Voy. plus haut, p
gulière des articles, sous prétexte [que cela n’est pas nécessaire et] que des parties du discours , diverses pour la forme, viennent cependant, pour le sens, se ranger dans la même classe (ainsi les mots ἐγώ et νῶϊ, et encore ἡμεῖς, diffèrent beaucoup entre eux; cependant l’idée restant la même, ils se rangent tous dans la même classe); il reste vrai, du moins, que tout mot qui s’écarte de l’idée propre à une partie du discours, quand il aurait une forme parfaitement analogue, comme dans les cas d'homonymie, ne sera pas rapporté à cette partie du discours. Or, cela posé, comment ne pas exclure de la classe des articles la particule ὦ, qui ne se rapporte à eux ni par l’analogie de la forme, ni par le sens. Réduisons d'ailleurs le raisonnement sur ce sujet à un seul principe : c'est que ni l’analogie des formes ni leur défaut d’analogie ne peuvent constituer les parties du discours, mais qu'il faut, comme nous l'avons vu, classer les mots selon leurs propriétés essenuelles.
« Tryphon nous dit : «Si le vocatif est un nom, quoique à la seconde personne, ὦ est un article accompagnant le vocatif avec lequel il s'accorde. Mais le nom conserve sa propriété à tous les cas, puisque sa propriété n'est pas de marquer les personnes, et qu'on le peut prendre à la première comme dans : « Je suis Ulysse, » ou à la seconde, comme dans : « Tu es Ulysse, » le nom conservant toujours, [dans ces deux tournures différentes], ses qualités propres. Au contraire l’adjonction de l’article au nom n’a qu’un sens propre, qui est de rappeler une troisième personne, et rien ne lui est plus opposé que l’idée d'une personne présente, puisque ἐμός ἐστι, « 1] est mien, »
DE L'ARTICLE, fat 1329
peut prendre l'article, étant à la troisiéme persohne, tandis que Ἐμὸς εἴ me le peut pas, étant à la seconde. Si done un même mot, selon qu'il se rapporte à la troisieme ou à la seconde personne, peut ou re peut pas prendre l'article, à plus forte raison, un mot différent par sa forme, [comme est le vocatif par rapport aux autres cas|, repoussera-t-il l'adjonction de l’article, surtout si dans toute la série de ses emplois il montre la même répugnance à se l’associer : or, le vocatif, réclamant [toujours] une seconde personne, il est superflu de chercher si ὦ, [qui l'accompagne|, est un article.
« D'où vient donc qu'on en fait d'ordinaire un article ? Je dirais volontiers que cela vient de la place quil a prise dans la série des cas, et de ce que les particules qui accompagnent les autres cas s'appelaient des articles (c'est de même que des lettres isolées s'appellent sy{{abes) : or ὦ est la particule qui s attache proprement au vocatif.
« Maintenant il n’est pas superflu de faire voir la régularité de la déclinaison de l’article, par opposition à la particule ὦ.
« L'é du nominatif, en perdant le +, a subi nécessairement une autre modification, je veux dire lo perte du $ final; car, autrement il se serait confondu avec l’article hypotactique ὅς, #, 6, dont la syntaxe est pourtant différente de celle de l’article protactique, (comme il sera démontré dans le chapitre des hypotactiques), d'où résultait une apparente irrégularité. Que le 4 final manque , cela est évident , puisque la finale des deux espèces d'articles est la méme; or, l'hypotactique est ὅς; [donc le protactique ἃ dû avoir la même forme], comme à οὗ correspond τοῦ ; à ©, τὸς
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ἃ ὅν, τόν. C’est ce que montre évidemment le pluriel οἵ, oi], car tout pluriel en οἱ a toujours un singulier en ος, même dans les noms contractés, comme χρυσοῦς et les autres semblables. Les cas obliques de l’article montrent aussi la chose; tous en effet se rattachent à des nominatifs en ος. Ajoutez la diérèse en οἷο usitée au génitif chez les Thessaliens; puis le féminin », lequel correspond toujours à des masculins en ος. L'article, en effet, ne formerait pas son féminin en ἢ s’il ne suivait l'analogie des noms en τὸς; comme νοητός, vont. Mais voici que les Doriens complètent le + [supprimé dans l’usage vulgaire] : τοὶ ἄνθρωποι, ταὶ γυναῖκες, et cela par un changement bien naturel dans ce dialecte, qui use avec prédilection de la lettre τ : προτί, λέγοντι, φαντί, répurt, τύ, et mille autres; car si la forme ordinaire vient de la suppression du τ, il est d’autant plus naturel de le réintégrer à sa place.
« L'aspiration nous fournit encore une preuve. Les articles ne prennent l'esprit rude que là où ils ont perdu le +, comme on peut s'en convaincre par le neutre ré, qui n'est pas conforme à l’analogie des neutres formés sur un masculin en 06. On voit que le besoin de distinguer deux genres, [le masculin et le neutre], qui sans cela se confondraient, justifie cette altération du mot à l’accusatif : τό, τόν. Du moins les pronoms, lorsqu'ils ne sont pas secourus par l’adjonction de l’article, imitent au neutre les terminaisons de cette particule : ἐκεῖνο, τοῦτο, et même, avec l'article, ταὐτό. Le dialecte attique est donc plus conforme à l’analogie, lorsque, joignant l’article au pronom, dans ταὐτόν, 1] rend au second mot une letire, le v, dont la suppression devenait inutile, [puisque le masculin serait τὸν αὐτόν].
DE L'ARTICLE. 131 « On peut donc dire qu'autant il y a de preuves de
la régularité des articles, autant il y a de dissemblances entre les articles et la particule ὦ. Si les flexions des articles imitent celles des noms, et si, dans les noms, le vocatif n'est jamais plus long que le nominatif, pourquoi ὦ, qui est une longue, peut-il être le vocatif de ὁ, qui est une brève ? Pourquoi ce vocatif ne serait-il pas plutôt terminé en ε, comme il convenait avec le génitif τοῦ et l'accusatif τόν. Et dans les féminins, pourquoi le nominatif n’a-t-il pis le même son que le vocatif ? Dans les neutres, au pluriel, pourquoi le nominatif et le vocatif n'ont-ils pas la même terminaison ? ce qui a lieu dans tous les mots déclinés qui ont un vocatif. Pourquoi, lorsque toutes les formes de l'article qui sont privées du τ portent du moins l'esprit rude, ὦ seul porte-t-il l'esprit doux ? Pourquoi n a:t-il pas le même accent que les nominatifs? car ὦ peut bien admettre l’aigu comme quelques autres monosyllabes. Pourquoi, portant le circonflexe, n'incline-t-il pas son accent comme le veut Aristarque, selon la méthode éolienne, pour les articles homériques qui ont le circonflexe ? C’est apparemment qu'Aristarque n’y a point soupçonné la valeur d'article [qu'on veut lui attribuer.] Pourquoi ne commence-t-il pas par un + comme les autres articles protactiques ? Il n'avait pas de prétexte pour perdre ce +, n'ayant aucun hypotactique qui lui corresponde ? Ν᾽ est-ce point parce qu'il n'est pas lui-même un article protactique ?
« Quant à la coïncidence des trois genres sous une seule forme [dans le mot ὦ], Tryphon dit que, [à ce compte], le mot τῶν lui-même ne doit pas être admis comme article , car il est des trois genres; mais que,
si τῶν est un article, ὦ l’est au même titre. Cela n'est pas sérieux. [Pour être des trois genres], τῶν n’est pas moins un article, puisqu'il est formé de la même facon que les mots avec lesquels il s'accorde. C'est une imitation des génitifs φίλων, μέσων, χαλῶν. Et, en général, presque toute coïncidence de plusieurs genres sous une seule forme est une imitation ce quelque coïncidence analogue dans les noms, même quand il y a figure de grammaire, comme dans cet exemple: μὰ τὼ θεώ, semblable à cet autre [d'Hésiode, OEuvres et Jours, 198] : τὼ δὲ καλυψαμένω. C’est une raison de plus de ne voir là que des articles, [c'est-àdire des mots articulés avec ceux qui les suivent], et, si cela est vrai, ὦ est rejeté bien loin de cette classe de mots, car il ne comporte nullement une coïncidence des genres analogue à celle que comportent les noms.
« Les mots qui se construisent avec des nombres et des genres différents ne sont pas des articles, mais des particules indéclinables, conjonctions, adverbes ou prépositions, et 1] est évident que ὦ n'étant ni une conjonction, ni une préposition, ne peut être qu'un adverbe vocatif indéclinable. Pourquoi donc alors accompagne-t-il le nom? parce qu'il est comme une forme d'appellation. Telles sont les formules de serment vi, μά, qui se construisent avec l’accusatif et n'ont rien de commun avec l’article. Mais leur syntaxe offre une confusion semblable à celle que ὦ comporte; car ils s'accordent avec tous les nombres et tous les genres... »
Il y a quelque chose d'un peu comique, je l'avoue, dans ceite guerre à outrance contre la particule ὦ et ses prétentions à prendre rang parmi les articles.
Mais, de tout temps, les grammairiens ont été sujets à prendre feu pour de bien petites querelles. Ne sait-0n pas tout le bruit que fit, daus l'ancienne Académie francaise et autour d'elle, la controverse des partisans et des ennemis de la conjonction car 7 Lucien a raillé le pédantisme des grammairiens contemporains d’'Apollonius ; en France, Montaigne, Mathurin Regnier et Molière ont rencontré les mêmes travers chez leurs contemporains , ils les ont tournés en ridicule et ils n'en ont pas eu raison : les travers de l'esprit humain sont de tous les temps, comme la satife et la comédie, qui les combattent sans les corriger.
Au reste, si Apollonius reconnait dans les diverses formes de l'article grec une déclinaison à peu prés régulière et une sorte de tendance à imiter les terminaisons des noms qu'il accompagne , il est loin pourtant de l'opinion accréditée, comme nous l'avons vu, par quelques Stoiciens, et qui donne pour fonction à l'article de marquer le genre des noms. Bien plus , il avait réfuté spécialement cette erreur, et dans son chapitre sur les Genres”, qui faisait sans doute partie du traité sur le Nom, et au cinquième chapitre du premier livre de la Syntaxe : «....D'abord aucune partie du discours n'a été inventée pour résoudre l'ambiguité d'une autre partie; mais chacune d'elle dérive de l'idée qui lui est propre... Quand le genre d'un nom est obscur, la difficulté se résout à l'aide des mots concomitants, comme pour tous
1. Ε, Moncourt, De La Méthode grammaticale de Faugelas (Paris, 1881), p. 74, 2. Syntaxe, 1, δ : Πρὸς οὃς ἐντείοηται διὰ πλειόνων ἐν τῶ περὶ
le γῶν .
les mots susceptibles de plusieurs sens, c'est-à-dire pour tous les homonymes. Ainsi dans cette phrase : « Hélène étant sage encore, fut enlevée par Alexandre, » l’ambiguité de l'adjectif sage disparaît, grâce aux mots qui l’accompagnent. Au contraire, sije dis : « les malheurs d'Ulysse ,» l’article ne m'aidera pas à résoudre l'ambiguïté du genre. Comment done ne serait-il pas ridicule d'admettre l'article comme un signe distinctif du genre, lorsque avec l’article le genre peut rester obscur, et que sans l’article il peut être clair ? » Si l’article devait servir à distinguer les genres , il ne faudrait pas qu'il les’ confondit luimême, comme daus le génitif pluriel τῶν ; car alors, comme c'est le sens même du nom qui nous en fait voir le genre, on pourrait dire à bon droit que le nom a été inventé pour distinguer les genres; ce qui serait puéril'. En troisième lieu, si l’article avait réellement la fonction qu'on lui prête, il ne se placerait que devant les noms dont le genre est douteux; or dans l'usage, c’est souvent le contraire qui arrive.
Malgré cette réfutation péremptoire, l’erreur a survécu à notre grammairien. On la retrouve dans les fragments de grammaire byzantine publiés par M. Goettling, sous le nom de Théodose d'Alexandrie’, elle s’est perpétuée dans les écoles de l'Occident, surtout grâce à l'usage où sont les grammairiens ro-
2. P. 82 : Ἄρθρον ἐστὶ μέρος λόγου μονοσύλλαδον (l’article est un petit mot, disent encore nos manuels élémentaires), προτασσόμενον χαὶ ὑποτασσόμενον del τῶν ὀνομάτων" ἄρθρον δὲ λέγεται κατ᾽ ἐμὴν κρίσιν ἀπὸ τοῦ ἐνάρθρως ἀποδεικνύειν τὸ γένος τοῦ ὅποχειμένου D'or ὀνόματος.
mains d'employer les mots Aie, Ac, hoc, par forme d'abréviation, pour désigner le genre des noms". Dumarsais la rencontrant dans Regnier Desmarais et dans bien d’autres, la réfute à son tour*, et ne réussit pas mieux qu'Apollonius à en guérir les grammairiens ses confrères; car, malgré les progrès très-réels de la science grammaticale dans nos écoles, il se réimprime encore sous nos veux des manuels où l'article est défini « un petit mot qui se place devant les noms et qui sert à en marquer le genre et le nombre. » Et cependant nous avons, sur ce point, des lumières qui manquaient au philologue d'Alexandrie : l’une des langues les plus populaires de l'Europe moderne, l'anglais n'a qu'un article indéclinable et invariable, pour tous les genres comme pour tous les nombres; c'est là un exemple qui vaut à lui seul les plus beaux arguments de la logique.
Ce qui est encore plus digne d'attention peut-être, c’est le sort de toute cette théorie de l'article depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Soit qu'il remonte jusqu'à Tryphon , soit qu'Apollonius l'ait le premier mis en lumière, le principe de la relation à une notion préconçue parail se maintenir dans les écoles
1. Voyez, par exemple, Priscien, V, 4,t, 1, p. 167. Le même auteur fait pourtant remarquer que ce procédé est tout artificiel, et que , dans tous ces cas, Aie n'a pas le rôle ni le sens de l'article grec : « Nam pronomen hic, quod grammatici in declinatione mominum loco præpositivi ponunt articuli, nunquam in oratione sensum articuli habet. » Znstit, gramm., XVII, #4, τὶ I, p. 91, CA Varron, de Lingua latina, VIII, 45, 63; X , 18-20 et 30, éd. O. Müller,
2. Au mot #rticle de l'Encyclopédie méthodique, Lit. et Gramm., Ὁ. 234, éd. in-4®.
grecques durant tout le moyen âge. Je le vois trèsheureusement appliqué à une question particulière, par saint Épiphane dans son ouvrage Contre les Hérésies ! ; il reparaît dans les Scholies sur le Manuel de Denys le Thrace; au rx° siècle, dans la Syntaxe de Michel le Syncelle; au xiv° siècle, dans un ouvrage de Maxime Planude sur le même sujet?, et au xv°, dans la Grammaire, demeurée classique en Orient, de Théodore Gaza. Mais, depuis la Renaissance, ce principe est tout à fait oublié, dans les écoles de l'Occident. Au xvi* siècle, Rob. Estienne , dans sa Grammaire française, écrite en latin, ne considere l’article que comme un moyen de suppléer à l'absence des cas dans notre langue. Chez les grammairiens du xvr° et du xvin° siècle, tout l'effort de l'analyse aboutit à signaler les articles comme des mots qui restreignent ou déterminent le sens du nom auquel ils se joiguent; ce qu'Apollonius avait déja dit, mais bien autrement interprété”. Il semble même que l'obscu-
1.1, p. 17. Cité par G. Sturz, Opuscula nonnulla (Lipsiæ, 1825), p. δῶ, à propos de l’emploi de l’article devant un nom propre. L'auteur paraît ignorer l’origine de la théorie appliquée par saint Épiphane, et il croit d’ailleurs à l’accord presque unanime des grammairiens sur ce sujet: « Consentiunt fere omnes articulo indicari rem certam vel definitam , vel in præcedentibus jam descriptam aut commemoratam. »