L'ART DU XVIÎ' SIECLE EN FRANCE
FiG. 492. — P. PCGET.
Alexandre et Diogèxe.
/'Musée du Louvre.) (Cliché Giraudon. j
tapis et des tentures, mais des meubles, de l'orfèvrerie et des candélabres. Ce qu'on appelle, dans l'ameublement, le stjde Louis XIV, est tantôt un compromis entre la tradition flamande et l'itcilianisme, tantôt une sorte de baroque sévère, où le goût français se révèle surtout par le choix des matériaux et la belle qualité de l'exécution. L'ebéniste Boulle acquit une renommée durable par ses meubles de cabinet, incrustés de cuivre, d'étain et d'ecaille, peu gracieux d'aspect- mais d'une technique impeccable (fig. 493).
Le bronzier et ciseleur de l'époque fut un Italien immigré, chef d'une nombreuse lignée d'artistes, Philippe Cafîieri. Les dernières années du règne de Louis XIV' ne furent qu'une lamentable décadence. Par bonheur, si le vieux roi mourut trop lentement, la France, malgré les désastres qu'il avait déchainés sur elle, resta vivante et laborieuse, même appauvrie des milliers d'artisans habiles que la Révocation de l'Edit de Nantes avait chassés vers la Hollande et vers la Prusse. Dans le lourd silence où la contraignait un despotisme vieilli, elle préparait la brillante renaissance du XVllP siècle, qui devait éclater, comme
une fanfare de délivrance, au lendemain même de la mort du Roi-Soleil.
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Fig. 493. — Cabinet de Boulle.
CPalais de Versailles)
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FiG. 494. — A. Watteau. Fête champêtre.
(Château Royal de Berlin.)
(Wœrmass, Malerei, t. III
Seemann. édit.i
VINGT-QUATRIEME LEÇO.X
L'ART FRANÇAIS AU XVIir SIÈCLE ET L'ÉCOLE ANGLAISE
LOUIS XIV mort, la France respira. Depuis quinze ans, elle ne vivait qu'a demi, retenant son souffle, dans une atmosphère d'angoisse, de médiocrité et de pruderie maussade. Pans se tremsforma presque du jour au lendemain.
Les comédiens italiens, chassés depuis 1 697, y firent leur rentrée ; ce ne furent que fêtes, bals et parties de plaisir.
La société, le Régent en tête, voulut redevenir naturelle et enjouée. Mais elle ne put secouer d'emblée ses habitudes et, s'arrétcint à mi-chemin, au lieu de revenir à la nature vraie, se complut à la 'nature parée et galante. Comme interprètes de son amour du plaisir, de son élégance, de sa facilite de vivre, elle trouva Watteau et ses successeurs.
Ces peintres charmants, qui forment comme une guirlande du commencement jusqu'à la fin du
X\'lll siècle, semblent, aux yeux de bien des gens en résumer tous les goûts. Il n'en est rien. Le siècle qui applaudissait avec transports les ennuyeuses tragédies de Voltaire, qui se passionnait pourr£^5pr/7 des lois et pour Y Emile, fut loin d'être un siècle frivole, bien qu'il ait ciimé, entre autres agréments de la vie sociale, ce qu'on appelle la frivolité. Il était
FiG. 495. — N. Lascret. L'hivbr.
(Uusée du Louvre.) (Cliché Xeurdein )
encore imprégné de classicisme, et il était inévitable qu'il le fût, puisque I éducation était fondée, à titre exclusif, sur l'étude des Grecs
et des Romains. Mais, à côté de ce courant classique, qui ne s'in- *errompit jamais et déborda vers la fin du règne de Louis XV, il y en avait un autre, né d'une réaction de l'esprit français contre !a suprématie tyrannique du passé.
Ce courant réfléchit un désir d'émancipation, de gaité, d'épicunsme aimable, qui est un des charmes du XVlll siècle. U est vrai que nous sommes habitués a en médire ; nous avons entendu parler à mots couverts de la corruption de ce temps-la, de sa licence qui ne respectait rien, de sa scandaleuse impiété. C'est que nos éducateurs ont été formés eux-mêmes pendant la réaction politique et religieuse qui remplit presque tout le XIX' siècle et fit de son prédécesseur un épouvcuitail. Ce n'est pas ici que je puis
FiG. 496. — N. Laxcret. L'Automne.
(Collection Edmond de Rothschild, à Paris. J
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réfuter ce préjugé ; il suffit de dire que le XVlll- siècle, dans son ensemble, marqua un retour vers la nature, vers la vérité, vers une conception plus rationnelle de la vie. Les pédants et les hypocrites, Trissotin et Tartufe, ces ennemis les plus dangereux de l'âme française, devraient être seuls à ne pas lui pardonner.
Au siècle de Louis XIV, le public, c'est surtout le Roi, nous l'avonc vu par les vers de Molière à Mignard (p. 273). Au siècle suivant, ce n'est pas encore tout le monde, mais c'est un grand nombre de gens de Cour, d'hommes de lettres et de savants, de bourgeois, de
FiG. 497. — F. Boucher. Les Baigneuses. (Musée du Louvre.) (Cliché Seurdein.i