‹ Apollonius DyscoleChapitre 35 sur 90 · Observations analogues dans la Syntaxe, I · texte numérisé non relu

Observations analogues dans la Syntaxe, I

autre; l’addition d'un pronom n’est utile que lorsqu'il faut opposer entre eux d'une facon particulière le sujet de deux phrases, comme dans : ᾿Εγὼ μὲν παρεγενόμιεν,, σὺ δὲ où παρέτυχες. « Je suis arrivé là, mais Zu n'y étais pas. » C’est la même raison qui fait quelquefois employer un pronom de la troisième personne à côté d’un substantif, même d'un nom propre, lorsque le sens de ce nom a besoin d'être plus spécialement déterminé, comme dans cet Ajax ; en effet, 4jax seul désignerait seulement la qualité, τὴν ποίοτητα, c'est-à-dire montrerait seulement de quelle personne il s'agit; cet indique, en outre, que le héros est sous nos yeux. On ἃ vu, du reste, que le pronom de la troisième personne peut se mettre régulièrement à la place du nom; mais que ceux de la première et de la seconde ne le peuvent pas, le nom, dans la doctrine d’Apollonius, étant toujours, par sa nature, de la troisième personne. Quelques exceptions, qu'il emprunte à Homere, et qui sont de simples figures, ne font pas règle à cet égard.

En général, « le pronom ne remplace ni le nom commun ou appellatif, ni l'adjectif. Le pronom désigne toujours une personne déterminée ; le nom s'applique à plusieurs, comme Aomme, cheval. [1] est vrai que] dans : « c'est zroï qui fais cela, » le pronom remplace 7ryphon, Dion; [mais ce sont là des noms déterminés]. D'un autre côté, les adjectifs expriment ou la grandeur, ou la quantité, ou la disposition de l'âme; les pronoms ne représentent rien de

1. Du Pron., p. 31 : Ἀλλ᾽ où τὰ ἐν σχήματι λαιλδανόμενα,, καὶ ταῦτα ὀλιγάκις; χανὼν τῶν πλείστων.

tel, mais seulement la substance’. Ainsi les locutions, « Un tel est blanc, ou noir, ou bon, » ne sauraient se résoudre en un pronom. Mais les adjectifs peuvent se rattacher à des noms propres : « Tryphon est long; Dion est blanc, » et nous disons aussi : « Je suis blanc , tu es bon ; » ce qui montre encore que le pronom se prend pour le nom propre. Enfin, si au lieu de : Ἵππος με ἐλάχτισεν, On dit Οὐτός με ἐλάχτισεν, au lieu de la nature du cheval en général on désigne un cheval en particulier *. »

Ayant ainsi déterminé les propriétés du pronom , l’auteur examine les mots de nature douteuse que l'on rapporte ou que l'on peut rapporter à celte partie du discours, tels que τίς, τηλιχοῦτος, τοιοῦτος, ἡμεδαπός, ὑμεδαπός, ἄλλος, el même ὦμοι, analysant avec beaucoup d'érudition et une rare délicatesse le sens et l'usage de chacune de ces diverses locutions. Il entre ensuite dans le plus minutieux détail sur l'accentuation des pronoms, et, suivant sa méthode habituelle, il ne distingue pas de la théorie générale du pronom ces recherches de grammaire toute particulière. C'est là qu'il développe la distinction des pronoms simples et des pronoms composés, pour laquelle il renvoie encore au traité spécial dont nous avons parlé plus haut’. Cette distinetion,

1. Il dira plus clairement, p. 33 : Οὐσίαν σημαίνουσιν αἵ ἀντωγυμίαι, τὰ δὲ ὀνόματα οὐσίαν μετὰ ποιότητος.

3. Πῶς οὖν σύνθετον τὸ ἡμεδαπός; Εἰρήσεται μὲν οὖν ἐν τῷ περὶ Συνθέτων À αἰτία τῆς ἀσυνθεσίας, xal νῦν δὲ διὰ βραχέος ῥηθήσεται. Il semble évident par ces mots que l’auteur parle ici d'un ouvrage distinct et non pas d'un chapitre de son Traité sur le Pronom. Voy. plus haut, p. 25, 26.

d’ailleurs peu importante pour la philosophie du langage, lui suggère au moins d’utiles remarques sur la pratique de la langue grecque et sur les variations de l'usage selon les temps et selon les dialectes'. Le reste du traité, qui d’ailleurs est incomplet à la fin, ne renferme plus que des observations sur les diverses formes du pronom, soit primitif, soit dérivé ou possessif?.

Dans tout ce long travail, on s’étonne de trouver à peine mentionné, et comme en passant”, un moi que nous sommes habitués à considérer comme pronom, l’article hypotactique, ou, comme nous l’appelons aujourd’hui le pronom conjonctif, ὅς, #4, 6, en latin, qui, quæ, quod. C’est que pour Apollonius ce mot n'est pas un pronom; il s’est expliqué nettement là-dessus dans un chapitre de la Syntaxe‘ auquel nous allons recourir. On y verra toute la puissance de l'habitude pour perpétuer une erreur, et comment Apollonius, malgré l’indépendance, souvent excessive, de son esprit, n a pu, sur ce sujet, se soustraire à l’autorité de la routine.

1. Voyez surtout p. 55, sur l’usage de divers pronoms chez Homère et chez les auteurs plus récents; p. 59, sur l’échange des possessifs et des pronoms personnels ; p. 65, sur une curieuse difficulté d'orthographe (Cf. Syntaxe, II, 32, un problème analogue ).

2. Quelques-unes de ces formes sont spécialement examinées dans le mémoire de M. Dronke, intitulé : Beitraege zur Lehre vom griechischen Pronomen aus Apollonius Dyskolus, Rhein. Museum , 1853, IX° vol., p. 107-118.

Page 1