Apollonius, du Pron., p
parvenu sous le nom de Denys le Thrace , l'article est défini : « Une partie du discours qui se décline, qui se place tantôt devant les noms, tantôt après, et qui a trois propriétés accessoires, le genre, le nombre et les cas. » Après toutes ces tentatives, la vraie théorie de l'article restait encore à établir.
Si l'on pouvait en croire un texte plusieurs fois publié sous le nom de Tryphon', ce grammairien, l’un des maitres d’Apollonius, aurait introduit dans la discussion qui nous occupe une notion nouvelle et féconde, en remarquant que « les articles rappellent une idée préconcue, et qu'il ne faut pas les employer devant les noms dont le sens n'est pas précédemment déterminé. » Mais Apollonius, qui cite fort souvent Tryphon* à propos de l'article, ne lui avant nulle part attribué cette doctrine, il est probable que le texte que je viens de traduire porte à tort le nom de ce grammairien. En tout cas, si notre auteur a trouvé dans les écrits d'un de ses maitres la remarque qu'on vient de lire, il se l'est assurément appropriée par l'heureux usage qu'il en
1. Πάθη τῶν Λέξεων (édition du Museum Cantabrigiense , τ. 1, p. 39), $ 30 : Οὐ δεῖ προστιθέναι τὰ ἄρθρα ἔνθα [ἃν] μὴ γένηται προηυποχειμένη γνῶσις" τὰ γὰρ ἄρθρα προεγνωσμένων ἀνχπόλησιν πυιτῦσι * χαὶ τοῦτο ἐν τοῖς οἰκείοις χωρίοις γνωσθήσεται, Remarquez que ce court paragraphe est tout à fait étranger au sujet de l’opuscule publié sous le nom de Tryphon; il a dune ici toutes les apparences d’une interpolation. L'auteur d'une bonne collection des fragments de Tryphon (Berlin, 1833), M. de Velsen paraît n'avoir pas d'opinion bien arréêtee sur l'opuscule en question (p. 25, 33 et 96), et je ne vois pas qu'il y ait suffisamment remarque le passage qui m'occupe ici.
2. Tryphon avait écrit un 7raité sur l'Article, qu'Apollonins cite expressément, dans la Srnrare, 1, 8. CE, 18, 21, 41.
a fait pour éclaircir la valeur, jusque-là si mal comprise, de l’article. Le traité où 1] développait cette matière ne nous est point parvenu, et Priscien nous aide peu à en restituer la doctrine, les Romains n'ayant rien dans leur langue qui réponde exactement à l’article et qui tombe sous la même définition que cette particule *; mais heureusement le premier livre de la Syntaxe est consacré tout entier à la syntaxe des articles, et nous fournit d’amples détails sur leur nature même. Quant à la définition qui résumait, sur ce sujet, les opinions d’Apollonius, on peut croire qu’elle se retrouve à peu près intacte dans le passage suivant des Scholies sur Denys le Thrace, où s’écartant, suivant son usage, des doctrines du Manuel, le grammairien anonyme dit en propres termes ἢ : Il faut donc définir ainsi l'article : « L'article est une partie du discours qui se rattache
4. Voyez Priscien II, 4, t. 1, p. 67:... «In quo illos (Stoïcos ) adhuc sequimur , quamvis in nostra non invenimus articulos lingua. Nam cum dicimus idem, ὃ αὐτός, non solum articulum præpositivum, sed etiam pronomen in eadem dictione significamus. Similiter qui, ὅστις, articulus subjunctivus intel ligitur una cum pronomine, secundum quosdam imfinito, sive magis cum nomine, ut Apollonius ostendit firmissima ratione. » Cet argument péremptoire d’Apollonius, nous le retrouvons aujourd’hui dans sa discussion spéciale sur le mot τίς, du Pron., p. 33: Τὸ γὰρ ἐναντιώτατον ταῖς ἀντωνυμίαις, ἀόριστά ἐστιν, αὐτῆς δριζούσης πρόσωπα. Cf. Priscien, XVIE, 4, t. Π,». 21. Le savant Pline avait pourtant proposé de reconnaitre un article dans le pronom hic, hæc, hoc, employé comme déterminatif (Probus, A4rt. gramm., S 572, p. 349, éd. Lindemann); mais cette opinion ne paraît pas avoir prévalu chez les Romains.
2. P. 899 : ‘Optotéov οὖν οὕτως " Ἄρθρον ἐστὶ μέρος λόγου συναρτώμένον πτωτικοῖς κατὰ παράθεσιν, προταχτιχῶς ἢ ὑποταχτιχῶς, μετὰ τῶν συυπαρεπομένων τῷ ὀνόματι, εἰς γνῶσιν προὐποχειμένην, ὅπερ χαλεῖται ἀναφορά. Priscien XVII, 4, t. ΤΠ, p. 21: « Articulus
aux mots déclinables, tantôt pour les précéder, tantôt pour les suivre, avec les propriétés accessoires du nom, pour marquer une notion préexistante, ce qui s’appelle relation. »
Nous savons, en effet, qu'Apollonius, comme tous les auteurs anciens, a toujours rattaché à la même partie du discours l’article hypotactique et l'article protactique. Maxime Planude , au x1v° siècle de l'ère chrétienne, est peut-être le seul grammairien qui ait appelé le mot ὁ, ἡ, τό, « l’article proprement dit". » Quant à la relation ou ἀναφορά, c'est véritablement un des principes sur lesquels repose toute la doctrine grammaticale d'Apollonius; il y revient sans cesse et le reproduit, sous des formes peu diverses, dans la Syntaxe, dans le traité du Pronom et dans ses livres sur les particules indéclinables :
« Le propre de l’anaphore ou relation, c'est la seconde connaissance ou le rappel d'une personne déjà énoncée. » — « Toute relation désigne une notion préexistante. » — « La relation nous ramène à la notion qui a précédé, etc.*» C'est en ce sens que
secundam notitiam suppositorum demonstrat. Si enim dicam : λνθρωπος ἦλθεν, primam notitiam ostendo; sin : Ὁ ἄνθρωπος ἦλθεν, secundam. »
1. Περὶ Συντάξεως, dans les Anecdota græca de Bachmann, t. I, p. 117: Th μὲν προταχτιχὰ τῶν ἄρθρων, À χυρίως ἄρθρα ἐστίν, xx.) Cf. Zbid., p. 126, où l’auteur reproduit la doctrine d'Apollonius, quand il dit : Τὸ τοίνυν ἄρθρον τὴν δευτέραν γνῶσιν τῶν ὑποχειμένων σημαίνει, mots que Priscien semble avoir traduits (νου. ci-dessus, ligne 1) d’après un texte plus ancien, apparemment d’après Apollonius lui-même.
2. Srnt., Π, 3 : Ἰδίωμα ἀναφορᾶς προχατειλεγμένου προσώπου γνῶσις. Du Pron., p. 6 : Πᾶσα ἀναφορὰ γνώσεως προὐφεστώσης ἐστὶ σημαντιχήι... p. 10 : ᾿Ἐπαγγέλλεται ἀναφοράν, ὅ ἐστιν ἀναπολούμενον πρόσωπον. Cf, Synt, 1, 10; IV, 10; de l'Ade., p. 593, εἰς,
αὐτός et les autres pronoms semblables sont des pronoms relatifs, ἀναφορικαί, car ils désignent toujours une personne précédemment déterminée‘; c’est par là aussi que l’article se rattache au pronom, avec lequel toutefois les Stoïciens ont eu tort de le confondre.
« Le propre de l’article, dit expressément Apollonius, au chapitre vi du premier livre de la Syntaxe, est la relation, qui consiste à rappeler une personne antérieurement désignée *. Or cette relation a lieu de plusieurs manières. [1°] Ou bien le nom est employé par excellence, comme dans : « Cet homme est le grammairien, » ce qui signifie à peu près le premier des grammairiens, et, pour ainsi dire, le type du genre. C’est dans ce sens que l’on dit, comme en un seul mot, le poëte [pour désigner Homère], ce qui implique à la fois et l'idée de la supériorité sur tous les autres, et celle d’une notion déterminée d'avance pour tout le monde. [25] Ou bien l’article exprime la possession individuelle. En effet, quand on dit: Δοῦλός σου ταῦτα ἐποίησεν ἢ, cela fait entendre plusieurs esclaves ; mais si l’on met l'article devant δοῦλος, cela fait entendre un seul esclave. [3°] Enfin l’article peut exprimer une relation pure et simple [à la notion préconçue], comme lorsque nous disons : « l’homme est venu te chercher, » — le grammairien te cherchait, » car ici le grammairien ne s'entend pas comme |s’entendait /e poëte | dans l'exemple précédent. [4°] Quelquefois enfin