L. Girodet. Atala au to.mbeac
(Musée du Louvre.)
FiG. 534. — J.-A. Gros.
Bonaparte et les Pestiférés de Jaffa.
(\lusée du Louvre.)
Léonard, qu'il appelait " son maître et son héros ", et qu'il préferait a Raphaël. Prudhon excella dans le clair-obscur, dans le rendu des jeux de la lumière caressant des chairs blanches et veloutées.
^ Coloriste harmonieux et parfois
! puissant, dessinateur un peu mou,
resté classique par le choix des types et des sujets, il fut ainsi comme l'André Chenier de la peinture (fig. 532, 536). Tous les artistes de son temps, même Gérard, ont peint des portraits probes et solides ; quelques-uns de ceux de Prudhon, par exemple Mme Copia et l'Impératrice Joséphine, sont des chefs-d'œuvre qu'on a bien rarement égalés.
Des 1 806, un élève de David, Ingres (1780-1867), dessinait au crayon des groupes de portraits qui compteront toujours parmi les merveilles de l'art (fig. 538). Cet homme au tempérament d'acier, qui devait vivre plus de quatre-vingts ans, commença par être presque un indépendant ; on lui reprochait d'être gothique , de s'inspirer des prédécesseurs de Raphaël. Avec le temps, il devint un classique intransigeant, dessinateur subtil, nerveux, sensible comme pas un aux valeurs tactiles, mais incapable d'exprimer l'emotion, la passion, la rêverie. Non seulement il était mauvais peintre, mais il méprisait la peinture, la qualifiait d' ' agrément négligeable " et assurait que ce qui est bien dessiné est toujours assez bien peint. Sauf dans quelques petits tableaux et des portraits d'une facture exquise, ceux de Mme Devaucay, de Mme de Senonnes, Ingres ne fit guère que du coloriage en grand. Suivant le mot de Delacroix, il appliquait la couleur "comme de la nonpareille sur un gâteau bien cuit". Devant sa
Fig. 535. — J.-A. Gros.
Napoléon a Eylau.
(Musée du Louvre.)
L'ART AU XIX' SIECLE
Vierge à l'Hoslie, Horace Vernet, bien médiocre coloriste lui-même, s'écriait un jour : " Dire que voilà vingt ans qu'il nous fiche des bleus pareils ! " C'est la couleur, a la fois terreuse et criarde, qui rend presque odieuse son Apothéose d'Homère, mcJgré des beautés de premier ordre que révèle un examen attentif. Pour faire saisir, dans toute sa puérilité, l'intolérance d'Ingres, il est bon d'ajouter qu'il exclut du cortège des grands hommes, après les y avoir admis sur son esquisse, Shakespeare et Goethe, parce qu'il les soupçonnait de romantisme ! On admire encore ses figures de femmes nues, la Source, l Andromède, l'Odalisque; mais
FiG. 53Ô. — P. Prvdhox.
La Jl'STICE ET LA VENGEANCE DIVINE POURSUIVANT LE CRIME.
FiG. 537. — D. Ingres.
Portrait de M.me de Senonnes.
(Musée de Xjnles.l (Galette des Beaux-A ris I
FiG. 538. — D. Ingres.
Lafa.mille Sta.mati. (Dessin.)
(Collection Léon Bonnat. à Baronne.)
elles plaisent davantage en photographie ou en taille-douce. Que n'écnt-il en prose ? " disait Boileau de Chapelain. On aurait pu demander parfois à Ingres pourquoi il peignait (fig. 537-539, 541),
Gericault. dont la vie fut courte (I 791 -1824). joua un rôle éminent
dans l'histoire de l'art français, parce I qu'il reprit avec plus de force et de hardiesse la tradition de Gros. Son Radeau de la Médus^ (1819), comme les Pestiférés de Jaffa de Gros, est bien plus près de Michel-Ange que de 1 antique. Avec ce chef-d'œuvre, le mouvement et le pathétique firent une éclatante rentrée dans l'art ". Gericault alla en Angleterre pour y exposer le Radeau et en rapporta des idées nouvelles sur la beauté de la couleur, a distinguer du coloriage des Davidiens ; il tient a la fois des Anglais et de Rubens dans ses admirables études de chevaux, comme le tableau des Courses d'Epsom qui est au Louvre, premier exemple du galop volant dans l'art français'. Son Cuirassier et son Officier de chassseurs, grandes figures épiques antérieures à son voyage d'Angleterre, sont encore d'un ton et d un dessin très conventionnels (flg. 540,
Gericault eut pour héritier Delacroix (1798-1863),queron considéra comme le chef de l'école romantique. Le mot de
FiG. 339. — D. Ingres.
Portrait de Bertin.
(Musée du Louvre I (Cliclw Xeurdeiit )
FiG. 540. — Th. Gericault. Le Derby d'Epso.m.
iMusée du Louvre.)