Il est cité encore une fois par Apollonius, de l’Adr
proposait de dire ἀντωνομασία pour éviter ἀντωνυμία, qui est une forme demi-éolienne. Apollonius combat ce scrupule par de nombreux exemples d'irrégularités semblables.
Les stoiciens rangeaient le pronom dans la méme classe que l’article, signalant entre les deux mots cette seule différence que les pronoms sont définis, tandis que les articles sont indéfinis. A la suite des stoiciens, Apollodore l'Athénien et Denys le Thrace ont appelé le pronom un article démonstratif, ἄτθρον δειχτιχόν, Mais la ressemblance de ces deux parties du discours, si réelle qu'elle soit, n’est point essentielle, comme l’auteur le démontre déjà ici et le démontrera mieux encore en parlant de l’article. Quant à la différente que les Stoiciens signalent, elle repose sur une erreur, car l'article lui-même ne se place que devant les mots dont la notion est déterminée d'avance. Il y en ἃ d'autres plus certaines : par exemple, le pronom se met à /a place du nom; l’article, à côté du nom. Cela seul suffirait pour les
Ρ. 496; puis dans le Scholiaste de Venise, sur l'Iliade, A, 97; N,137 ; et dans Hésychius, aux mots ἁλίπλοα et αἰνίζομαι, D'autres notes du Scholiaste de Venise mentionnent (sur l'Iliade, B, 798 ; Q, 110) un ouvrage polémique d’Aristarque intitulé : Τὰ πρὸς Κωμανόν. Comanus était donc au moins contemporain du célèbre critique, sinon plus ancien que lui. L'orthographe mème de ce nom (Κωμανός ou Κώμανος, Κομανός ou Κόμανος) ne peut guère être fixée avec certitude.
1. Nouvelle preuve que la grammaire que nous avons sous le nom de cet auteur, n’est pas du célèbre disciple d’Aristarque ; car le pronom et l’article y sont classés et définis comme deux mots tout à fait différents : C. 20 : ἴλρθρον ἐστὶ μέρος λόγου πτωτιχόν, προτασσόμενον χαὶ ὑποτασσόμενον τῆς χλίσεως τῶν ὀνομάτων. C. 91 : ᾿Αντωνυμία δέ ἐστι λέξις ἀντὶ ὀνόματος παραλαμβανομένη, προσώπων ὡρισμένων δηλωτιχή,
distinguer, même quand leurs formes se confondent, comme dans 6, qui est tour à tour article et pronom”, etc. Apollonius insiste volontiers sur cette réfutation, anticipant ainsi sur l’exposition même de sa doctrine; mais nous voulons abréger quelquesunes de ses longues redites.
Après avoir reproché encore aux stoiciens d’abuser de l’étymologie du mot ἄρθρον (articulation, &pμογή), qu'ils faisaient un synonyme de χῶλον (membre de la phrase), il écarte comme impropre une dernière variante de nom proposée par des grammairiens qu'il ne nomme pas, ἰσωνυμία pour ἀντωνυμία; car, dit-il, le pronom n’a pas un sens égal au nom qu'il remplace. Enfin 1] arrive à sa propre définition. Laissons-le l'exposer lui-même avec les principales preuves dont il l’accompagne.
« Nous définirons donc ainsi le pronom : c’est un mot qui se met à la place du nom, qui représente des personnes déterminées , qui a des cas et des nombres irréguliers, lorsqu'il n’a pas de formes pour marquer les genres’.
« Que le pronom se mette à la place du nom, cest ce que chacun voit sans peine. Mais pourquoi il se met à la place du nom, c'est ce que nous dirons tout à l'heure. Montrons d’abord qu'il détermine les personnes.
1. Τὸ γάρ᾽ « ὃ δὲ προσέειπεν » ἐδείχθη ὡς δμοφωνεῖ μόνον τῷ ἄρθρῳ, οὐκ ἔστι δὲ αὐτὸ ἄρθρον. P. 9; et plus haut, p. 7: Μεγάλην ἀσθένειαν, διὰ τὴν ἰδίαν ἀπειρίαν, τοῦ ποιητοῦ καταγγέλλουσι, φάσχον-τες τοσαῦτα σχήματα ἄρθρων ἀντὶ ἀντωνυμιῶν παραλαμόάνειν᾽ ἐλελήθει οὖν αὐτοὺς À ὁμοφωνία τῶν ἄρθρων χαὶ τῶν ἀντωνυμιῶν.
2, ‘Optotéov οὖν τὴν ἀντωνυμίαν ὧδε " λέξιν ἀντ᾽ ὀνόματος προσώ-πὼν ὡρισμένων παραστατιχήν, διάφορον χατὰ τὴν πτῶσιν χαὶ ἀριθμόν, ὅτε χαὶ γένους ἐστὶ κατὰ τὴν φωνὴν ἀπαρέμφατος.
« Tout pronom est ou démonstratif, δειχτιχή, ou relatif, ἀναφοριχή, Les pronoms de la premiére et de la seconde personne ne sont que démonstratifs; ceux de la troisième sont démonstratifs et relatifs : ἐχεῖνος, ὅδε, οὗτος, celui-là, celui-ci, excepté αὐτός, lui, ül, qui, à son tour cependant, devient démonstratif quand on le joint à des pronoms démonstratifs. Les autres sont relatifs comme οὗ, οἷ, €, dont, à qui, que. Or, si les objets que l'on montre sont par là même déterminés, si ceux auxquels on se réfère supposent une notion préexistante, c'est-à-dire une personne déterminée , il est donc vrai que le pronom représente des personnes déterminées. Mais, dirat-on, le verbe aussi n'a-t-il pas cette propriété? oui, mais il ne l'a pas toujours; car, à la troisième personne, il est indéterminé : Γράφει, qui? περιπατεῖ, qui? Le verbe ne sera déterminatif que si j'ajoute le pronom celui-ci ou celui-là, Peut-être du moins les noms propres déterminent-ils la personne : Ajax combat, Dion se promène. Mais ces noms euxmémes prêtent à l'ambiguité par l'homonymie. Par exemple, dans ce vers d'Homère :
᾿Αλλά περ οἷος ἴτω Τελαμώνιος ἄλχιμος Αἴας « Que le vaillant Ajax, fils de Télamon, marche seul au combat, » (Aliade, I, 349, 362.)
Le sens du mot 4jax est déterminé par l'addition
du mot Τελαμώνιος, qui veut dire fils de Télamon. Comment donc appeler déterminatif le mot qui a
4. Priscien, XIV, 1 : « Non irrationabhiliter tertias verborum personas infinitas Apollonius dicit, cum nulla in iis certa finiatur persona et profundæ multitudinis sint capaces.... nisi adjungas
eis vel nomen vel pronomen, cum prima et secunda persona eis non egeat. »
96 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP. 1V. S 2.
besoin d’un autre mot pour être déterminé? Au contraire, le pronom, qu’on le comprenne relativement ou démonstrativement , ne fait jamais ambiguité.
« On objectera peut-être cet exemple :
Κεῖνος δ᾽ αὖ περὶ χηρὶ μακάρτατος « Celui-là est le plus fortuné des mortels, qui, etc. » (Homère, Odyssée, IV, 158.) Car, dira-t-on, ici le pronom n’est pas démonstratif, et il ne se réfère pas, non plus, à aucun personnage déterminé. Mais c'est que la relation s'entend ici d'un personnage conçu dans l’avenir et qu'on désigne par une anticipation bienveillante ‘..….
« On va voir maintenant que le pronom a des cas et des nombres irréguliers. En effet, quelle suite y a-t-il du singulier ἐγώ au duel νῶϊ, et du duel νῶϊ au pluriel ἡμεῖς" Et cependant, c’est une règle générale que les duels, dans tous les mots déclinés, ont la même consonne que le pluriel correspondant ; et le duel des articles (τώ, τά) ne fait pas objection; car les Doriens disent, au nominatif pluriel, τοί, ταί, au lieu de οἱ, ai... Le génitif ἐμοῦ n'est pas moins opposé au nominatif ἐγώ et au datif ἐμοί. Car tout génitif qui a le même nombre de syllabes que son datif, a aussi le même accent; or ἐμοί a l'accent aigu, tandis que ἐμοῦ a le circonflexe. Aucun accusatif singulier ne finit en ε; ἐμέ est donc une forme irrégulière. Aucun datif ayant la dernière longue n’y porte l’accent aigu; comment donc expliquer ἐμοί et coi? Jamais non plus un datif monosyllabique n'a l'accent aigu, mais toujours le circonflexe, comme μνᾷ, γῇ;
4. Comparez de bonnes observations sur le même sujet, dans le Traité de Planude sur la Syntaxe, 1. II, p. 141 des 4recdota græca de Bachmann.
ἊΣ DU PRONOM. # 97 comment donc expliquer l'accent de σοί Aucun duel ne se termine en :, sans accompagnement d'une autre lettre [telle que le » final], comment donc expliquer les finales de νῶϊ et σφῶϊ}.... (Suivent encore quelques exemples.) 11 y a mille règles que l’on peut rapprocher pour faire voir que les pronoms ne forment pas une déclinaison réguliere, mais constituent des mots à part pour chacune des persounes, chacüa des nombres et des cas".
« Nous avons ajouté les mots : « lors qu'il n'a pas « de formes pour marquer les genres, » à cause des pronoms dérivés, parce que ces derniers marquent par une forme particulière le genre de la personne déterminée, et qu'ils ont ainsi une suite régulière de nombres et de cas. Au contraire, les pronoms primitifs n'ont rien dans leur forme qui distingue les genres à la premiére et à la seconde personne, si ce n'est qu’en zz7ontrant la personne ils font voir indirectement à quel genre elle appartient. De là vient qu'on les appelle pronoms uniques où solitaires, woναδιχαί, parce que les trois genres, comme dans ἐγώ et σύ, y sont exprimés par une seule énonciation. Encore faut-il remarquer que ces pronoms dérivés euxmêmes présentent, quant à la personne impliquée, la même irrégularité de nombres et de cas. Ainsi on dit ἐμός et νωΐτερος, ἡμέτερος : Or quelle analogie |
4. Μυρίοις ἔστιν ἐπιχειροῦντα χανόσι δεῖξαι, ὡς οὐχ ἀχόλουθοί εἰσιν αἱ ἀντωνυμίαι, θέματα δ᾽ ἴδια κατὰ ἀριθμὸν καὶ πρόσωπον χαὶ πτῶσιν, p. 12. Remarquez cet usage du mot θέμα, auquel répondent avec des sens analogues, θεματιχός, et θεματίζειν. Du Pron., p. ?, Syne., ἩΠ, 5 et 8, Cf, 11, 6: Θεματικώτερον χλίνειν, et ἐν θέματι γίνεσθαι, ou, 1, 19, ἐν θέμασι χατωγίνεσθαι. Cf. plus bas, p. 104, et chap. va, 5. 2.
pour les personnes impliquées, .entre νωΐτερος, et ἡμέ- TEpos * ᾽
« On admet pour raison de cette irrégularité que tout mot qui est des trois genres ne se décline pas, et l'on donne pour preuve certains noms de nombres. En effet, de ce que τέσσαρες et τρεῖς n'ont pas la même forme aux trois genres, puisqu'on dit τέσσαρα et "τρία; il s'ensuit qu ils se déclinent : τεσσάρων, τέοcaps. Au contraire, πέντε et les autres semblables, qui n'ont qu’une forme pour les trois genres, sont en même temps indéclinables; et voilà pourquoi δυοῖν avec sa forme. déclinée passe pour irrationnel, puisque δύο était unique pour les trois genres... Quant à moi, je pense que c'est ayec raison que l'usage ne décline pas les mots où les trois genres sont confondus ; car, d’après cette règle, rien n’empêche que les mots qui distinguent les trois genres ne recoivent en même temps la diversité des cas?. » Et Apollonius se moque ensuite, avec la vivacité de langage qui lui est familière, de ceux qui voient dans ἡμεῖς un pluriel régulier de ἐμέ. Il objecte le duel voi, encore plus différent que ἡμεῖς du singulier ἐμέ,
1. La personne impliquée : τὸ ἐντὸς πρόσωπον dit le texte dans ces deux passages. On dirait aujourd’hui Ze radical personnel; mais nous nous gardons, autant qu'il est possible, de prêter à Apollonius des termes scientifiques qui lui sont inconnus. Cf. du Pron., p. 17 : Τὸ ἐντὸς πρόσωπον νοούμενον, et p. 134 : Κατὰ τὸ ἐντὸς ἑνικῶς νοούμεναι ἀντωνυμίαι. Priscien, XIV, 2, p. 543 : « In omnibus derivativis pronominibus duæ intelliguntur personæ, ἔγιtrinsecus possessoris, extrinsecus possessionis. Unde intrinsecus personæ..…. confundunt genera , quomodo et primitiva eorum. »
Ἂν La DU PRONOM. 7 00
et il voit là une grande analogie avec les verbes qu'il nomme hétéroclites, c'est-à-dire avec ceux que les grammairiens modernes ont appelés défectifs, comme φέρω, qui emprunte son futur οἴσω à un autre radical, et échiw , qui forme de même son aoriste ἔφαγον.
Suit une réfutation non moins vive des auteurs qui ont voulu reconnaitre deux classes de pronoms par rapport à leur propriété de se construire ou de ne point se construire avec l'article (civæghoot où ἀσύναρῇροι ὃ: puis un examen des rapports du pronom avec l'article, sur lesquels nous reviendrons à propos de cette dernière partie du discours, Ce chapitre importe moins à la science du langage qu'à la grammaire grecque en particulier, et il renferme certaines assertions que nous avons peine à COomprendre, Par exemple, nous ne voyons pas comment Apollonius peut soutenir que l'article est incompatible avec les pronoms possessifs de la premiere et de la seconde personne, et comment il serait impossible de dire en grec, à ἐμὸς εἶ, ὁ ἡμέτερος εἶ, comme on dirait en français « tu es /e mien , » « tu es le nôtre ‘». Rien de plus subtil ni de plus obscur que la discussion d'Apollonius sur ce sujet; mais elle le conduit à définir et analyser une espèce de pronom qui ne semble pas comprise dans la théorie générale par laquelle s'ouvre ce traité; je veux parler des pronoms possessifs, 4rnruwai ἀντωνυμίαι. Il n'est certes pas d’une bonne méthode de rattacher ainsi à une discussion incidente Ja première partie d'un chapitre spécial qui ne sera repris et achevé qu'à la
1. Même doctrine dans la Syntaxe, 1, 40. Cf. 1, 27, sur la division des pronoms en σύναρθροι et ἀσύναρθροι.
fin même du livre; et après avoir signalé ce désordre d'exposition, il nous sera permis d’y remédier en rapprochant des idées que sépare la négligence de notre auteur, mais que réunit la logique. On remarquera néanmoins tout ce quil y a de finesse et d'exactitude dans ces analyses qu'aucun grammairien moderne ne semble avoir surpassées.
« Dracon (un grammairien qui vivait au temps d’Auguste) appelait les pronoms possessifs b/personnels, διπροσώπους, parce qu'ils renferment l’idée de deux personnes, le possesseur et l’objet possédé. Il appelait unipersonnels où sümples , μονοπροσώπους ἢ ἁπλᾶς, les pronoms primitifs, parce que c'est toujours simplement qu'ils sont conçus au singulier, au duel ou au pluriel, tandis que les autres sont doublement singuliers, comme ἐμός, mien; doublement duels, comme νωϊτέρω, appartenant à nous deux ; doublement pluriels, comme ἡμέτεροι, nôtres. En général, les pronoms possessifs ont pour les nombres des formes variées... 115 marquent, à toutes les personnes, le genre de l’objet possédé; les pronoms primitifs sont indéterminés à cet égard pour les deux premières personnes; ils ne sont déterminés que pour la troisième, encore dans les formes usuelles, comme αὐτός, ézeivos; [car les formes poétiques telles que μίν et νίν sont invariables]. Les primitifs répondent à des nominatifs, comme dans ᾿Απολλώνιος ἐγώ ; les autres répondent au génitif du nom du possesseur, comme dans ἐμὸς παῖς, qui répond ἃ Ἀπολλωνίου παῖς. D)
Dans les pronoms, comme dans les noms et les verbes, il y ἃ trois nombres, le singulier, le piuriel et le duel ; mais tandis que, dans les verbes, la troisième personne est unique pour chaque nombre, dans les
pronoms, la troisième personne se désigne par plusieurs mots, comme ἐχεῖνος, ὅδε, οὗτος, elc., ce qui est très-naturel, pour que la personne soit bien déterminée, par sa proximité, dans οὗτος, par son éloignement , dans ἐχεῖνος, etc. De même aussi on peut signaler plusieurs troisièmes personnes dans les pronoms possessifs : par exemple, ἐμός ἐστι offre la première personne opposée ἃ la troisième, σύς ἐστι la deuxième opposée à la troisième; et dans ὅς (pour ἑός, son, sien), il ν a évidemment deux troisièmes personnes... et dans le pluriel σφέτερα, il v a plusieurs troisièmes personnes, ce qui justifie la dénomination proposée par Tryphon'.
A ces observations s'en rattachent étroitement quelques autres que cependant nous ne trouvons que cent pages plus loin dans un chapitre spécial sur les pronoms possessifs. ;
« Que l'on ne suppose pas que les pronoms possessifs indiquent seulement le genre de l'objet possédé, et non celui du possesseur, comme si dans ἐμός, ἡμέτερος, mon, notre, la possession étant au masculin, le genre du possesseur demeurait incertain, par cela seul que ἐμός pourrait se rapporter à un possesseur de l'un ou de l'autre sexe. On oublierait , en effet, que la personne est encore mieux déter-
1. Du Pron., p. 20, 21. Les derniers mots de ce paragraphe : Καὶ σαφὲς ὡς ἐν τῷ ὅς δύο τρίτα, ἐξ ὧν τὸ χτῆμαι χἂν μὴ δρίζηται, οὐ μάχεται" ἐδείκνυτο γὰρ ὡς οὐκ ἀντωνυμία. Καὶ ἐπὶ πληθυντιχῶν σφέτεροι πολλὰ τρίτα, semblent laisser voir quelque lacune ou quelque erreur de copiste. Car ὅς pour ἕός est certainement nn pronom possessif pour Apollonius (voyez du Pronom, p. 129, mais 4; , article hypotactique , au contraire, n'est pas à ses yeux un pronom, comme on le verra plus bas, à la fin de ce paragraphe.
minée par la valeur démonstrative et par la valeur relative du pronom : par la valeur démonstrative, comme dans ἐμός, σός, [qui supposent un possesseur présent, et dont, par conséquent, le genre n’est pas douteux]; par la valeur relative, comme dans σφέτερος, [qui se rapporte à une troisième personne antérieurement connue et déterminée]. Au contraire , dans ces mêmes locutions, la nature de l'objet possédé est incertaine : car avec ἐμός pourquoi sous-entendrait-on plutôt οἶκος, où ἵππος, ou δοῦλος, que toute autre chose? » « De même que les pronoms composés changent leur terminaison pour marquer le genre et le cas, et changent leur première partie (τὸ ἄρχον, on dirait aujourd'hui leur radical) pour marquer la différence des personnes, de même les pronoms possessifs marquent le genre et le cas par des terminaisons différentes, et la différence des personnes par le changement de leur première partie. Mais les possessifs ont en outre la propriété de marquer les nombres par le changement de leur première partie comme de la dernière : ainsi ἐμός devient au duel νωϊτέρω, et au pluriel ἡμέτεροι.
« 1] est encore bon d'observer que dans les verbes le changement des personnes se marque par celui des terminaisons, tandis que, dans les pronoms, il se marque par le changement de la première partie. On trouvera peut-être l'observation superflue, parce que autre chose est le verbe, autre chose le pronom; mais comme ils ont pour caractère commun de désigner la personne, la difficulté n'en subsiste pas moins. En outre, le participe et le pronom possessif, aussi bien que le nom, changent de terminaisons pour marquer les genres et les cas, et en cela
ne différent pas, quoiqu'ils soient d’ailleurs des mots diflérents. 1] faut bien chercher à cela quelque raison naturelle. Le cas se marque par la terminaison, ce qui n'a pas besoin d'être démuntré; or les pronoms sont susceptibles de cas, ils doivent donc les marquer par leur terminaison : c'est là une conséquence de leur nature. Si maintenant il leur fallait aussi marquer par des terminaisons diverses la différence des personnes, il en résulterait une confusion dans les syllabes finales, qui déjà marquent le cas. C'est donc par l'effet d'une sage prévoyance que, pour préserver ce qui ést la marque des cas, la personne se marque au moyen d'un changement de la premiére partie du mot. Or les verbes qui n'ont point de cas, ou qui n'en ont qu'un seul, pouvaient sans inconvénient marquer les personnes par un changément de terminaison, puisque les cas n'étaient plus en question. ἐς
« Que l'on σσπζοῖνο maintenant les pluriels et les duels des pronoms possessifs comme pouvant comprendre les trois personnes, ainsi qu'on l'a vu pour les pronoms primitifs. Par exemple ἡμέτερος, nôtres c'est le mien et le sien, et peut-être celui d'un autre encore; νωΐτερος, C'est le mien et le tien, ou le mien et celui de tel ou tel".
« Le pronom possessif a cela de commun avec le nom possessif que tous deux sous-entendent la possession, que tous deux renferment l'idée de deux
“personnes, et que tous deux se résolvent en un génitif
1. Le grec dit: ἢ ἐμὸς χαὶ ἐχείνου. Je πὸ pouvais traduire celui de celui-là. Quelques infidélités du même genre seront facilement excusées dans ma traduction, sans que j'aie besoin d'en avertir le lecteur.
avec le nom de l’objet possédé’. Mais ils différent en ce que le pronom possessif peut se dire de tout possesseur [qui est à telle ou telle personne], tandis que le nom possessif ne s'entend quelquefois que d'un seul possesseur. Exemples : Ἐμός, σός peuvent marquer la propriété de n'importe qui, “Extéoetos ne peut marquer que celle du seul Hector... Les noms possessifs supposent toujours deux troisièmes personnes ; il n’en est pas de même des pronoms, comme on l’a montré. Dans les noms communs, le possessif ne marque pas le nombre : ἀνθρώπεια ἴχνη, des traces humaines, on ne 5811 s'il s’agit des pieds d'un seul homme ou de plusieurs hommes, doute qui n'a jamais lieu pour le prenom possessif. Et la cause de cette ambiguïté, c'est tout simplement la terminaison du nom, qui sert à désigner le nombre, et qui perd sa valeur dans le dérivé possessif : en effet, quand on dit ὑός ou ὑῶν, on distingue s'il y a un porc ou deux porcs; mais si l'on dit üs ou βόειαι σάρκες pour « des chairs de porc ou de bœuf, » le possessif ne montre pas s'il y avait plusieurs porcs, plusieurs bœufs, ou bien un seul. Au contraire le pronom, ayant des formes primitives (θέματα) pour chaque nombre, ne pouvait causer aucune obscurité : si le nombre du possesseur changeait, la première partie du mot changerait en même temps... Quant aux noms propres, comme ils s'entendent toujours d’une seule personne, quand toutefois ils n’ont pas un sens général, les possessifs qui en dé-+
1. Apollonius revient souvent sur cette remarque : plus haut, p- 17, 79, 87, 88 , et dans la Syntaxe, 1, 30, où il analyse les deux sens du mot ἐμοῦ, selon que l’on y voit le génitif de ἐγώ ou le génitif de ἐμός.
rivent ne peuvent sous-entendre la pluralité. Les dérivés possessifs différent encore des pronoms possessifs en ce qu’on n'a pas coutume d'y rattacher les mots pére ou frère, tandis qu'on peut les rattacher au pronom. Ainsi, On ne dira pas Αἰάντειος πατήρ OU ἀδελφός , mais on dira bien ἐμός et σὸς πατήρ OU ἀδελφός. »
Peut-on pousser plus loin la finesse de l'observation? Apollonius ne se montre pas moins scrupuleux lorsque, revenant sur la définition générale du pronom , il analyse ainsi l'idée des personnes ‘ : « Dans les noms, l'allongement de la terminaison s'appelle espèce, parce que ce changement de la finale donne au mot comme une forme nouvelle qui le fait reconnaitre”. Dans les verbes et dans les pronoms, le passage d'une forme à une autre s'appelle personne, mot très-propre à mettre sous nos yeux l'idée d'un corps et d'une certaine disposition de l'âme, et qui, par conséquent, s'applique tres-bien à ce qu'il fallait ici déterminer. Maintenant, on appelera première personne celle qui parle d'elle-même , puisque c'est d'elle que part aussi l'énonciation pour les deux autres personnes ; seconde, celle qui s'adresse à l'interlocuteur en parlant de lui; troisième , celle qui n'est ni l’une ni l'autre des deux précédentes. Car il n'est pas régulier de dire que la premiere est
1. Du Pron., p. 22 et suiv. Synt., LI, 27, doctrine que l'on retrouve dans le Scholiaste de Denys le Thrace, p. 888 et p. 905.
2. Ou « constitue ce que l’on nomme espèce, » (Voyez plus haut, p. 82), Ἢ μὲν dv τοῖς ὀνόμασι παραγωγὴ εἶδος χαλεῖται " εἴδει γὰρ παραπλήσιόν τι παραδέμεται χατὰ τὴν ἑτεροίωσιν τοῦ τέλους, δι'
οὗ γνωρίζεται, 11 fait sans doute allusion à ce que les lagiciens appellent différence specifique.
so
celle qui parle; la secondé, celle à qui l’on parle ; la troisième, celle dont on parle. En effet, dans cette hypothèse, si la première personne prononcait les mots Je, tu, il, il s'en suivrait évidemment qu'elle serait tour à tour la première , la seconde et la troisième personne. Direz-vous, de même, que # est la personne à qui l’on s'adresse? Mais #7 se dit aussi de quelqu'un, en parlant à quelqu'un, et en parlant de l’une quelconque des trois personnes". Comment aussi la troisième personne designeraitelle seule celui dont on parle, puisque ce mot peut s'appliquer à toute substance? Ce qui est certain, c'est que le pluriel de la première personne peut impliquer toutes les personnes?. Comment donc la troisième personne se dirait-elle seulement de ceux dont on parle? Il faut réfléchir, en effet, que le singulier seul de chaque personne exprime purement la première personne, ou bien la seconde; mais que le duel ou le pluriel implique en même temps d'autres personnes. Ainsi le pluriel de la première peut impliquer ou plusieurs secondes ou plusieurs troisièmes, ou les deux choses à la fois. Quand un homme dit, én parlant de lui-même et de ses concitoyens
« Nous avons diné, » il implique plusieurs troisièmes personnes avec la première. Quand il dit, en parlant de ses concitoyens présents : « C’est nous qui en
1, Οὐχὶ καὶ τὸ ἐκεῖνος λέγεται xat πρός τινα ὕπέρ τινος πᾶν τε πρόσωπόν τέ ἐστιν. Le second τε est dans le ms., comme le premier; mais 1] semble superflu , si même le texte n’a pas subi ici d’autre altération. Le ms. porte clairement ἐστιν et non ἐστι, comme on lit dans Bekker. Cf. Priscien, XII, 3 , qui résume toute cette discussion. et se réfère formellement à autorité d’Apollonius.
2. Ἅπερ τινά ἐστι ajoute le texte, peut-être pour ἅτινά πέρ ἐστι, « quelles qu’elles soient. »
εἷς DU PRONOM. 107
sommes cause, » il implique la seconde personne avec la premiere, puisqu'il parle à ses concitoyens et qu'il leur parle d'eux-mêmes. L'homme qui dit à ses concitoyens, en parlant d'autres concitoyens absents : « Nous sommes la cause de ce combat, » implique à la fois des secondes personnes, puisqu'il s'adresse à eux, et des troisièmes, puisqu'il parle de personnages absents, ce qui est le propre de la troisième personne, »
L'auteur montre par le même raisonnement que le pronom pluriel de la seconde personne peut impliquer aussi la troisième ; que le duel peut aussi impliquer deux personnes à la fois, l'une des deux parlant au nom de l'autre comme en son propre nom. Il examine ensuite la déclinaison du pronom et les rapports syntaxiques du pronom avec le verbe. Sur ce point, il signale avec finesse le caractère particulier du vocatif, qui, supposant la proximité de celui à qui l'on s'adresse, ne peut guère être en usage dans les pronoms de la première personne, puisque celle-ci n'est pas interpellée, ni dans ceux de la troisième, qui marquent une personne éloignée de celle qui parle, si ce n'est par exception, comme dans οὗτος opposé à ἐχεῖνος, et qui s'emploie, en effet, quelquefois avec la particule ὦ, complément ordinaire du vocatif',
Apollonius résout ensuite avec là même netteté la question de savoir si le pronom est nécessaire pour compléter toute locution verbale. Selon lui, le verbe seul suffit, en général, pour marquer par la force de sa terminaison le passage d'une personne à une