‹ Apollonius DyscoleChapitre 40 sur 90 · Mêmes remarques dans le Traité du Pronom, p. 17 et · texte numérisé non relu

Mêmes remarques dans le Traité du Pronom, p. 17 et

d'un vain caprice : elles répondent à des nuances trés-délicates, mais très-réelles de la pensée.

Si certaines locutions admettent Femploi d'un double article, il y en a d'autres qui n'admettent pas même un article, parce qu'elles en impliquent déjà le sens. Par exemple, le mot ἀμφότεροι, sur lequel les observations d’Apollonius sont, chose rare chez lui, d'une clarté presque élémentaire.

« Le mot ἀμφότεροι n'admet pas non plus l’article à côté de lui : l'usage s'y oppose ainsi que la raison; d'où il ressort que δύο n'est pas synonyme εα᾿ ἀμφότεροι, puisque, suivant la régle, δύο admet l'addition de l'article, comme l'admettent tous les autres noms de nombre, mais non pas le mot en question. Voici la cause de cette différence. Ἀμφόrepos s'emploie pour désigner deux personnes déjà connues; on peut donc dire : δύο ἄνθρωποι τρέχουσι, lorsque l'idée de ces deux hommes est conçue pour la première fois; ἀμφότεροι, au contraire, supposerait que l'idée de ces deux hommes ἃ été antérieurement conçue. Voilà pourquoi aussi on ne pourrait pas mettre l’article entre δύο et ἄνθρωποι: car avec δύο il s'agissait d’une première mention : or l'addition de l'article suppose, comme nous l'avons vu, le retour d’une idée antérieurement exprimée. Au contraire on dira : Ἀμφότεροι οἱ ἀνῇρωποι ou φίλοι τρέχουσι, car il s'agit de deux personnes antérieurement connues, ce qui autorise l'addition de l'article. Du reste, lorsque δύο est répété, l'article dès lors peut y être joint la seconde fois : Où d% euro τρέχουσι. Il est donc évident que le mot ἀμφότεροι, impliquant en lui-même le sens de l'article , repoussait comme superflu l'addition de

cette particule. Dans le vers d'Homère (/liade, VIL, 3) :

« Tous deux désiraient faire la guerre et combattre. » ἀμφότεροι s'applique à des personnages connus par les vers qui précèdent : je veux parler d'Hector et de Päris'..., »

Après avoir bien défini la nature et le rôle de l’article, Apollonius en étudiait avec soin la déclinaisOn ; il ἃ résumé une partie de sa doctrine sur ce sujet en quelques pages fort arides sans doute, mais où l’on peut saisir, sous la sécheresse du langage, un raisonnement très-solide et qu'il me semble plus facile de traduire que d’abréger Ὁ. Ce morceau d'ailleurs serait mieux placé dans notre huitième chapitre, si la philosophie même des parties du discours n'y prédominait pas sur l’analyse grammaticale.

« Tryphon, d’après les caractères accessoires de la particule ὦ et sous prétexte qu'elle s'éloigne beaucoup de l’analogie de l’article, refuse de la ranger dans cette classe de mots. Il s'appuie encore sur le sens de ὦ, parce que les autres articles se construisent avec la troisième personne, tandis que celui-ci se construit avec la seconde. Mais ensuite il se réfute lui-même et revient à l'opinion commune. Pour ce qui est de la forme, il soutient qu'il n’est pas nécessaire que les articles se déclinent régulièrement,

Page 1