I. Ce motif, qui n est pas conforme à la réalité et que la
photographie instantanée ne fournit pas 'voir p. 6t. a été inventé par les artistes mycéniens et adopté par ceux de la Russie méridionale, de la Perse sassanide. de la Chine et du Japon, avant de reparaitre en Europe. Le plus ancien exemple européen est une gravure anglaise de 1 794 ; en France, il ne se trouve pas avant la Restauration; en Allemagne, avant 1840. Depuis 1880. les révélations de la photographie instantanée tendent à discréditer ce motif, qui disparait peu à peu de la peinture.
L'ART AU XIX' SIECLE
romantisme n'offre pas un Gens précis ; ce fut surtout une protestation contre la tsTcinnie des Grecs et des Romains, une revendication, opposée a d'injustes dédains, de l'art du Moyen Age et des temps modernes. Delacroix emprunta les sujets de
ses tableaux les plus célèbres .
à Dante, a Shakespeare, a fig. 541.
Byron, à l'histoire des Croisades, à cjlles de la Révolution française et de la Grèce insurgée contre les Turcs (flg. 544, 546). Il peignit en élève de Géncault, de Rubens et de Paul Veronese, avec une science un peu courte du dessin, mais une fièvre de vie et d'expression, un sentiment profond et poétique de la couleur. Par sa technique large et hardie, il rompit energiquement avec les timidités de l'enluminure et prépara de loin l'impressionisme moderne. En le qualifiant de ' Rubens malade " et de Véronèse inquiet ' , on ne le diminue pas, car sa méJadie et son inquiétude étaient celles du siècle lui-même, plus humaines et plus fécondes que l'optimisme de ses modèles préférés.
Malgré les anathèmes d'Ingres, pour qui Delacroix était le diable en peinture,
- D. Ingres. Histoire de Stratoni
(Musée Condé, à Chantilly.)
Fig. 542. — Th. Géricault.
Le Radeau de la Méduse.
(Musée du Louvre.)
Fig. 543. — A. Cabasel.
La Naissance de Vénus.
Musée du Lu.xembourg. à Paris.) (Cliché Scurdei
Fio. 544. — E. Delacroix.
Le Massacre de Scio.
(y[iisée du Louvre.J
APOl.LO —
l'académisme austère ne survécut pas à l'assaut des romantiques.
Cette austérité n'était d'ailleurs pas conforme au génie national, qui finit toujours par reprendre le dessus. 11 se forma une école éclectique, où la poésie du romantisme, son goût un peu mystique pour le Moyen Age, une pointe de sentimentalisme a la Greuze et même des souvenirs de Boucher s'allièrent à la tradition du dessin d'après l'antique et de l'idéalisme sculptural des Davidiens. Les maîtres de celte école ont peint des anecdotes en grandes dimensions et ont cherché a émouvoir par le choix de leurs sujets, la grâce de leurs types de femmes et d'enfants, bien plus que par la qualité intrinsèque de leur peinture. De ce nombre sont Paul Delaroche, synthèse de Girodet et d'Ingres, l'auteur des Enfants d Edouard (fig. 545) et de \ Hémicycle de l'Ecole des Beaux- Arts ; Ary Schefîer, un Hollandais immigré en France, peintre aimable de Marguerite et d'Ophélie ; Couture, l'auteur des Romains de la décadence, simulacre théâtral d'une orgie ; Gleyre, Flandrin, Cogniet, Cabanel, Bouguereau et bien d'autres. Ce n'est pas en quelques lignes qu'on peut prétendre juger ces hommes, ni donner une idée des qualités diverses qui feront vivre leurs noms. Chez Gleyre et chez Flandrin surtout, l'élève favori d'Ingres, la tendance mystique est plus forte ; chez Cabanel et Bouguereau (f 1905), la sensucilité domine, mais une
Fig. 545. — P. Delaroche.
Les Enfa.nts d'Edouard
DANS LA Tour de Londres.
(.\Jusie du Louvre.)
L'ART AU X/X' SILCLE —
sensualité qui nest pas pnmesautière comme chez Rubens, les chairs de Cabanel étant cotonneuses et celles de Bouguereau un peu vitrifiées (fig. 343).
La réputation européenne de Bouguereau est due surtout a des tableaux de piété d'une exécution lisse et doucereuse, qui font, dans l'école française, pendant aux oeuvres de Carlo Dolci, bien qu'elles soient très supérieures à ces dernières par
YlG. 546. — E. Delacroix.
La Barque de Dante. iMusée du Louvre.)
la science de la composition et du dessin (fig. 550). Peut-être faut-iî
rattacher au même groupe, à cause de la nature des sujets qu'ils ont préférés, Delaunay, talent viril et probe ; Hébert, d'une grâce émue et délicate sans fadeur (fig. 547) ; J.-P.
Laurens, conteur passionné des drames de l'histoire ; Merson, Cormon, Maignan et Duez. Combien d'autres, comme Fantin-Latour (t 1904) et Agache, est-il plus facile de nommer avec estime que de classer !
Au xvip et au xviii" siècle, la peinture de batailles, représentée surtout par le Flamand immigré Van der Meulen, n'avait guère produit en France que des œuvres médiocres ou pompeuses, chroniques des hauts faits douteux de quelques princes. Le soldat était la chair à canon et ne comptait pas. Le Napoléon à Eylau,
de Gros, est le premier tableau p,^ 5,8. a. Raffet. Ils grog.naient.. militaire où ait respiré l'âme (lithographie.)
Fig. 547. — E. Hébert. La Malaria.
(Musée ctu Luxembourg.)
d'une époque, où ait battu le cœur d'un artiste et d'un homme de
bien (fig. 535). Gros fit une place au chirurgien Percy en avant de Napoléon ; il songea moinsaux chefs qu'à la misère des blessés, à la mélancolie d'un lendemain de carnage. Cet exemple ne fut pas perdu, bien que beaucoup de peintres militaires du XlX" siècle, notamment le trop fécond Horace Vernet, aient continué à traiter les épisodes de guerre en illustrateurs patriotes plutôt qu'en penseurs. Il n'en fut pas ainsi de Charlet et de Rafîet, lithographes formés dans l'atelier
Fig. 549. — J. Meisson'ier. 1814.
(CoUeclion Chauchard, au Louvre.) (Extrait de Meiisonio
Sotii'enir.-i et Entretiens. Hachette et Cie, édit.)
Vierge consolatrice.
(Musée du LuxemÈourg.)
(Cliché Netirdein.j
Fig. 55i. — J.-F. Millet. La Veillée.
(Ancienne collection Tabourier, à Paris.)
(Galette des Beaux-Arts.)
de Gros (1792-1845, 1804-1860), qui racontèrent les guerres de la Révolution et de l'Empire avec un sentiment à la fois dramatique et
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L'ART AU XIX' SIECLE
FiG. 552. — J. Meissonier.
Napoléon III a Solférino.
(Musée du Luxembourg.)
démocratique, dont les sympathies cJlèrent au soldat héroïque et obscur, qui mirent ses souffrances et son enthousiasme au premier plan (fig. 548). L'un des plus éminents élèves de Léon Cogniet, Meissonier (1813- 1891), et les élevés ou imitateurs de celui-ci, Neuville, Detaille, se rattachent, en tant que peintres militaires, à Charlet et à Raffet (fig. 549, 552, 553).
Un tableau comme le 1814 de Meissonier, pour ne citer que celui-la, est une des gloires incontestées de l'école française du XI.X' siècle ; il n'y a rien de pareil, en ce genre, dans l'art de la Hollande et de l'Italie.
Ailleurs, Meissonier a traité des sujets anecdotiques du XVllI^ siècle avec une prodigieuse habileté de miniaturiste et une science de la forme supérieure même a celle des F^oUandais (fig. 554). Mais le plus beau de ses tableautins pâlit à
côté d un Pieter de Hooch ou d'un Vermeer, car Meissonier dessine trop, il colorie plus qu'il ne peint et n'a jamais su envelopper la forme dans une atmosphère lumineuse et caressante.
Depuis Delacroix, l'Orient était a la mode : la guerre de l'indépendance hellénique, la conquête de l'Algérie, les relations de plus en plus actives avec Constantinople, la Syrie et l'Egypte fournirent aux peintres amateurs de pittoresque et de couleur une veine nouvelle, qu'ils exploitèrent très habilement. Les meilleurs de ces peintres orientalistes furent Decamps (fig. 560), Marilhat et Fromentin. Decamps était un coloriste hors ligne, le meilleur peut-être que la France ait encore eu, ■— 3oi ■
Fig. 553. — E. Détaille. Le Rêve.
(Musée dit Luxembourg.)