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L'ART FRANÇAIS AU XVIII' SIECLE

plus chcirmantes, les plus spirituelles,

avec des poussières d'ailes de papillon

(fig. 506). Nattier, un peu monotone

dans sa grâce, a laissé des portraits

savoureux de femmes exquises et

fardées (fig. 505). Tocqué, plus savant

et plus profond, est l'auteur d'un des

plus beaux portraits du Louvre, celui

de Marie Leczinska, l'épouse délaissée de Louis X\ . Mme Vigée-

Lebrun, morte en 1 842 seulement,

mais qui, par son talent, appartient

surtout au règne de Louis XVI , a peint

avec une grâce attendrie des beautés

sensibles et minaudieres (fig. 507).

Ejifin, les classiques, David tout le

premier, firent des portraits admirables ; placés devant la nature vivante,

ces hommes de grand savoir oubliaient

Grecs et Romains pour s'inspirer

d'elle. L'école française n'a peut-être

pas de plus beau titre de gloire que le groupe formé, au Musée du

Louvre, par le portrait de Mme Récamier, qu'encadrent deux autres portraits de David, ceux de M. et de Mme Sériziat (fig. 509. 511).

Les deux tendances frivole et académique paraissent juxtaposées et même étroitement unies dans la sculpture du X\lli' siècle. Le style Louis XIV surfit dans les grands monuments allégoriques, dans les groupes mythologiques ; l'art nouveau s'affirme dans la sculpture de petite dimension et dans le portrait. Le plus ancien des bons sculpteurs de l'époque, Lemojne, est encore pénétré des exemples de Cojsevox et des Coustou ; il a pour élève Falconet, qui, à Saint-Péters-

Fig. 521. — Th. Gainsborough.

L'Enfant blec. (THE BLUE BOY.)

(Collection du duc de Westminster,

à Londres.)

Fig. 522. — Th. Gainsborough.

La Promenade.

(Collection de lord Rotltschild, à Londres.,

FiG. 523. — Th. Gainsborougii.

Mrs. Graiiam.

(Musée d'Edimbourg.)

- AP-OLLO

bourg, élève la statue colossale de Pierre le Grand, académique et déclamatoire (fig. 510), mais qui, à Paris, sculpte sa charmante Baigneuse (fig. 5 1 2) et les Trois Grâces de la célèbre pendule Camondo.

La seconde moitié du XVlll' siècle vit fleurir deux grands artistes, Pigalle et Houdon : le premier, auteur du magnifique tombeau du maréchal de Saxe à Strasbourg (fig. 5 1 3) et d'un Mercure assis, heureuse imitation de l'antique ; le second, l'égal des plus grands interprètes de la nature, à qui l'on doit l'incomparable Voltaire du Théâtre français, les Diane de Pans et de Pétersbourg, une longue série de portraits étincelants d'esprit et de vérité (fig. 514, 515). Parmi les sculpteurs de boudoirs, dont l'art ne s'imposa guère de scrupules, mais

qui furent de séduisants évocateurs des grâces féminines, le plus aimable

est Clodion, " chef de chœur de fringantes Bacchanales " (fig. 5 1 7) ;

comme Fragonard, il survécut au

temps des mœurs faciles, et, quand

la réaction gréco-romaine eut changé

les goûts de sa clientèle, il en fut réduit, pour vivre, â sculpter Caton.

La Renaissance classique eut

pour princioal foyer l'Italie. Canova

( 1 757- 1 822) se crut l'émule des Grecs

et ne fut qu'un Praxitèle édulcoré

(fig. 516) ; l'Allemand Danneker,

l'Anglais Flaxman, le Danois Thor-

waldsen usurpèrent, â sa suite, des

réputations qui nous étonnent aujourd'hui. Vers 1800, cette école

régnait sans partage, et, avec elle, la

fausse élégance et la fadeur. Le propre

de ces artistes, c'est de n'avoir jamais senti frémir la chair fraîche

Fig. 524. — G. Romniîy.

Portrait de Mrs. Currie, (Galerie Nationale de Londres.)

I. André Michel, Notes sur l'Art moderne. Paris, 1896. J'ai fait, dans cette leçon et dans la suivante, plusieurs emprunts textuels â cet excellent petit livre ; ils sont imprimés entre «uillemets.

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