‹ Apollonius DyscoleChapitre 45 sur 90 · Principes de la Grammaire française, I · texte numérisé non relu

Principes de la Grammaire française, I

2, Faute de tenir compte des doctrines d’Apollonius, M. B. Jullien (Cours supérieur de Grammaire, X, p. 80), exagère beaucoup, je crois, le mérite de nos grammairiens français,

De

évidemment qu'un ancien pronom démonstratif, détourné et comme déchu de sa valeur primitive ; si on peut suivre ce changement de forme et surtout de sens, sur les monuments mêmes de la langue grecque, entre Homére, où le mot ὁ, ἡ, τό a presque toujours le sens pronominal , et Thucydide, où il a décidément pris le sens d’un article; si on peut saisir méme, dans le grec d'Hérodote et d'Hippocrate, la transition de l’un à l'autre usage, ces vicissitudes n'offrent-elles pas une frappante analogie avec ce que l’on peut appeler l'histoire de l’article dans les langues romanes? Là, en eflet, tous les mots qui font office d'article dérivent des pronoms latins, qui, par exception, ont quelquefois le même rôle dans les auteurs classiques de l'antiquité". Le même rapport existe, où un rapport plus étroit encore, entre l’article et le pronom dans les dialectes de la famille germanique. Ainsi, sur ce point, comme sur la nature de l’article, la doctrine d’Apollonius est confirmée par les faits qu'il n'a pu connaitre, et elle peut recevoir dans nos grammaires modernes , une foule d'applications aussi justes qu'imprévues. J'ajoute que, sur certain point de détail, elle rencontre des objections non moins imprévues. Ainsi, Apollonius ne concevait l'article proprement dit que comme un mot protactique, c'est-à-dire précédant le nom qu'il modifie. Tel est, en effet, le caractère constant de l'article dérivé du latin ie, εἶα, illud, dans la plupart des langues néo-latines; ce qui avait même suggéré l'idée de l'appeler un prénom. Mais

1. Dumarsais en a réuni beaucoup d'exemples dans son Traite de l'Article,

une de ces langues, le Valaque, fait exception à la règle, en plaçant le pronom article Le, lu, après le nom, par exemple dans ou-lu, l'homme; famei-le, les femmes; exception qui, chose remarquable, témoigne encore en faveur de l’étymologie latine : car le prenom z/le étant susceptible de suivre ou de précéder le nom auquel il se rapporte, on comprend que l’un des deux usages ait prévalu dans la grammaire valaque, tandis que le second s’établissait dans les autres dialectes issus de la corruption du latin.

L'Anglais Harris a eu, peut-être seul au xvin' siècle, le mérite de remonter sur chaque question, soit directement, soit par l'intermédiaire de Priscien,

jusqu'aux théories des grammairiens grecs’. Ces

grammairiens étaient mal connus alors; on n'avait publié qu'un petit nombre des compilations ou des ouvrages originaux que les manuscrits nous en ont conservés. Apollonius, entre autres, ne pouvait guère être apprécié que d’après sa Syntaxe et d'après les témoignages de Priscien : c’était assez cependant pour le recommander à l'attention des grammairiens philosophes. On s'étonne que l’helléniste Thurot, intelligent traducteur de Harris, ait mieux aimé revenir, dans son commentaire, à l’école de Girard ou de Court de Gébelin”, que de puiser comme l'y

4. Vaillant, Grammaire roumäne à l'usage des Français (Bucharest, 1840), p. 35, que je cite de préférence à la Grammaire de Lauriani (Tantamen criticum in linguam Romanicam , Viennæ, 1840), parce que de bons juges accusent cette dernière de ne pas suivre d’assez près la langue vraiment originale et populaire de la Valachie.

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