TROISIEME LEÇON EGYPTE. CHALDÉE ET PERSE
LaRT de l'Egypte historique, celle des Pharaons, commence vers l'an 4000 avant J.-C. De 4000 a 3000 environ, fleurit YAncien Empire ; de 3000 à 2000, le Moyen Empire, détruit par l'invasion des pasteurs du désert ou Hycsos ; puis, de 1 700 a I 100, le Nouvel Empire. Alors s'ouvre une longue période de décadence, interrompue seulement, de 720 à 525, par une brillante renaissance sous les Pharaons ongmaires de Sais (période saïte). En 525, l'Egypte est conquise par les Perses, en 332 par Alexandre, puis par les Romains, les Arabes, les Turcs, les Français et les Anglais. Depuis 525 avant j.-C, elle n'a jamais recouvré ôon indépendance ; mais elle est redevenue, de nos jours, aussi prospère qu'au temps de son ancienne splendeur.
L'histoire de l'art égyptien, que les monuments permettent de suivre pendant plus de quarante siècles, présente certains caractères invariables : d'une part, une habileté technique qu'on n'a jamais surpassée ; de l'autre, une impuissance incurable a s'affranchir des conventions archaïques pour s'élever à la liberté dans la beauté.
Les premiers de tous les peuples, les Egyptiens ont construit de grands édifices en pierre avec de vastes salles soutenues par des colonnes et éclairées latéralement par en haut. Telle est la salle du temple de Karnak, à Thèbes (fig. 1 5), portée par 1 34 colonnes, dont plusieurs sont hautes de 21 mètres (Nouvel Empire). L'Egypte a possédé des temples beaucoup plus considérables que le Parthénon d'Athènes ; mais ces lourds édifices n imposent que par leur masse ; ils sont décorés sans sobriété et parfois sans goût. Le défaut le plus sensible du temple égyptien est d'être trop long pour sa hauteur et d'offrir, vu du dehors, trop de murs et trop peu d'ouvertures. A cet égard, le temple égyptien et l'église gothique présentent le contraste le plus complet : ici trop de pleins, là trop de vides ;
- Salle hypostyle (a colonnes)
DU IKMPLE DK KaRNAK.
CRcstiliiliuli de Cli. Chipie^::.)
EGYPTE. CHALDEE ET PERSE
FiG. i6. — La pyramide de Chéphre:;
ET LE GRAND SpHINX.
{Environs du Caire.)
l'art grec et celui de la Renaissance ont su trouver le juste milieu. Un historien grec des environs de l'ère chrétienne, Diodore, dit que les Egyptiens considéraient leurs maisons comme des lieux de passage et leurs tombeaux seuls comme des demeures durables. Cela est si vrai que l'art de l'Egypte nous est surtout connu par ses tombes, tantôt d'énormes pyramides de pierre ou de briques, réservées aux rois, tantôt des chapelles construites au-dessus du sol ou des cavernes creusées dans le roc. Les sépultures des riches sont ornées a l'intérieur de sculptures, de peintures, de bas-reliefs ; ce sont véritablement des temples dont le mort est le dieu.
L'Egypte nous a laissé des milliers de statues en pierre, en bronze,
en terre cuite, depuis des
colosses comme le sphinx voisin des grandes Pyramides (fig. 1 6) et les statues royales d'ipsamboul, hautes de près de 20 mètres, jusqu'à des figurines de dimensions minuscules qui remplissent les vitrines de nos Musées. Ces images représentent des dieux et des déesses, souvent avec les têtes d'animaux que leur prétait la mythologie égyptienne, des hommes, des femmes et des enfants, tantôt isolés, tantôt groupés, des animaux réels ou fantastiques. Les bas-reliefs et les peintures offrent une variété de sujets plus grande encore ; la plupart représentent les victoires des pharaons, les interminables cérémonies du culte, des scènes de la vie journalière
Fig. 17. — Bas-relief égyptien a Abydos.
AnOUBIS a tête DE CHACAL ET HonuS A tête DE FAUCON.
1 ititiiir^ -
OU du voyage de l'âme au pays des morts (fig. 1 7). Les fonds de paysage sont très fréquents ; mais, comme les Egyptiens ignoraient la perspective, leurs vues de campagnes ou de jardins s'étalent sur les parois verticales à la façon de cartes, sans raccourcis et sans différences de plans.
Au premier abord, dans un Musée égyptien, on a l'impression que tous les personnages se ressemblent, et l'on s'étonne que l'art d'un peuple ait pu rester si uniforme pendant tant de siècles. Mais une étude plus attentive, que l'on peut fort bien poursuivre au Louvre, fait bientôt ressortir les différences. Sous l'Ancien Empire, les figures sont plus trapues et plus directement inspirées de la nature (fig. 18) ; l'admirable scribe accroupi du Louvre, en calcaire barbouillé de rouge, serait un vrai chef-d'œuvre si l'artiste, très habile a reproduire les formes du corps, avait su donner à cette tête
énergique une expression de vie intérieure (fig. 19). Dès le Moyen
iimpire, les figures s'allongent, le modelé devient plus mou, l'art vise
à une élégance qui, parfois charmante (fig. 20), reste plus souvent
superficielle et banale. Ces tendances
s'accusent encore sous le Nouvel
Empire, qui est l'époque de l'aca-
démisme égyptien, caractérisée par
une prodigieuse habileté technique
au service d'un style conventionnel
et sans accent. A l'époque saïte,
les traditions de l'Ancien Empire
reprennent le dessus, à la faveur
dune réaction politique contre les
influences étrangères. L'art égyptien
produit alors des chefs-d'œuvre
comme la tête en grès rouge du Louvre
(fig. 21), qui, par la perfection réaliste du modelé, peut se comparer
Fig. i8. — Statue en bois DITE Cheikh el Beled