L-ART FRANÇAIS AU XVIW SIECLE
FiG. 5i6. — A. Canova.
Amour et Psyché.
(Musée du Louvre. J
FiG. 517. — Cl. Clodton.
Bacchanale.
(Colleclion Edmond de Rothschild,
à Paris!
Empire, qui est bien antérieur à Napoléon et n'a fait que dominer sans
partage à une époque où le raffermissement du pnncipe d'autorité — en d'autres termes, le despotisme — ramena, pendant une quinzaine d'années, les errements du siècle de Louis XIV. Vien et son élève David ne sont donc pas les auteurs d'une révolution dont ils profitèrent ; mais il est juste de dire qu'ils
la firent triompher dans la peinture, où le goût des galanteries bleues
et roses avait obstinément survécu à Louis XV.
Le règne des Grecs et des Romains commença en 1 784 avec le tableau de David, le Serment des Horaces, beau bas-relief platement colorié, qui fut admiré avec frénésie (fig. 500). La Révolution et l'Empire firent de David ce qu'avait été Le Brun sous Louis XIV, le dictateur de l'art ; nous verrons, dans la prochaine leçon, comment cette dictature a pris fin.
Dans ses célèbres Salons de 1 765 à 1 767, Diderot n'a pas assez d'injures pour Boucher et ses élèves, — auxquels il oppose déjà le grand goût sévère et antique ", — pas assez d'éloges pour Chardin et Greuze, en qui il salue les
FiG. 5i8. — IsAAC Oliver.
Sir Philip Sidney (| i58ô).
(Miniature au château de Windsor)
l'iO. Sig. — W. HOGARTII.
Le Mariaûi: a la mode.
(dalerie Xalimialc ,1c l.nndres.J
APOl.LO
réformateurs del'att. 11 ne suffit pas, aux yeux de Diderot, que l'art soit décent ; il doit encore prêcher les vertus domestiques, la bienfaisance, la sensibilité.
Siméon Chardin était un peintre excellent, de la lignée des naturalistes hollandais, mais de meilleure compagnie, dont Diderot apprécia fort bien les qualités techniques ; il a fait de la peinture anecdotique, familière, honnête, mais cette peinture est surtout de la bonne peinture (" c'est bien bon, de la bonne peinture ", disait-il), un retour à la nature telle qu'on la voit à la lumière du jour, non sous les lustres de l'Opéra (fig. 501, 502). Greuze, lui, fit de la peinture vertueuse et sentimentale, qui nous paraît aujourd'hui presque insupportable : son Père de Famille, sermon en couleurs, est un sermon ennuyeux. Mais, par le fond de son talent, tel qu'il apparaît dans ses jolies têtes de fillettes, dans la Cruche cassée, dans la Laitière, il se rattache à l'art aimable et élégant du XVIII" siècle (fig. 503, 504, 508). 11 contribua à écraser Boucher, mais David l'écrasa à son tour, ne faisant aucune différence entre l'art sensuel et l'art sensible, dès que la Grèce et Rome ne l'inspiraient pas. 11 faut, disait-il férocement, revenir a l'antiquité toute crue." Un sculpteur du temps de la Révolution, thuriféraire de David, demandait qu'on proscrivît tous les tableaux flamands comme ridiculisant la nature humaine ", et que tout sujet non patriotique " fût désormais interdit à l'art.
Le seul genre qui, au XVIII' siècle, n'ait cessé de produire des chefsd'œuvre est le portrait. Le pastelliste La Tour a fixé les physionomies les
FiG. 520. — J. Reynolds.
Nelly O'Brien.
(Hertford House,
collection ^Vallace. à Londres.)