasard, et qu'on les étudie de près, on y découvre de belles qualités de science et de conscience, avec un air de noblesse qui n est point banal. L'impression de froideur n'en subsiste pas moins. C est que tous ces artistes ont manque de passion, de flamme ; ils ont été

Fig. 475. — J. Cai.lot.

L"ÉcLOPÉ. (Gravure.)

Fig. 476. — Le Nais. Repas de Paysans.

(Musée du Louvre.)

Fig. 477. — S. VouET.

La Foi.

(Musée du Louvre.)

trop intellectuels ; ils ont trop raisonné leurs œuvres, et, par-dessus tout, ils ont été trop peu libres — opprimés, les uns, par l'antiquité et les modèles italiens, les autres, par l'académisme français, dont Le Brun

— fut le pontife intolérant.

Ce Le Brun était un dessinateur de grand style, un décorateur savant et inventif, mais un peintre ennuyeux et un courtisan aussi servile que tyrannique. Quinault lui écrivait :

Au siècle de Louis l'heureux sort te [fit naitre :

Il lui fallait un peintre, il te fallait lun maître.

FiG. 478. — Cir. Le Brun.

Entrée d'Alexandre a Babylone.

(Musée du Louvre.) (Histoire des Peintres. Laurens, édit.)

de

Cet éloge est la plus mordante des satires. Bien que Le Brun ait montré la Galerie d'Apollon au

presque du génie dans la décoration

Louvre et un incontestable talent dans le dessin de ses Exploits d'Alexandre (flg.478), d'une si vilaine couleur ' jus de pruneau", il fut surtout letype du peintre officiel, sous un régime où l'art devait glorifier > le pouvoir absolu, contribuer a son faste et s'y asservir. Car l'art lui-même, au XVir siècle, fut mis en tutelle. Mazarin et Colbert constituèrent les Académies de peinture, de sculpture et d'architecture. Le Brun, professeur à l'Académie de peinture depuis 1648, en devint chancelier à vie (1663), puis directeur de 1663 jusqu'à sa mort (1690). Son autorité y fut souveraine. Il ne protégea pas que des incapables, mais il étouffa ou découragea les indépendants.

Le plus grand artiste de ce temps-là, Nicolas Poussin (1594-1665),

1. Je rappelle que la peinture centrale du plafond est de Delacroix. 268

FiG. 479. — N. Poussin.

Les Bergers d'Arcadie.

(Musée du Louvre.)

LART DU XVir SIECLE EN FRANCE -

FiG. 480. — Claude Lorrain.

Le Passage du gué,

(Musée du Louvre.)

passa presque toute sa vie en Italie ; appelé à Pans en 1641, pour y diriger des travaux de peinture, il fut si vite écœuré par les intrigues de Cour qu'il n'y put tenir et, sous un prétexte, retourna en Italie. Poussin avait des dons admirables, une âme délicate et racinienne, un sentiment profond du grand paysage historique. Mais ses tableaux, fortement pensés et composés, sont des bas-reliefs peints ; ses figures, très correctement dessinées, sont quelconques ; il n'y a rien d'individuel dans leurs traits, rien de frémissant dans leurs chairs. Poussin a peint nombre de Bacchanales sans un sourire, sans une émotion de volupté. Sa couleur est souvent terne et criarde, comme une polychromie appliquée après coup et à regret ; seuls, ses fonds de paysage sont harmonieux dans leur tonalité discrète. Tyrannisé par l'antique, il fut aussi l'esclave de l'allégorie ; un de ses chefsd'œuvre, les Bergers d'Arcadie, est inintelligible sans un commentaire, et encore n eston pas bien sûr de l'avoir compris (fig. 479). Toutefois, les scènes bibliques de Poussin s'ont parmi les plus belles illustrations qu'on ait faites de l'histoire sainte ; à cet égard, il ne le cède même pas à Raphaël.

Le Sueur (1616-1655) est un peintre un peu surfait, dont l'œuvre, conservée presque entière au Louvre, intéresse qui l'étudié, mais n'attire pas. Assurément, dans les 22 tableaux oii il a raconté la vie de saint Bruno, il y a des compositions excellentes et nombre de belles figures ; mais l'imitation de

FiG. 481. — Claude Lorrain.

DÉBARQUEMENT DE ClÉOPATRE.

(Musée du Louvre.)

Raphaël y est aussi visible que le manque d'inspiration et de chaleur.

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FiG. 482. H. RiGAUD.

Portrait de Bossuet.

f Musée du Louvre.) (Cliché Xeurdein.J

FiG. 483. U. RiGAUD.

Gaspard de Gl'eydan.

(Musée d'Aix.) (Gat^ette des Beaux-Arts.)

Sa couleur, moins terne que celle de Poussin, est plus criarde, plus aigre. Ceux qui l'ont appelé le Racine de la peinture ont mal lu Racme, ou l'ont confondu avec Campistron.

Jean Jouvenet (1644-1717), protégé de Le Brun, fut, lui aussi, un imitateur. Sa Descente de la Croix a les honneurs du Salon Carré du Louvre et y fait bonne figure. Elle est supérieure aux compositions analogues des Bolonais : mais il y a là plus de rhétorique que d'éloquence, plus de savoir académique que d émotion.

Claude Lorrain (1600-1682) vécut en Italie comme son ami Poussin et y fut le favori de trois papes. Il est le maître incontesté de ce genre faux et conventionnel que l'on appelle le paysage italien, où le grand décor de la nature, savamment manipulé,

FiG. 484. — II. RlGAUU.

Le peintre Mignard.

(Musée de Versailles. J

L'ART DU XVir SIECLE Erv FRANCE

FiG. 485. — Nicolas de Largillière.

Portrait de l'artiste, de sa femme

ET de sa fille.

(Musée du Louvre.) {Clichc Seurdein.l

sert de fond et de cadre à une composition historique ou mythologique. Les temples, les arbres et les rochers de Claude Lorram ont bien peu de réalité ; ses personnages en ont moins encore ; mais ce qui sauve ses tableaux, ce qui leur a valu une admiration légitime, c'est le sentiment poétique de l'espace, du ciel, de l'eau, de la lumière. Cette lumière débordante, que jamais ne vient assombrir un nuage, a bien quelque chose de factice et de théâtral, comparée à la clarté diffuse d'un Cuyp ou d'un Vermeer ; mais il y a une beauté héroïque dans les paysages ensoleillés de Claude Lorrain (fig. 480-481). Turner, qui légua ses tableaux à la Galerie Nationale de Londres, demanda que ses deux plus belles œuvres de jeunesse fussent placées à côté de deux chefs-d'œuvre de Claude ; elles y sont encore et témoignent de l'influence du grand luministe du XVIF siècle sur son émule, d'ailleurs plus richement doué, du XIX'.

[C '■ ' Depuis le début du règne de Louis XIV

Im 'jji/ jusqu'à nos jours, on a peint en France

d excellents portraits ; le portrait est devenu un art national, et l'on vient de loin pour poser, en France, devant nos grands portraitistes. C'est que le convenu académique a moins de prise sur ce genre que sur tous les autres ; l'artiste, bon gre mal gré, y est placé devant la nature, en contact avec elle, et il faut bien qu'il ouvre les yeux pour la voir. Cependant, au siècle de Louis XIV, toute la vie était devenue si factice que les portraits eux-mêmes ont quelque chose d'affecté et de tendu ; témoin le Louis XIV et le Bossuet

Fig. 456. — MMON Glillain.

Louis XIII.

(Musée du Louvre )

FiG. 487. — F. GlRARDON.

Modèle duse statue de Louis XIV.

(Musée du Louvre.)

d'Hyacinthe Rigaud, qui sont de belles œuvres, mais dans le genre pompeux et froid (fig. 482-484).

Le meilleur peintre de portraits fut Largilliere (1656-1746), dont le Louvre possède le chef-d'œuvre, représentant le peintre, sa femme et sa fille (fig. 485). Tableau charmant, mais qui fait sourire plus sans doute que ne l'eût voulu l'auteur ; l'attitude digne des parents est si compassée, la jeune fille est d'une grâce si minaudière ! Mignard, l'adversaire de Le Brun, qui fut, après lui, directeur de l'Académie de peinture, est un portraitiste séduisant, mais d'une facture timide et pédante ; Poussin traitait ses portraits de froids et fardés ". Il fut d'ailleurs plus célèbre par ses grandes compositions, en particulier par ses fresques de la coupole du Val-de- Grâce, longuement et emphatiquement louées par Molière. Cette médiocre épître du grand poète est très instructive ; on y voit ce que la critique demandait à l'art du xviF siècle. Il doit être, suivant Molière :

Assaisonné du sel de nos grâces antiques. Et non du fade goût des ornements gothiques. Ces monstres odieux des siècles ignorants. Que de la barbarie ont produits les torrents. Quand leur cours, inondant presque toute la terre. Fit à la politesse une mortelle guerre. Et de la grande Rome abattant les remparts. Vint, avec son Empire, étouffer les Beaux-Arts.

Il faut donc imiter l'antique, dédaigner la tradition de l'art français et rétablir la " politesse ' dans ses droits. C'est déjà joli ; mais oyez la suite :

Il nous dicte amplement les leçons du dessin. Dans la manière grecque et dans le goût romain. Le grand choix du beau vrai, de la belle nature. Sur les resfês exquis de l'antique sculpture.

Fig. 488. — A. Coysevox.

La duchesse de Bourgogne

EN Diane.

(Musée du Louvre.)

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